TAKESHI KITANO
[ Violent Cop ] [ Hana-bi ] [ L'Été de Kikujiro ] [ Aniki, mon frère ] [ Dolls ] [ Zatoichi ] [ Outrage ] [ Ryuzo 7 ]
1947-XXXX Japon
La Scène
Le Toyokan
L'Héritage
L'Ombre de l'ascenseur (Le Liftier)
Après avoir abandonné ses études d'ingénieur, Kitano se retrouve à faire des petits boulots. Il entre au Toyokan non pas comme artiste, mais comme employé de service. Il passe ses journées à faire monter et descendre les clients et les artistes.
C'est depuis son ascenseur qu'il observe les comédiens de Manzai, les techniciens et le public. Il apprend le rythme des blagues et les réactions de la foule en coulisses.
Un soir, l'un des comédiens du duo de sketchs habituel tombe malade ou ne se présente pas. Le patron du Toyokan, Senzaburo Fukami (qui deviendra le mentor de Kitano), cherche un remplaçant en urgence. Kitano, qui connaissait les textes par cœur à force de les entendre, propose de monter sur scène.
Le Premier Pas (La Scène)
C'est la naissance de "Beat Takeshi". Sous la tutelle de son mentor Senzaburo Fukami, il forge son style : le Manzai, un duo comique basé sur la rupture et l'impertinence.
Le Manzai repose sur un duo (le Boke, l'idiot, et le Tsukkomi, celui qui réagit). Kitano y a appris l'art de la "rupture" : un silence de trois secondes suivi d'une gifle ou d'une réplique cinglante.
Au théâtre, il a appris à garder un visage de marbre (le fameux "poker face") pour accentuer l'effet comique. C'est exactement ce visage qu'il utilise dans ses films de yakuza pour exprimer une menace sourde ou une tristesse infinie.
Ayant commencé "en bas", il garde une tendresse particulière pour les marginaux et les petites frappes dans ses films.
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L'Art de la Rupture (L'Héritage)
Du théâtre de rue au cinéma, Kitano garde ce "timing" unique. Une immobilité de marbre brisée par un éclair d'humour ou de violence. C'est l'alchimie entre l'observateur silencieux de l'ascenseur et l'acteur explosif.
Kitano est resté extrêmement fidèle à cette période. Son film Asakusa Kid (sorti récemment sur les écrans) raconte précisément cette relation entre le liftier débutant et son maître Senzaburo Fukami dans l'effervescence du Toyokan.
En résumé
Kitano a donc commencé comme liftier. Ce n'est pas un détail, c'est sa formation initiale. Ce poste d'observateur privilégié lui a permis de comprendre que la vie est une suite de moments d'attente (l'ascenseur) brisés par des événements soudains (la scène).
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The big dream
| Les débuts de Takeshi Kitano
Takeshi Kitano, né le 18 janvier 1947 à Tokyo, est le dernier enfant d’une famille vivant dans les quartiers populaires de la ville, marquée par la pauvreté qui suivit la Seconde Guerre mondiale.
Il quitte le collège après trois ans malgré ses talents scolaires, son rêve étant de travailler pour Honda.
Son parcours artistique débute en 1972, lorsqu’il commence à travailler comme liftier dans un cabaret de spectacles burlesques, le Furansu-za (France-za : le nom provient de l’admiration du romancier Kafu Nagai pour la France), situé dans le quartier d’Asakusa à Tokyo (aujourd’hui Le Toyokan), qui fonctionnait à la fois comme théâtre de sketchs comiques et de strip-tease. C’est là qu’il remplace au pied levé un comédien malade, ce qui marque la naissance de sa carrière en tant qu’acteur. Il adopte alors le nom de scène de Beat Takeshi, un pseudonyme qu’il utilise encore aujourd’hui.
En 1974, il forme avec son compère Kiyoshi Kaneko un duo comique nommé « The Two Beats ».
Le duo passe à la télévision pour la première fois en 1975 et connaît un immense succès au Japon dans les années 1980, devenant l’une des figures emblématiques du manzai, une forme de stand-up comedy basée sur l’improvisation verbale.
Beat Takeshi se distingue par son goût de la provocation et son irrévérence, ce qui contribue à sa popularité croissante. Son passage à la télévision est marqué par des émissions comme « Oretachi Hyohinzoku », littéralement « Nous sommes sauvages et cinglés ».
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🕊️ Takeshi Kitano : Le Samouraï de l’Innocence
L’œuvre de Takeshi Kitano est une géographie de contrastes. Ancien enfant terrible de la télévision japonaise, il a imposé au cinéma mondial une écriture visuelle radicale où la violence la plus abrupte côtoie une douceur mélancolique. Kitano est un cas unique : il a réussi à fusionner la nervosité sèche du film de yakuza avec une innocence enfantine presque suspendue. Son passé au Toyokan, où il a appris l’art du manzai (comédie de scène), explique sa gestion magistrale du timing. Chez lui, l’esthétique du cadre est souvent statique, frontale, puis soudainement brisée par un éclat d’humour absurde ou une explosion de brutalité.
Sa force réside dans une épure graphique saisissante : ses personnages contemplent la mer ou s’abandonnent à des jeux de plage avant d’être rattrapés par leur destin. Kitano filme le silence et l’attente avec une économie de moyens qui confine à l’ascétisme, transformant chaque plan en une estampe moderne.
L’alliance avec le compositeur Joe Hisaishi est le cœur battant de son cinéma. Leurs collaborations ont créé un langage où la musique ne souligne pas l’image, mais lui offre une dimension de conte cruel et merveilleux. Des costumes de Yohji Yamamoto dans Dolls aux compositions minimalistes d’Hana-bi, Kitano a bâti un pont entre le Japon traditionnel et une modernité désenchantée, laissant au 7ème art l’image d’un artiste capable de peindre la vie avec la simplicité d’un enfant et la rigueur d’un maître.
1989-1999
L’ascension d’un météore, du Toyokan au Panthéon
En moins de dix ans, l’ancien liftier d’Asakusa a pulvérisé les cadres du septième art pour imposer sa propre grammaire. Cette décennie s’ouvre sur les décombres d’un polar classique qu’il a dépouillé de ses artifices (Violent Cop) pour se clore sur un conte d’une tendresse universelle (L’Été de Kikujiro). Entre ces deux pôles, Kitano a transformé son passé de saltimbanque des quartiers populaires en une force créatrice brute, capable de filmer le silence avec la même intensité qu’une détonation.
Cette période marque surtout sa rencontre alchimique avec Joe Hisaishi : ensemble, ils ont prouvé que l’image n’est jamais aussi puissante que lorsqu’elle se laisse sculpter par la musique. Des insoumis du bitume de Kids Return aux sentinelles mélancoliques d’Hana-Bi, Kitano a redonné une noblesse aux figures périphériques du Japon. En une décennie, l’humoriste « Beat » Takeshi s’est effacé derrière l’architecte de la perception, devenant le visage d’un cinéma où la plus grande violence côtoie la plus pure des poésies.
1989 : Violent Cop その男、凶暴につき Sono otoko kyobo ni tsuki

Ce polar brut et stylisé met en scène Azuma, un policier solitaire, taciturne et violent, qui n’hésite pas à outrepasser les règles pour faire respecter la justice. Après la mort de son meilleur ami et le viol de sa jeune sœur par un gang de yakuzas dirigé par Kiyohiro, il se lance dans une vendetta personnelle, au prix de son poste et de sa vie.
🎥 Fiche d’identité : Violent Cop (1989)
Référence : Le film est né d’une réécriture radicale d’un scénario original de Hisashi Nozawa. Initialement conçu comme une comédie d’action pour le réalisateur Kinji Fukasaku, Kitano a transformé le matériau de base en un drame nihiliste, influencé par la figure historique et cinématographique du « Hard-boiled » détective, mais transposé dans le Japon urbain et désenchanté de la fin des années 80.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Daisuke Kume.
