ANDREI ROUBLEV [ Andreï Tarkovski ]
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Andreï Roublev 1967
L’extrême formalisme du style de Tarkovski prolonge la tradition eisensteinienne et s’écarte radicalement des deux principales tendances du renouveau du cinéma russe dans les années 60 et 70 : la prise en compte analytique et réaliste du présent (lignée Panfilov); le désir de retrouver les liens profonds unissant le présent au passé (lignée Kontchalovsky et Mikhalkov). Assumant le risque de l’ésotérisme et même de la complaisance à l’ésotérisme, Tarkovski s’intéresse avant toutes choses à ses impressionnants mouvements d’appareil pétrissant l’espace d’une manière insolite et surprenante, à ses recherches d’ambiances apocalyptiques et extra-temporelles. Le thème abordé ici – la recherche tâtonnante d’un humanisme spirituel, seul rempart contre la barbarie, le paganisme et les excès de la religion – lui permet de s’enfoncer dans ce Moyen Age indifférencié où baignent la plupart de ses films. Dans cet espace fantasmagorique qui est comme le berceau de l’Etre, l’homme semble en gestation, créature embryonnaire et encore engluée dans le limon originel, plutôt bestial, dont il lui faudra s’extraire – et la tâche paraît infinie – pour parvenir un jour à la conscience morale et à la conscience tout court. A l’avant-garde de cet effort humain et surhumain se trouve l’artiste (Andreï Roublev ou bien le jeune fondeur de cloches) entraînant après lui un peuple de fantômes, dont il est à la fois le berger,l’interprète et l’émanation suprême.

Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992

Musique : Viatcheslav Ovtchinnikov

Distribution : Anatoli Solonitsyne / Ivan Lapikov / Nikolaï Grinko / Nikolaï Sergueïev / Irma Raush / Nikolaï Bourliaïev / Youri Nazarov / Youri Nikouline / Rolan Bykov Nikolaï Grabbe / Mikhaïl Kononov / Stepan Krylov / Bolot Beishenaliev / Nellie Sneguina…

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Dersou Ouzala 1975

Le grand retour de Kurosawa après l’échec commercial de Dodes’caden, sa tentative de suicide, sa maladie, son long silence.Invité par Guerassimov à faire un film en coproduction avec l’URSS, Kurosawa se souvient d’une lecture ancienne, les mémoires de l’explorateur russe Arseniev, qu’il propose comme base de scénario. Dans cette oeuvre grandiose et simple, Kurosawa l’humaniste dépeint à travers le vieux chasseur Dersou un mélange immémorial de sagesse et de savoir, d’expérience et de perspicacité, d’adaptation au milieu e de bonté d’âme.Ce mélange nous ramène à l’origine de toutes les civilisations, occidentales auusi bien qu’orientales, quanq elles ne s’étaient pas encore scindées entre elles, opposées, spécialisées, et bien avant qu’elles ne se coupent du milieu vivant où elles étaient nées. Kurosawa décrit aussi avec un grand respect l’animisme naïf de Dersou qui parle comme à des hommes au feu, au vent, à l’eau et au tigre. Dans cet animisme, tout communique en une sorte de fraternité cosmique. C’est elle qui inspire les pensées de Dersou quand il songe au blaireau, aux poissons et à toutes les formes de vie qui habitent la taïga, quand il laisse des provisions pour le futuro ccupant éventuel de la cabane abandonnées. Le message du film est clair : au-delà de cette fraternité, point de salut pour l’homme ni pour le monde. Ce retour aux sources de la civilisation et de la morale, effectué dans un style ample et familier, possède l’actualité de l’univesel.

Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992

Musique : Isaak Schwarz

Distribution : Dima Kortitschew, Maxime Mounzouk, Suimenkul Chokmorov, Svetlana Danielchanka, Youri Solomine

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Harakiri 1962

Avec un art consommé de conteur, Kobayashi utilise les flashbacks, les détours dans le récit, les révélations retardées, pour enrichir son intrigue, architecturer progressivement son propos et maintenir constamment en éveil la curiosité du spectateur. Il le fait sans accélérer le rythme de l’action qui doit rester lente, solennelle et impressionnante. Nullement contemplative malgré sa solennité, la mise en scène alterne les plans fixes et généraux avec les zooms et les mouvements d’appareil rapides dont le scope accentue encore la brutalité. Tout comme l’histoire dans son ensemble, chaque plan, chaque séquence est fortement dramatisé. En outre, la représentation concrète de la violence atteint pour l’époque une intensité jamais vue hors du Japon. En avocat autant qu’en humaniste, Kobayashi instruit habilement le procès du formalisme du code de l’honneur samouraï. A travers lui, il entend attaquer les idéologies et les conventions qui dissimulent sous un vernis culturel et éthique les pires inégalités sociales et par là même les justifient et les prolongent. Aux uns, le faste et la puissance, aux autres la consolation d’une mort noble et conforme aux règles. Par une description saisissante de la misère au 17ème siècle, l’auteur, qui est le contraire d’un cinéaste de la résignation, tente d’en appeler, hic et nunc, à la réflexion et à l’indignation du spectateur. Car pour Kobayashi la misère, qui a pris aujourd’hui d’autres formes, est aussi injuste, aliénante et omniprésente qu’à cette époque lointaine.

Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992

Musique : Tōru Takemitsu

Distribution : Tatsuya Nakadai / Rentarō Mikuni / Shima Iwashita / Akira Ishihama / Shichisaburo Amatsu / Yoshio Aoki / Jo Azumi / Hisashi Igawa / Yoshio Inaba / Akiji Kobayashi…

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Orange mécanique 1973

Moins novateur que 2001, l’oeuvre précédente de Kubrick, Orange mécanique est l’exemple même du film qui vient exactement à son heure, répond à une attente du public tout en provoquant chez lui une surprise et un choc, et le comble ainsi totalement. Le film est d’abord pleinement de son époque en empruntant à une grande variété de genres littéraires et dramatiques (conte philosophique, allégorie, film à thèse, théâtre, satire et humour noir), tous affectés d’un coefficient important de fantastique et de SF. A la fin des années 60, aucun genre cinématographique ne possède plus de statut dominant. Sur le plan créatif, le fantastique et la SF les ont à peu près tous supplantés ou contaminés. C’est le cas ici. Le fantastique et la SF interviennent dans le cadre chronologique de l’action, le langage des personnages et dans le type de traitement appliqué au héros. Mais surtout ils donnent une dimension apocalyptique à toute l’aventure. Du point de vue thématique et sociologique, le film traite le problème numéro un de la plupart des sociétés modernes(présent dans très grand nombre de films), à savoir la violence. Mais Kubrick l’étudie sous un angle original, en comparant la violence de l’individu à celle de la société. Kubrick innove aussi en utilisant un style où, paradoxalement, le formalisme le plus échevelé renforce, au niveau des émotions ressenties par le spectateur, le caractère cruel, barbare et insupportablede cette violence. Quand il est le plus brilliant, le style de Kubrick repose en effet sur un équilibre très efficace entre la sophistication et la brutalité. Le sens de la fable d’Orange mécanique (qui laisse comme dans toute fable digne de ce nom une part non négligeable à la réflexion et aux hypotèses du spectateur) est que la violence de la société est encore plus néfaste et plus dangareuse que celle de l’individu. Kubrick dénonce l’absurdité d’une société qui chercherait à creer de l’ordre et de la santé avec des individus affaiblis et malades (car c’est bien une maladie qu’on a inoculé à Alex). Dans un dénouement particulièrement noir et corrosif, Kubrick montre que la société, qui n’a peut-être pas aussi bien réussi son traitement qu’elle le croyait, cherche à récupérer la violence d’Alex et de ses compagnons. Orange mécanique représente le film le plus typique de son auteur par son ambivalence classique et baroque. Elle éclate aussi bien sur un plan formel que moral ou philosophique. Par la justesse, le bon sens (et on serai presque tenté de dire la banalité) de ses vues, par la clarté très distanciée de l’exposé qu’il en fait, ne dédaignant pas de recourir à des parallélismes théâtraux (rencontres identiques d’Alex avant et après son traitement) et aux saines habiletés d’une rhétorique bien comprise, Kubrick est un classique. Par sa volonté de démonstration à tout prix, par le martèlement avec lequel il tend à imposer ses effets et ses convictions, et surtout par son refus du réalisme, de la précision et du particularisme, refus par lequel il pense atteindre un public illimité sous toutes les latitudes, Kubrick est un baroque. Mais son refus du particularisme, et le fait par exemple que l’intrigue se passe dans un no man’s land vaguement anglo-saxon et dans des décors inspirés tour à tour par le film noir et par l’opéra, entrainent parfois une certaine confusion, surtout si le spectateur cherche à mettre des étiquettes politiques trop précises sur les personnages et sur le type de société où ils vivent. Ce baroquisme à moitié assumé de Kubrick est sans doute aussi la part la plus fragile et la plus vulnérable au vieillissement de son œuvre.

Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992

Musique : Wendy Carlos

Distribution : Malcolm McDowell / Patrick Magee / Michael Bates / Warren Clarke / John Clive / Adrienne Corri / Carl Duering / Paul Farrell / Clive Francis / Michael Gover / Miriam Karlin / James Marcus / Aubrey Morris…

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Rashomon 1950

Montré et primé au Festival de Venise 1951, Rashomon est à l’origine de la vague d’intérêt de l’Occident pour le cinéma japonais. Douzième film de Kurosawa, tiré de deux nouvelles de Ryumosuke Akutagawa (1892-1927), c’est une oeuvre de la maturité du cinéaste. Pleine de bruit et de fureur, riche en mouvements d’appareil qui courent après les personnages, les dépassent ou les encerclent et zèbrent l’espace avec une fébrilité baroque, elle révèle à l’évidence que la sérénité et le détachement ne figurent pas parmi les données premières de l’nnivers de l’auteur. Maniant en virtuose l’abstrait et le concret (par exemple dans les lieux de l’action, l’abstraction du tribunal où l’on ne peut voir ni entendre les interrogateurs s’opposant à la présence quasi cosmique de la porte de Rasho noyée dans un déluge), utilisant une direction d’acteurs variée et spectaculaire, tantôt introvertie et tantôt extravertie, Kurosawa s’acharne à démontrer qu’un seul point de vue, un seul type de valeurs, une seule tonalité ne sauraient permettre de déchiffrer l’énigme du monde. Et s’il entrecroise dans le récit de ce fait divers tragique des témoignages contradictoires, c’est moins pour souligner la vanité ou la faiblesse de l’homme (elles existent cependant) que pour faire sentir le gouffre qui s’épare les mots et les choses, la subjectivité et la réalité. Ce gouffre vient confirmer et aggraver l’opacité du réel. A cet égard, Rashomon est plus près de Faulkner que de Pirandello. L’épilogue << heureux >> cooncernant le bébé peut paraître surajouté. Il l’est en et ne faisait pas partie des deux nouvelles adaptées; mais, comme tel, il exprime bien le rôle et la place de l’humanisme dans l’oeuvre de Kurosawa. C’est une sorte d’acquis secondaire, un remède, un baume appliqué avec l’énergie du désespoir sur le désordre et les convulsions du monde, lequel demeure à toutes les époques fondamentalement barbare et indéchiffrable à l’homme.

Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992

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