Thématique : L’inéluctabilité du destin et l’effondrement de l’ordre social.
Objectif : Analyser comment la symbiose entre le vide visuel de Kitano et le minimalisme de Kume réinvente le genre policier.
1. Composition visuelle : La géométrie du silence
Contrairement à la densité de Satoshi Kon, Kitano compose par le statisme et le plan-séquence fixe. Le cadre devient une structure rigide où le mouvement humain est soit absent, soit d’une violence fulgurante.
2. Composition sonore : Le minimalisme de Daisuke Kume
Pour Cinépédia, cette partition est essentielle car elle ne se contente pas d’accompagner l’image : elle la sculpte. Kume utilise des sonorités synthétiques et des thèmes au piano (notamment la réinterprétation de Satie) pour apporter une mélancolie qui contredit la brutalité visuelle, créant une troisième dimension sensorielle.
3. La séquence clé : La marche d’Azuma
La musique de Kume dicte le tempo de la marche de Kitano. L’image et le son fusionnent dans une répétition lancinante, transformant une simple déambulation urbaine en une progression funeste vers l’abîme.
Analyse Cinépédia : Ce film pose la pierre angulaire de notre thèse. La « magie » opère ici par la soustraction : l’image se vide de son superflu tandis que la musique de Kume remplit l’espace émotionnel laissé vacant, prouvant que le compositeur est ici l’architecte du ressenti là où le réalisateur est l’architecte du cadre.
Saviez-vous que… ?
Le style visuel si particulier de Kitano est né d’une contrainte : n’ayant pas de formation classique, il préférait supprimer des dialogues et figer sa caméra pour laisser la musique de Kume instaurer l’ambiance, une approche qui deviendra sa signature mondiale.
En résumé
Violent Cop marque le début d’une ère où le son (Daisuke Kume) et l’image (Takeshi Kitano) ne sont plus deux entités séparées, mais une seule et même force narrative. C’est l’épure totale au service d’une intensité tragique.
Musique : Daisaku Kume, le thème au piano est la Gnossienne No.1 d’Erik Satie
Daisaku Kume : Violent Cop [ full Album ]
Distribution : Takeshi Kitano / Maiko Kawakami / Makoto Ashikawa / Shirô Sano / Sei Hiraizumi / Mikiko Otonashi / Hakuryu / Ittoku Kishibe / Ken Yoshizawa / Hiroyuki Katsube / Susumu Terajima
1990 : Jugatsu / 3-4X10月 / 3-4×10 Gatsu / San tai yon ekkusu jugatsu / Boiling Point

Masaki, un jeune pompiste nonchalant et joueur de baseball médiocre, s’attire les foudres d’un yakuza local. Pour protéger son entraîneur et se venger, il part à Okinawa avec un ami pour acheter des armes. Il y rencontre Uehara (Kitano), un gangster psychopathe et imprévisible qui va l’entraîner dans une spirale de violence absurde et onirique.
🎥 Fiche d’identité : Le point d’ébullition du banal
Référence : Le film s’inscrit dans la mouvance du Yakuza-eiga (film de gangsters) mais le déconstruit totalement. Il puise sa source dans l’ennui de la jeunesse japonaise des années 90, celle qui ne trouve sa place ni dans le sport, ni dans le travail, une thématique très proche des propres observations de Kitano sur la fracture sociale au Japon.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Pas de compositeur attitré (Utilisation du silence et de sons ambiants).
Thématique : La frustration silencieuse qui mène à l’irruption soudaine de la violence.
Objectif : Analyser le « vide » kitanien et l’absence volontaire de musique mélodique pour souligner le désarroi existentiel.
1. Composition visuelle : Le terrain de baseball comme scène de l’absurde
Le film s’ouvre et se ferme sur un terrain de baseball de banlieue. Kitano compose ses plans comme des tableaux fixes où l’action semble toujours « à côté » du cadre principal. Les lignes blanches du terrain délimitent un espace de jeu qui devient une métaphore de la vie : des règles strictes pour des joueurs qui ne savent plus pourquoi ils jouent.
2. Composition sonore : La symphonie du silence
Pour Cinépédia, Jugatsu est un cas d’école fascinant. Ici, la musique est quasiment absente. Kitano fait le choix radical de laisser l’image « composer » son propre son : le bruit du vent dans les herbes hautes, le craquement d’une batte, ou le silence pesant d’un trajet en voiture. Ce vide sonore crée une tension insupportable, une « composition par l’absence » qui prépare l’explosion finale.
3. La séquence clé : L’apparition d’Uehara (Okinawa)
Lorsque le protagoniste rencontre Uehara (joué par Kitano lui-même) à Okinawa, la composition change. Le cadre devient plus sauvage, plus imprévisible. Le son des vagues remplace le calme urbain. C’est ici que le « point d’ébullition » est atteint : la musique est remplacée par la folie pure des personnages, prouvant que le rythme peut être dicté uniquement par le montage.
Analyse Cinépédia : Ce film est la preuve par le vide de notre thèse. En choisissant de retirer le compositeur au profit du silence, Kitano force le spectateur à écouter la « musique des images ». C’est un exercice de style où le son du néant devient la bande-originale d’une jeunesse en perte de repères.
Saviez-vous que… ?
Le titre original Jugatsu signifie « Octobre ». C’est un clin d’œil à la saison où le baseball se termine et où le froid commence à s’installer. Kitano a écrit ce scénario en quelques jours seulement, comme une improvisation de jazz, cherchant à capturer une émotion brute plutôt qu’une structure narrative classique.
En résumé
Jugatsu est une œuvre pivot. En refusant le confort d’une partition musicale traditionnelle, Kitano explore la limite de l’image pure. C’est le film du « silence assourdissant », indispensable pour comprendre pourquoi sa future rencontre avec Joe Hisaishi sera un tel choc artistique.
Distribution : Masahiko Ono, Yuriko Ishida, Takeshi Kitano, Ganjiro Kawarasaki, Minoru Iizuka, Hisashi Igawa, Takaaki Ishibashi.
1991 : A Scene at the Sea / あの夏、いちばん静かな海 / Ano natsu ichiban shizukana umi

Shigeru, un jeune éboueur sourd-muet, se prend de passion pour le surf après avoir trouvé une planche cassée. Soutenu par sa petite amie Takako, elle aussi sourde-muette, il consacre tout son temps libre à affronter l’océan dans un silence contemplatif. Entre répétition des gestes et mélancolie estivale, le film dépeint une quête de l’absolu d’une pureté absolue.
Après l’austérité silencieuse de Jugatsu, nous arrivons à la rencontre qui va changer l’histoire de la composition audiovisuelle : le duo Takeshi Kitano / Joe Hisaishi sur le film A Scene at the Sea (Ano natsu, ichiban shizukana umi).
Ici, l’image et le son ne font plus seulement « bon ménage » ; ils deviennent indissociables, comme deux voix d’une même partition.
🎥 Fiche d’identité : Le ressac de l’âme
Référence : Ce film puise dans une forme de poésie humaniste universelle, mais il est profondément ancré dans la réalité des marginaux japonais. Kitano y traite du handicap (la surdité) non pas comme un sujet de mélodrame, mais comme une condition de pureté. Il rend hommage aux persévérants, à ceux qui, comme lui au Toyokan, s’acharnent dans l’ombre sans chercher la reconnaissance, simplement par amour du geste.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi (Leur première collaboration).
Thématique : La persévérance silencieuse, l’amour sans mots et l’immensité de l’océan.
Objectif : Analyser comment la mélodie d’Hisaishi devient la « voix » des personnages sourds-muets.
1. Composition visuelle : Le bleu de la persévérance
Kitano délaisse ici la violence urbaine pour le littoral. La composition est marquée par le « Bleu Kitano » (Kitano Blue), une palette chromatique mélancolique. Les plans sont souvent larges pour montrer la petitesse de l’homme face à l’océan, créant un cadre où l’immobilité du spectateur (la petite amie sur le sable) contraste avec le mouvement répétitif du surfeur.
2. Composition sonore : La naissance du lyrisme minimaliste
Pour Cinépédia, ce film est une révolution. Puisque les protagonistes sont sourds, Joe Hisaishi ne compose pas une musique d’ambiance, il compose leur dialogue. La partition, portée par des synthétiseurs doux et des boucles répétitives, imite le mouvement des vagues. Le son remplace la parole manquante, apportant une chaleur émotionnelle qui compense la froideur habituelle du cadre kitanien.
3. La séquence clé : Le transport de la planche de surf
On voit souvent les deux protagonistes marcher l’un derrière l’autre, portant une planche cassée ou neuve. La musique d’Hisaishi rythme leurs pas. La composition de l’image (le défilé latéral) et la composition musicale (le rythme ternaire) s’unissent pour transformer une action banale en une marche sacrée, presque religieuse.
Analyse Cinépédia : Ce film valide notre thèse la plus chère : la musique est la peau de l’image. Chez Kitano, le son d’Hisaishi ne vient pas illustrer la scène, il l’habite. Sans cette musique, le film serait un documentaire sur le silence ; avec elle, il devient une symphonie sur l’invisible.
Saviez-vous que… ?
C’est avec ce film que Kitano a radicalisé son montage en supprimant tout ce qu’il jugeait « explicatif ». Il a découvert que la musique d’Hisaishi possédait une telle force narrative qu’il pouvait se permettre de ne rien faire dire à ses acteurs. Le compositeur a ainsi offert au réalisateur la liberté d’être encore plus minimaliste.
En résumé
A Scene at the Sea est le premier souffle d’une collaboration légendaire. C’est l’œuvre où l’on comprend que pour Kitano, le respect pour « ceux d’en bas » passe par la beauté qu’on leur accorde : il offre à un éboueur sourd-muet la musique la plus sublime du cinéma japonais.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Silent Love (Main Theme)
Distribution : Claude Maki, Hiroko Oshima, Susumu Terajima, Katsuya Koiso, Toshizo Fujiwara, Yasukazu Ishitani.
1993 : Sonatine, mélodie mortelle / ソナチネ Sonachine

Sonatine suit Murakawa, un yakuza âgé et épuisé, envoyé par son chef à Okinawa pour médier entre deux clans rivaux, le Nakamatsu et l’Anan. Il découvre rapidement que cette mission est une tentative d’élimination, et après une série d’attentats et de fusillades, il se réfugie avec quelques survivants dans une maison de plage. Là, une période de détente et de jeux enfantins s’installe, ponctuée de moments de violence soudaine, reflétant le conflit intérieur de Murakawa entre la vie de gangster et le désir de paix.
Takeshi Kitano y incarne un personnage silencieux, aux expressions faciales emblématiques, incarnant une forme de fatalisme existentiel. Le titre Sonatine fait référence à une petite sonate musicale, symbole de choix crucial dans la vie, comme le fait Murakawa face à son destin.
🎥 Fiche d’identité : La danse macabre au bord de l’eau
Référence : Le film puise dans la mythologie du Yakuza-eiga tragique, mais il est surtout une réflexion métaphysique sur le « Bashō » (le lieu/l’espace). Kitano s’inspire de son propre sentiment d’épuisement face à la célébrité à cette époque. Il filme ces hommes de l’ombre, ces figures périphériques de la société qui, loin des hiérarchies urbaines, retrouvent une forme d’innocence enfantine avant l’inéluctable.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi.
Thématique : La pulsion de mort (Thanatos) confrontée au jeu et à l’ennui.
Objectif : Analyser l’équilibre précaire entre la violence abrupte et la suspension onirique du temps.
1. Composition visuelle : Le minimalisme de l’attente
Dans Sonatine, Kitano perfectionne son art du plan fixe. La plage d’Okinawa devient un théâtre de l’absurde. La composition joue sur le contraste : des hommes en costumes sombres (codes de la pègre) sur le sable blanc immaculé. Le cadre ne suit pas l’action, il l’attend. Cette géométrie immobile renforce l’aspect « jouet » des personnages face au destin.
2. Composition sonore : La pulsation répétitive d’Hisaishi
Pour Cinépédia, cette bande originale est un pilier. Joe Hisaishi compose ici une musique hypnotique, basée sur des motifs de synthétiseurs tournoyants. La musique ne « commente » pas la tragédie ; elle devient le métronome du film. Le rythme sonore dicte le montage : chaque percussion semble appeler un impact visuel, créant une unité organique où le son sculpte la durée du plan.
3. La séquence clé : Le combat de sumo de papier
C’est ici que l’image et le son fusionnent totalement. Pendant que les yakuzas jouent comme des enfants, la musique d’Hisaishi apporte une mélancolie profonde. La composition visuelle (les personnages accroupis, filmés à hauteur d’enfant) alliée à la légèreté de la partition crée une rupture : la violence disparaît au profit d’une humanité fragile, celle des délaissés du système qui s’offrent une parenthèse de vie.
Analyse Cinépédia : Sonatine est le point de bascule où le cinéma de Kitano devient purement musical. La structure du film suit celle d’une sonate : une introduction, un développement (la plage) et un final explosif. Hisaishi n’est pas seulement le compositeur, il est le co-scénariste invisible qui donne au film sa structure émotionnelle.
Saviez-vous que… ?
Le titre « Sonatine » a été choisi par Kitano car il évoque un exercice musical pour débutants. C’est une manière pour lui de souligner la simplicité presque naïve de ses personnages, des êtres qui, malgré leur violence, restent des « novices » face aux sentiments et à la mort.
En résumé
Sonatine est l’apogée du duo Kitano/Hisaishi. Le film prouve que la plus grande force du cinéma réside dans le contraste : le silence entre deux notes, la fixité entre deux mouvements, et la tendresse au cœur de la brutalité.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Sonatine
Distribution : Takeshi Kitano / Aya Kokumai / Tetsu Watanabe / Masanobu Katsumura / Susumu Terajima / Ren Osugi / Tonbo Zushi / Kenichi Yajima / Eiji Minakata
1996 : Kids Return / キッズ・リターン / Kizu ritan

Shinji et Masaru sont deux lycéens inséparables qui sèchent les cours et harcèlent leurs camarades. Après avoir quitté l’école, leurs chemins divergent : l’un tente de devenir boxeur professionnel tandis que l’autre gravit les échelons des yakuzas. Le film suit leur ascension parallèle et leur chute inévitable, posant la question du nouveau départ dans une société japonaise impitoyable.
Kids Return est une étape charnière, car c’est le véritable film de la « résurrection » pour Kitano après son accident de moto. C’est un film d’une sincérité désarmante sur la jeunesse, l’échec et la persévérance.
Voici la fiche de ce chef-d’œuvre, qui rend hommage à ceux qui tentent, tombent et se relèvent.
🎥 Fiche d’identité : Le cycle de l’éternel recommencement
Référence : Le film est profondément autobiographique dans son esprit. Il s’inspire de la jeunesse de Kitano dans les quartiers populaires, où l’avenir semblait bouché pour ceux qui ne suivaient pas la voie académique. C’est un miroir de ses propres débuts, une lettre adressée aux insoumis du système et aux égarés de la ligne droite qui cherchent leur voie entre la boxe et les yakuza.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi.
Thématique : La fin de l’innocence, l’amitié masculine et la résilience face à l’échec.
Objectif : Analyser comment le rythme de la musique d’Hisaishi insuffle une énergie vitale à une narration sur le désenchantement.
1. Composition visuelle : La circularité du destin
La mise en scène de Kitano utilise ici beaucoup de mouvements circulaires : les vélos dans la cour de récréation, le ring de boxe, les tours de piste. Le cadre n’est plus seulement fixe ; il accompagne la course effrénée de Shinji et Masaru. La composition souligne l’isolement de ces électrons libres au sein d’une société japonaise rigide et codifiée.
2. Composition sonore : L’hymne à la jeunesse d’Hisaishi
Pour Cinépédia, Kids Return marque un tournant musical majeur. Joe Hisaishi compose un thème principal inoubliable, porté par des cuivres et un rythme électronique entraînant. Contrairement à la mélancolie de Sonatine, la musique ici est un moteur. Elle ne pleure pas sur le sort des personnages ; elle les pousse en avant, créant une dynamique sonore qui transforme leurs défaites en une forme de bravoure.
3. La séquence clé : Le retour au lycée
La scène finale, où les deux amis se retrouvent sur leur vélo dans la cour de leur ancien lycée, est l’une des plus belles du cinéma japonais. La musique s’élève alors qu’ils se demandent s’ils ont tout gâché. La réponse (« On n’a même pas encore commencé ! ») fusionne avec l’envolée d’Hisaishi, prouvant que la musique peut transformer un constat d’échec en un cri d’espoir.
Analyse Cinépédia : Ce film illustre la « composition du mouvement ». Ici, l’image et le son ne sont plus dans la contemplation, mais dans l’action. La magie opère car la musique de Joe Hisaishi donne au film son pouls cardiaque. C’est la preuve que pour Kitano, le son est l’étincelle qui rallume la lumière dans l’image, même quand celle-ci dépeint la chute.
Saviez-vous que… ?
C’est le premier film que Kitano a réalisé après son accident. La musique d’Hisaishi a joué un rôle thérapeutique immense : elle a aidé le cinéaste à retrouver son propre rythme interne. Le titre « Kids Return » n’évoque pas seulement le retour des personnages au lycée, mais aussi le retour de Kitano à la vie et au cinéma.
En résumé
Kids Return est le film de la fraternité et du courage. Il montre que la vie est une partition que l’on peut recommencer, même après une fausse note. C’est l’œuvre où l’on sent le plus vibrer le cœur de ces funambules du quotidien que Kitano affectionne tant.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Kids Return
Distribution : Ken Kaneko, Masanobu Ando, Leo Morimoto, Mitsuko Baisho, Ryo Ishibashi, Susumu Terajima, Michisuke Kashiwaya.
1997 : Hana-bi / 花火

À la suite d’une fusillade qui a rendu paraplégique son partenaire Horibe et causé la mort d’un jeune policier, Yoshitaka Nishi, un inspecteur de police très taciturne, pouvant avoir des tendances violentes et imprévisibles, quitte la police pour se consacrer à son épouse, Miyuki, atteinte d’une leucémie incurable, et affectée par le décès ancien de son enfant, ce qui l’a poussée à être complètement repliée sur elle-même. Déguisé en policier, et avec une voiture de taxi maquillée en voiture de police, Nishi va commettre un braquage afin de rembourser ses dettes auprès des Yakuzas et partir pour un dernier voyage avec sa femme à travers le Japon, tandis qu’Horibe tue le temps en peignant, entre les visites espacées que lui rendent ses collègues. Les Yakuzas et deux anciens collègues de Nishi se mettent ensuite sur ses traces, les uns pour lui extorquer encore plus d’argent, et les autres car ils le suspectent dans l’affaire de la banque. Le voyage de Nishi et de sa femme les entraîne au pied du mont Fuji, sur la côte, et dans les montagnes enneigées, où Nishi fait vivre ainsi à sa femme ses derniers moments heureux et poétiques. Nishi est toujours traqué par les yakuzas, qu’il parvient à éliminer au fur et à mesure…
Pour la suite de notre exploration, nous arrivons à l’œuvre qui a consacré Takeshi Kitano sur la scène internationale : Hana-Bi (Le Feu d’artifice). C’est ici que la fusion entre le peintre (Kitano a commencé à peindre après son accident de moto), le cinéaste et le compositeur (Hisaishi) atteint un sommet de lyrisme et de tragédie.
🎥 Fiche d’identité : L’éclat éphémère de la vie
Référence : Le film est hanté par la propre confrontation de Kitano avec la mort après son grave accident de 1994. Il y injecte ses propres peintures, transformant le récit en une galerie d’art mélancolique. L’œuvre s’attache à ces figures désaxées et ces laissés-pour-compte du destin : un policier brisé par le handicap, un autre par le deuil, et un homme qui n’a plus que sa tendresse à offrir avant la fin.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi.
Thématique : Le contraste entre la violence destructrice (Hana, la fleur/la vie) et l’explosion finale (Bi, le feu/la mort).
Objectif : Analyser comment l’image peinte et la nappe sonore d’Hisaishi créent un adieu d’une beauté absolue.
1. Composition visuelle : Le cinéma comme toile
Dans Hana-Bi, la composition n’est plus seulement cinématographique, elle est picturale. Kitano insère ses propres dessins (fleurs à têtes d’animaux, paysages pointillistes) directement dans le montage. Le cadre devient un espace de contemplation où le sang versé a la même intensité chromatique que le rouge d’une pivoine, créant une harmonie visuelle entre la cruauté et la délicatesse.
2. Composition sonore : L’élégie d’Hisaishi
Pour Cinépédia, cette partition est le joyau de la couronne. Joe Hisaishi s’éloigne des synthétiseurs froids de Sonatine pour une orchestration plus organique, riche en cordes et en piano. La musique porte en elle une « tristesse lumineuse ». Elle ne se contente pas de souligner l’image ; elle lui donne sa respiration, alternant entre des silences lourds de sens et des envolées symphoniques qui transcendent la misère des personnages.
3. La séquence clé : Le voyage final vers le temple et la mer
Le couple avance vers son destin inéluctable. La composition de l’image (les paysages enneigés du Mont Fuji puis l’immensité bleue) est portée par le thème principal d’Hisaishi. Le rythme de la musique épouse parfaitement la lenteur des derniers instants. Le son et l’image ne font qu’un pour dire ce que les mots ne peuvent plus : la paix trouvée dans l’acceptation de la fin.
Analyse Cinépédia : Hana-Bi est l’aboutissement de notre recherche sur la composition totale. Le réalisateur, le peintre et le compositeur sont ici une seule et même personne émotionnelle. La magie du film réside dans cette capacité à transformer une trajectoire de naufragés de l’existence en un poème symphonique universel.
Saviez-vous que… ?
Le montage du film a été entièrement repensé en fonction de la partition d’Hisaishi. Kitano a parfois rallongé des plans de paysages fixes simplement pour laisser la mélodie se déployer totalement, prouvant que dans son cinéma, le temps musical est supérieur au temps narratif.
En résumé
Hana-Bi est le chef-d’œuvre de la maturité. C’est le film où l’on comprend que la plus belle des compositions est celle qui sait s’effacer devant l’émotion pure. C’est l’union sacrée entre la fleur qui fane et le feu qui crépite, orchestrée par deux maîtres au sommet de leur art.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Hana-bi
Distribution : Takeshi Kitano / Kayoko Kishimoto / Ren Ōsugi / Susumu Terajima / Tetsu Watanabe / Hakuryu / Yasuei Yakushiji / Taro Istumi / Kenichi Yajima / Makoto Ashikawa / Yūko Daike…
1999 : L’Été de Kikujiro / 菊次郎の夏 / Kikujiro no natsu

Un road movie émouvant et drôle, où un jeune garçon, Masao, part à la recherche de sa mère absente, accompagné par Kikujiro, un ancien yakuza désabusé.
L’été de Kikujiro est souvent perçu comme une pause douce et humaine dans l’œuvre parfois violente de Takeshi Kitano, explorant les thèmes de l’enfance, de la solitude et des liens familiaux à travers des aventures inattendues.
Nous clôturons cette décennie prodigieuse avec l’œuvre la plus solaire, la plus tendre, mais aussi la plus mélancolique de Takeshi Kitano. L’Été de Kikujiro (Kikujirō no Natsu) est le film où le « Bleu Kitano » se réchauffe au contact du vert des rizières et du jaune des fleurs de l’été.
C’est l’histoire d’une rencontre entre deux solitudes : un enfant délaissé et un ancien yakuza raté, unis par une même quête d’identité.
🎥 Fiche d’identité : La partition de l’enfance retrouvée
Référence : Le film porte le nom du propre père de Kitano, Kikujiro, avec qui il entretenait une relation complexe et distante. C’est une œuvre de réconciliation imaginaire. Kitano filme ces voyageurs de l’imprévu et ces exilés de la normalité (le motocycliste, le poète itinérant) qui forment une famille de substitution le temps d’un voyage sur les routes du Japon provincial.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi (Le chef-d’œuvre Summer).
Thématique : La transmission, le deuil de l’enfance et la beauté des liens éphémères.
Objectif : Analyser comment la musique devient le moteur de l’imaginaire et transforme un « road movie » classique en un conte moderne.
1. Composition visuelle : Le monde à hauteur d’enfant
Kitano adopte ici une mise en scène ludique. La composition joue sur des angles de vue originaux : on voit souvent le monde à travers les yeux du petit Masao ou via des arrêts sur image qui ressemblent à des photos d’album de vacances. Les paysages ne sont plus des décors, mais des espaces de jeu où ces compagnons de fortune réinventent la réalité pour échapper à la tristesse.
2. Composition sonore : L’irrésistible envolée de « Summer »
Pour Cinépédia, ce film est le testament de l’harmonie entre Kitano et Hisaishi. Le thème Summer, avec ses cordes sautillantes et son piano léger, est devenu l’une des compositions les plus célèbres du cinéma mondial. La musique ne se contente pas d’accompagner le voyage ; elle lui donne son élan. Elle est le sourire que les personnages n’osent pas toujours montrer, une pulsation de vie qui transforme la marche en danse.
3. La séquence clé : Les jeux au bord de l’eau
Toute la seconde partie du film est une suite de tableaux où des adultes (les marginaux rencontrés en chemin) se déguisent et jouent pour amuser l’enfant. La composition visuelle devient surréaliste (costumes d’aliens, de poissons). La musique d’Hisaishi se fait alors plus douce, soulignant la noblesse de ces âmes généreuses qui offrent leur dignité en spectacle pour consoler un cœur brisé.
Analyse Cinépédia : L’Été de Kikujiro est la clé de voûte de notre thématique sur la fusion image/son. Ici, l’image est un corps et la musique d’Hisaishi est son souffle. C’est la preuve que la magie cinématographique naît du contraste : la rudesse d’un homme (Kikujiro) fondue dans la délicatesse d’une mélodie au piano.
Saviez-vous que… ?
Kitano a déclaré que ce film était « le plus dur à réaliser » de sa carrière, car il est beaucoup plus difficile de faire rire et d’émouvoir avec simplicité que de filmer de la violence. La structure du film a été pensée comme un journal de bord, où chaque chapitre est introduit par un dessin, renforçant l’idée que nous lisons les souvenirs d’un été sacré.
En résumé
L’Été de Kikujiro clôt les années 90 sur une note d’espoir universel. Il rend hommage à tous les pèlerins du cœur qui, malgré leurs fêlures, parviennent à illuminer le chemin des autres. C’est l’apothéose d’une décennie où Kitano et Hisaishi ont appris au monde que le silence, l’image peinte et la mélodie pure sont les seuls langages nécessaires pour raconter l’âme humaine.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : L’été de Kikujiro – Summer
Distribution : Takeshi Kitano / Yusuke Sekiguchi / Kayoko Kishimoto / Great Gidayu / Rakkyo Ide / Akaji Maro / Yūko Daike / Fumie Hosokawa / Nezumi Imamura / Beat Kiyoshi / Daigaku Sekine / Makoto Inamiya / Hisahiko Murasawa / Tarou Suwata

COFFRET DVD Takeshi Kitano : Takeshi’s + Aniki Mon frère + Zatoichi
Sous-titres : Français
Langue : Anglais (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1), Japonais (Dolby Digital 5.1)
60,00€
Il ne reste plus que 1 exemplaire(s) en stock.
__________Ligne Rouge__________
No Stream After 2005
2000-2009
Le vertige des miroirs et l’autopsie du style
Cette décennie s’ouvre sur un exil californien (Aniki, mon frère) pour s’achever dans le sang et les pigments d’une quête artistique dévorante (Achille et la Tortue). En dix ans, Kitano a délaissé le confort de sa propre légende pour s’aventurer dans les zones les plus risquées de son psyché. C’est la période des explorateurs de l’extrême et des architectes du doute, où la splendeur symphonique de Dolls laisse place à l’expérimentation sonore radicale et aux percussions de Zatoichi.
Après s’être hissé au sommet du monde, le cinéaste choisit de retourner la caméra contre lui-même dans une trilogie d’auto-analyse sans équivalent, cherchant à « tuer » Kitano pour laisser respirer l’artiste. À travers les compositions dissonantes de cette ère, il rend un hommage vibrant aux pèlerins de l’obsession et aux naufragés du beau, ceux qui préfèrent se perdre dans le reflet de leurs propres chimères plutôt que de se répéter. De la rigueur du cadre au chaos pictural, cette décennie est celle d’un homme qui, ayant tout accompli, accepte de tout briser pour sonder le mystère de sa propre création.
2000 : Aniki, mon frère / ブラザー / Burozā, Brother

C’est l’histoire de Yamamoto, un yakuza de Tokyo, qui refuse de se soumettre au clan rival ayant fait tuer son chef et quitte le Japon pour rejoindre son demi-frère Ken à Los Angeles.
Débarqué aux États-Unis sans parler anglais, Yamamoto, interprété par Takeshi Kitano lui-même, retrouve son frère, devenu un petit dealer, et s’engage peu à peu dans la vie criminelle américaine en appliquant les codes des yakuzas. Il forme rapidement un nouveau clan, supprime le fournisseur de Ken et s’oppose à un gang chicano, avant de s’allier avec un rival japonais pour renforcer son influence.
Le film est marqué par une narration elliptique, des plans soigneusement composés et une esthétique rigoureuse, avec une bande originale composée par Joe Hisaishi. Takeshi Kitano incarne le personnage principal, Yamamoto, également connu sous le nom de « Aniki », tandis qu’Omar Epps joue Denny, un gangster afro-américain avec qui Yamamoto développe une amitié inattendue.
Aniki, mon frère, qui marque le premier et unique long métrage de Kitano tourné aux États-Unis, est souvent considéré comme une réussite, mêlant violence et poésie dans une histoire de yakusa transposée dans le monde des gangs américains.
Avec Aniki, mon frère (Brother), Kitano exporte son esthétique à Los Angeles. C’est le film du déracinement, où le « Bleu Kitano » se confronte à la lumière crue de la Californie.
Un choc culturel et sonore, qui ouvre une nouvelle ère pour notre exploration.
🎥 Fiche d’identité : Le samouraï déraciné
Référence : Le film est une collision brutale entre le Code d’honneur japonais (le Giri) et le rêve américain déchu. Kitano s’inspire de la figure historique du paria qui, même à l’autre bout du monde, reste fidèle à ses racines. Il met en scène ces exilés de l’asphalte et ces frères d’armes improvisés qui, malgré la barrière de la langue, partagent une même solitude urbaine.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi.
Thématique : La loyauté au-delà des frontières, le choc des cultures et le suicide rituel moderne.
Objectif : Analyser comment la musique d’Hisaishi lie deux mondes visuellement opposés.
1. Composition visuelle : L’épure japonaise dans le chaos américain
Kitano traite Los Angeles avec la même rigueur géométrique que Tokyo. La composition joue sur le contraste entre l’immensité des boulevards californiens et l’étroitesse des cadres où se regroupent les protagonistes. Le réalisateur filme ces architectes de leur propre chute avec une verticalité qui rappelle les gratte-ciels, enfermant ses personnages dans un destin rectiligne.
2. Composition sonore : Le jazz funèbre de Joe Hisaishi
Pour Cinépédia, cette partition est capitale. Hisaishi adapte son style au décor américain en injectant des teintes de jazz (cuivres, percussions sèches) à son lyrisme habituel. La musique devient le pont entre Yamamoto (Kitano) et Denny (Omar Epps). Le son ne traduit pas les mots qu’ils ne peuvent s’échanger, mais l’amitié indicible qui naît de leur condition commune de laissés-pour-compte de la modernité.
3. La séquence clé : Les avions de papier
Dans un moment de répit, les personnages font des avions de papier depuis un toit. La composition visuelle, légère et aérienne, est portée par une mélodie d’Hisaishi d’une douceur infinie. C’est ici que l’image et le son fusionnent pour suspendre le temps : la violence du monde extérieur s’efface devant la poésie du geste inutile, rappelant l’innocence perdue de Sonatine ou Kids Return.
Analyse Cinépédia : Ce film démontre que la « magie » de la composition transcende la géographie. Que ce soit sur une plage d’Okinawa ou dans une ruelle de L.A., l’alliance Kitano/Hisaishi transforme le film de genre en une élégie universelle. Le compositeur agit ici comme un traducteur d’âmes, donnant une voix mélodique à ceux qui ont choisi le silence.
Saviez-vous que… ?
Le titre original Brother souligne l’importance de la fraternité choisie plutôt que subie. Kitano a exigé que le montage conserve des moments de silence « japonais » au milieu du rythme effréné des films d’action américains, obligeant le public occidental à s’adapter à sa temporalité propre, rythmée par les respirations musicales d’Hisaishi.
En résumé
Aniki, mon frère est l’œuvre de la maturité internationale. C’est le film où l’on comprend que peu importe le décor, la composition d’une vie se mesure à la fidélité que l’on porte à ses semblables. Un hommage vibrant à tous les pèlerins de l’ombre égarés sous le soleil californien.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Ballade – Drifter in LAX
Distribution : Takeshi Kitano / Omar Epps / Claude Maki / Amaury Nolasco / Masaya Kato / Susumu Terajima/ Royale Watkins / Lombardo Boyar…
2002 : Dolls /ドールズ / Dōruzu

À travers trois contes tragiques entrelacés, le film explore les visages du sacrifice et de l’amour éternel. On y suit notamment un jeune homme et sa fiancée, désormais amnésique et errante, liés l’un à l’autre par une corde rouge à travers des paysages changeant au fil des saisons. Cette fresque visuelle sublime la douleur et la fidélité dans une explosion de couleurs orchestrée comme un ballet silencieux.
Avec Dolls, Kitano signe son œuvre la plus radicale sur le plan formel. C’est un film qui ne se regarde pas seulement, il se contemple comme une exposition de gravures anciennes. C’est aussi, hélas, le chant du cygne de sa collaboration initiale avec Joe Hisaishi, une séparation qui donne à cette partition une résonance déchirante.
🎥 Fiche d’identité : Le théâtre des amours foudroyés
Référence : Le film s’inspire directement du Bunraku (théâtre de marionnettes traditionnel japonais), et plus précisément des tragédies de Chikamatsu Monzaemon, le « Shakespeare japonais ». Kitano transpose ces récits de destins brisés dans le Japon contemporain, filmant ces errants de l’absolu et ces captifs de leurs propres sentiments qui errent à travers les quatre saisons, liés par un cordon rouge symbolique.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Joe Hisaishi.
Thématique : L’amour éternel, le sacrifice de soi et la cyclicité de la douleur.
Objectif : Analyser comment la couleur saturée et la nappe symphonique d’Hisaishi transforment des êtres de chair en poupées tragiques.
1. Composition visuelle : L’explosion chromatique de Yohji Yamamoto
Pour la première fois, la composition visuelle est dictée par les costumes. Créés par le couturier Yohji Yamamoto, ils imposent des taches de couleurs primaires (rouge sang, bleu profond) dans des paysages naturels d’une beauté irréelle. Le cadre de Kitano devient une toile où chaque saison possède sa propre grammaire : le rose des cerisiers pour l’espoir, l’orange des érables pour la chute, et le blanc immaculé pour l’oubli définitif.
2. Composition sonore : Le lyrisme crépusculaire d’Hisaishi
Pour Cinépédia, Dolls représente l’apogée émotionnelle de Joe Hisaishi. La musique est ici d’une ampleur symphonique inédite, utilisant des cordes lancinantes qui imitent le mouvement des vagues ou le vent dans les feuilles. Le son ne vient pas ponctuer l’action ; il enveloppe les personnages dans une bulle de mélancolie, agissant comme le fil qui relie non seulement les amants, mais aussi les différentes histoires entre elles.
3. La séquence clé : La marche des « mendiants enchaînés »
Les deux protagonistes traversent les paysages, reliés par une corde rouge. La composition de l’image (les silhouettes minuscules dans l’immensité de la nature) et la montée en puissance de la partition d’Hisaishi créent une transe visuelle. Le rythme des pas de ces pèlerins du renoncement est calé sur la pulsation musicale, prouvant que dans l’univers de Kitano, la marche est la forme la plus pure de la mélodie.
Analyse Cinépédia : Ce film est le chef-d’œuvre de la « composition totale ». L’image, le costume et le son ne font plus qu’un. La magie opère car Kitano accepte ici de s’effacer derrière la beauté pure. La musique de Joe Hisaishi devient le narrateur omniscient, celui qui pleure pour ces marionnettes du destin qui ont perdu l’usage de la parole et de la raison.
Saviez-vous que… ?
C’est après ce film que le duo Kitano/Hisaishi s’est séparé pour une longue période. Certains critiques disent que la perfection atteinte dans Dolls était telle qu’ils ne pouvaient plus rien se dire de plus. Le film commence et se termine par de véritables marionnettes de Bunraku, soulignant que pour Kitano, l’humain n’est qu’un vecteur pour une émotion qui le dépasse.
En résumé
Dolls est une symphonie visuelle sans équivalent. C’est un hommage vibrant à tous les naufragés de la passion qui préfèrent la folie à l’indifférence. Une œuvre où l’on comprend que la plus belle des compositions est celle qui accepte de se briser pour rester éternelle.
Musique : Joe Hisaishi
Joe Hisaishi : Dolls
Distribution : Miho Kanno, Hidetoshi Nishijima, Tatsuya Mihashi, Chieko Matsubara, Kyoko Fukada, Tsutomu Takeshige, Kayoko Kishimoto.
2003 : Zatoichi / 座頭市

Le film reprend la légende du personnage emblématique du masseur aveugle Zatoichi, connu dans le cinéma japonais depuis les années 1960 et 1970, notamment grâce aux interprétations de Shintaro Katsu.
Dans l’histoire, Zatoichi, un voyageur aveugle, gagne sa vie comme joueur professionnel et masseur, mais dissimule derrière son apparence humble des talents exceptionnels de combattant au sabre, d’une rapidité et d’une précision stupéfiantes.
Le film se déroule au Japon au XIXe siècle, à la fin de l’époque Edo, et suit les pérégrinations de Zatoichi dans une petite ville asservie par un gang dirigé par Ginzo, un chef brutal qui se débarrasse de tout opposant grâce à un redoutable rōnin, Hattori.
Avec Zatoichi, Kitano s’attaque à un monument de la culture populaire japonaise : le masseur aveugle et bretteur de génie. Mais loin de livrer un simple film de sabre (Chambara), il réinvente le genre en le transformant en une expérience de percussion pure. Pour la première fois depuis longtemps, il se sépare de Joe Hisaishi pour confier la partition à Keiichi Suzuki, créant un choc rythmique sans précédent.
🎥 Fiche d’identité : Le rythme du sabre éclair
Référence : Le personnage de Zatoichi a été porté 26 fois à l’écran par Shintaro Katsu. Kitano s’approprie ce mythe pour rendre hommage aux virtuoses de l’ombre et aux justiciers de l’invisible. Il puise dans l’imagerie du Japon de l’ère Edo, mais en y injectant une modernité punk et une énergie chorégraphique qui dynamite les codes du film d’époque.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Keiichi Suzuki (avec les percussions du groupe de claquettes The Stripes).
Thématique : La perception au-delà de la vue, la justice implacable et la joie collective.
Objectif : Analyser comment le montage visuel est entièrement asservi au rythme sonore et percutant.
1. Composition visuelle : La précision du trait
Kitano délaisse ici le statisme contemplatif pour une mise en scène nerveuse. La composition joue sur les contrastes : la canne-sabre rouge vif dans des décors boisés et terreux. Le cadre souligne la cécité du héros en se focalisant sur les détails (pieds dans la boue, mains sur le fourreau), créant une proximité physique avec ce guerrier des sensations.
2. Composition sonore : La musique des objets
Pour Cinépédia, Zatoichi est une révolution sonore. La musique ne vient pas de l’orchestre, elle vient du décor. Keiichi Suzuki intègre les bruits de la vie quotidienne — le choc des pioches dans les champs, les pas dans la boue, le martèlement des outils — pour construire la bande-originale. Le son devient une entité organique qui dicte le mouvement des corps, prouvant que chaque geste de ces travailleurs de la terre est une note de musique.
3. La séquence clé : Le final aux claquettes
C’est le moment où la « composition » atteint son paroxysme. Tout le village se réunit pour une danse de claquettes géante sur des socques de bois (Geta). La composition visuelle (une foule en mouvement synchronisé) et la composition sonore (le martèlement frénétique) fusionnent pour briser le quatrième mur. Le film de sabre devient une comédie musicale joyeuse, un pied-de-nez génial à la tragédie habituelle du genre.
Analyse Cinépédia : Zatoichi valide notre thèse par l’absurde et le génie. Ici, le réalisateur et le compositeur transforment le monde en un instrument de musique géant. La magie opère car l’image ne se contente pas d’être rythmée : elle est le rythme. C’est un hommage aux artisans du mouvement qui transforment la sueur en spectacle.
Saviez-vous que… ?
Kitano a teint ses cheveux en blond platine pour le rôle, une hérésie totale pour un film de samouraïs traditionnel. Il voulait signifier par là que son Zatoichi était un personnage de bande dessinée, un esprit libre qui ne s’embarrasse pas de réalisme historique, mais qui vibre au son des percussions modernes.
En résumé
Zatoichi est l’œuvre de la réinvention. En remplaçant le lyrisme d’Hisaishi par les percussions de Suzuki, Kitano prouve que son cinéma est avant tout une affaire de tempo. Un film qui se regarde avec les oreilles, dédié à tous les danseurs de la survie qui trouvent la beauté dans le fracas du monde.
Musique : Keiichi Suzuki
Distribution : Gadarukanaru Taka, Michiyo Ookusu, Tadanobu Asano, Takeshi Kitano, Yui Natsukawa, Yuuko Daike…
Keiichi Suzuki : Festivo
2005 : Takeshis’ / タケシズ / Takeshizu

Le film suit deux hommes qui se ressemblent étrangement : « Beat » Takeshi, une star de la télévision adulée, et Kitano, un modeste employé de supérette et acteur raté qui enchaîne les auditions. Leurs mondes finissent par s’entrechoquer dans une suite de séquences oniriques et de fusillades absurdes, transformant le récit en un labyrinthe schizophrène sur l’identité et la célébrité.
Avec Takeshis, nous entrons dans la phase la plus déstabilisante et la plus introspective de la carrière de Kitano : sa « trilogie du suicide artistique ». C’est un film-miroir, un labyrinthe mental où le cinéaste démonte son propre mythe avec une férocité rare. Ici, la composition n’est plus linéaire, elle est cubiste.
🎥 Fiche d’identité : Le vertige du double
Référence : Le film est une auto-analyse psychanalytique par l’image. Kitano s’inspire de sa propre dualité : d’un côté « Beat » Takeshi, la star de télévision omniprésente et intouchable, et de l’autre, un quidam anonyme (un double de lui-même, blond et timide) qui court les auditions sans succès. C’est un hommage cruel et brillant aux aspirants de l’ombre et aux clones de la célébrité qui se perdent dans le reflet des autres.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Shinichiro Ikebe.
Thématique : La schizophrénie de la célébrité, l’échec de la création et l’effondrement du récit.
Objectif : Analyser la déconstruction de la « formule Kitano » par une composition chaotique et fragmentée.
1. Composition visuelle : Le cauchemar circulaire
Dans Takeshis’, Kitano utilise la répétition jusqu’à l’absurde. Les mêmes scènes se rejouent avec des variations de plus en plus délirantes (attaques de yakuza, fusillades oniriques). La composition joue sur le faux raccord volontaire et l’accumulation d’objets fétiches (chenilles géantes, fleurs, armes). Le cadre n’est plus un abri, c’est un piège pour ces prisonniers de l’image qui ne savent plus dans quel film ils évoluent.
2. Composition sonore : La dissonance de Shinichiro Ikebe
Pour Cinépédia, ce changement de compositeur est un acte politique. Après le lyrisme d’Hisaishi et le rythme de Suzuki, Ikebe apporte une dimension orchestrale plus abstraite, parfois atonale. La musique souligne le malaise ; elle ne cherche pas à émouvoir, mais à déphaser. Le son devient une matière instable qui accompagne la chute de ces funambules du paraître dans les méandres de leur propre inconscient.
3. La séquence clé : La fusillade dans la loge
C’est le moment où les deux mondes se télescopent. La composition visuelle devient une explosion de violence gratuite et stylisée, presque parodique. Le son sature, mélangeant détonations et silences abrupts. C’est ici que la « magie » se transforme en autopsie : Kitano filme la mort de son propre cinéma pour voir ce qu’il en reste une fois que les masques sont tombés.
Analyse Cinépédia : Ce film est le laboratoire de notre thèse. Il prouve que la composition peut aussi naître de la destruction. La musique d’Ikebe et le montage de Kitano travaillent ensemble pour briser la cohérence, créant un espace où le spectateur est forcé de devenir l’architecte de sa propre compréhension. C’est un hommage aux naufragés de l’identité.
Saviez-vous que… ?
Kitano a déclaré avoir fait ce film pour « tuer » l’image que le public international avait de lui. Il s’amuse à parodier ses propres chefs-d’œuvre (Sonatine, Hana-Bi) pour montrer que la composition n’est pas une recette magique, mais un combat permanent contre les attentes des autres. Le film est une mise en abyme totale où chaque acteur joue plusieurs rôles, souvent des versions déformées d’eux-mêmes.
En résumé
Takeshis’ est une œuvre frontale, un « film-miroir » brisé en mille morceaux. Il rend hommage à tous les errants du spectacle qui cherchent leur propre visage dans la foule. C’est la preuve que pour Kitano, créer c’est d’abord oser se détruire, avec une partition sonore qui grince au rythme de nos propres doutes.
Musique : Shin-ichiro Ikebe
Distribution : Takeshi Kitano, Kotomi Kyono, Kayoko Kishimoto, Ren Osugi, Susumu Terajima, Tetsu Watanabe, Akihiro Miwa.
2007 : Glory to the Filmmaker! / 監督・ばんざい! / Kantoku Banzai!

Un cinéaste en panne d’inspiration tente désespérément de réaliser son prochain grand film en explorant tous les genres possibles : mélodrame, film d’époque, horreur ou science-fiction. Chaque tentative tourne au désastre absurde, transformant le film en une satire féroce et surréaliste du processus créatif. C’est une mise en abyme où Kitano se moque de son propre génie et de l’industrie du cinéma.
Avec Kantoku · Banzai! (Glory to the Filmmaker!), Kitano poursuit son autopsie créative. Si Takeshis’ était un cauchemar schizophrène, ce film est une farce métaphysique. Il y met en scène son propre blocage artistique, tentant de réaliser tous les genres possibles (mélo, horreur, film de sabre, SF) pour finalement les saborder un par un.
C’est le film du « chantier permanent », où l’image se construit et s’effondre sous nos yeux.
🎥 Fiche d’identité : Le kaléidoscope de l’impuissance
Référence : Le titre fait écho au Banzai historique, mais détourné ici en un cri de dérision. Kitano s’inspire de l’histoire du cinéma japonais (du muet aux blockbusters contemporains) pour se moquer de sa propre quête de perfection. Il rend hommage aux artisans du doute et aux bâtisseurs de chimères qui, comme lui, cherchent la formule magique du « chef-d’œuvre » sans jamais la trouver.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Shinichiro Ikebe (et morceaux classiques détournés).
Thématique : La panne d’inspiration, la parodie des genres et l’absurdité du métier de cinéaste.
Objectif : Analyser comment la composition visuelle devient volontairement incohérente pour souligner l’échec de la narration.
1. Composition visuelle : Le collage de styles
Kitano s’amuse à changer de grammaire toutes les dix minutes. On passe de la composition fixe et élégante du cinéma d’Ozu à des cadres outranciers de films d’horreur de série B. Le cadre devient un espace de jeu pour ces marionnettes de l’absurde : Kitano utilise même un mannequin à son effigie pour remplacer son propre corps, signifiant que le réalisateur n’est plus qu’un objet dans sa propre mise en scène.
2. Composition sonore : Le pastiche orchestral de Shinichiro Ikebe
Pour Cinépédia, cette bande-son est un exercice de style fascinant. Ikebe compose des pastiches de musiques de films (le thème lyrique qui en fait trop, le piano mélancolique cliché). Le son ne soutient pas l’image, il la ridiculise ou la souligne avec une ironie mordante. C’est une « composition du second degré » qui force le spectateur à entendre les ficelles de la fabrication cinématographique.
3. La séquence clé : Le film de science-fiction final
Dans la dernière partie, le film bascule dans un délire apocalyptique avec un robot géant. La composition visuelle, saturée d’effets spéciaux volontairement « kitchs », et la musique grandiloquente créent un contraste total avec le minimalisme habituel de Kitano. C’est ici que la magie se brise volontairement : le réalisateur montre que sans âme, la technique n’est qu’un vacarme visuel et sonore.
Analyse Cinépédia : Ce film valide notre thèse par la négative. En montrant que l’accumulation de styles et de sons ne suffit pas à créer l’émotion, Kitano prouve que la véritable « composition » est une alchimie secrète qui ne se commande pas. C’est un hommage aux funambules du vide qui préfèrent rater avec éclat que de réussir avec platitude.
Saviez-vous que… ?
Pendant le tournage, Kitano a réellement utilisé un mannequin en plastique (appelé « le mannequin Kitano ») pour de nombreuses scènes. C’était une manière de dire qu’à ce stade de sa carrière, il se sentait comme une coquille vide, une icône médiatique que l’on peut déplacer dans n’importe quel décor sans que cela n’ait plus de sens.
En résumé
Glory to the Filmmaker! est une œuvre libératrice. En riant de ses propres échecs, Kitano nettoie sa palette créative. Il rend hommage à tous les chercheurs d’absolu qui acceptent de passer pour des fous pourvu qu’ils restent libres. Une partition dissonante et joyeuse sur la fin d’un monde… avant la renaissance.
Musique : Shin-ichiro Ikebe
Distribution : Takeshi Kitano, Keiko Matsuzaka, Yuki Kudo, Kayoko Kishimoto, Anne Suzuki, Yoshino Kimura, Akira Terao.
2008 : Achille et la Tortue / アキレスと亀 / Akiresu to kame

Le film suit la vie de Machisu, un homme obsédé par l’idée de devenir un artiste peintre reconnu, de son enfance privilégiée à sa vieillesse précaire. Malgré les deuils, les échecs et l’indifférence du monde de l’art, il poursuit sa quête esthétique avec une persévérance absurde, soutenu par sa femme dévouée. C’est une réflexion douce-amère sur le prix du talent, l’obsession créatrice et la futilité de la reconnaissance.
Pour clore cette décennie de turbulences et d’expérimentations, Kitano livre avec Achille et la Tortue (Akiresu to Kame) l’œuvre la plus intime de sa trilogie. C’est un film sur la peinture, sa passion dévorante, et sur le sacrifice tragique de ceux qui courent après un idéal artistique sans jamais l’atteindre.
C’est le retour à une forme de pureté visuelle, teintée d’une cruauté mélancolique.
🎥 Fiche d’identité : La course vaine vers l’absolu
Référence : Le titre renvoie au paradoxe de Zénon : Achille ne rattrapera jamais la tortue, car la distance à parcourir se divise à l’infini. Kitano transpose cette métaphore à l’art. Il rend hommage aux obstinés du pinceau et aux martyrs de l’esthétique qui sacrifient leur vie, leur famille et leur raison pour une reconnaissance qui se dérobe sans cesse.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Yuki Kajiura.
Thématique : L’obsession créatrice, l’échec permanent et la valeur de l’art face à la réalité.
Objectif : Analyser comment la couleur (la peinture) et la mélodie lyrique de Kajiura composent une tragédie de l’absurde.
1. Composition visuelle : Le monde comme palette
Le film est une explosion de styles picturaux. Kitano utilise ses propres toiles pour illustrer l’évolution de son protagoniste, Machisu. La composition joue sur le contraste entre la beauté des œuvres créées et la misère de la vie de l’artiste. Le cadre devient souvent un tableau dans le tableau, enfermant ces pèlerins de la couleur dans une recherche formelle qui les coupe du reste de l’humanité.
2. Composition sonore : Le lyrisme délicat de Yuki Kajiura
Pour Cinépédia, ce changement de compositeur apporte une sensibilité nouvelle. Kajiura (connue pour ses compositions oniriques) insuffle une mélancolie douce, presque enfantine, qui contraste avec la dureté du récit. La musique ne souligne pas la folie de Machisu ; elle apporte une dignité tragique à sa quête. Le son devient le baume de ces écorchés de la création, transformant chaque échec en une note de poésie.
3. La séquence clé : Peindre dans le chaos
À plusieurs reprises, Machisu tente de peindre au milieu de situations extrêmes (accidents, incendies). La composition visuelle, d’une ironie féroce, montre l’artiste totalement déconnecté de la souffrance réelle pour ne voir que « la tache de couleur ». La musique de Kajiura s’élève alors, créant une dissonance émotionnelle : c’est à la fois magnifique et monstrueux. La magie de l’art naît ici d’une absence totale d’empathie, orchestrée par un rythme sonore imperturbable.
Analyse Cinépédia : Ce film est le testament de notre section 2000-2009. Il prouve que la composition n’est pas seulement une technique, c’est une dévotion. La musique de Yuki Kajiura offre une rédemption sonore à un personnage qui a tout perdu pour l’image. C’est l’hommage ultime aux chercheurs de lumière qui, même dans l’obscurité du ratage, continuent de tracer leur ligne.
Saviez-vous que… ?
Toutes les peintures que l’on voit dans le film, des croquis d’enfant aux toiles abstraites monumentales, ont été réalisées par Takeshi Kitano lui-même. Le film est une mise à nu totale : il y expose non seulement son cinéma, mais ses doutes les plus profonds sur sa légitimité en tant qu’artiste « sérieux ».
En résumé
Achille et la Tortue referme cette décennie sur un constat amer mais sublime. Il rend hommage à tous les artisans de l’invisible qui préfèrent la poursuite d’un rêve impossible à la sécurité d’une vie rangée. Une composition où le rouge du sang se mêle au bleu des pigments, sous l’œil bienveillant d’une partition qui refuse de juger la folie des hommes.
Musique : Yuki Kajiura
Yuki Kajiura : Achille et la tortue
Distribution : Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei Yanagi, Kumiko Aso, Akira Nakao, Reiko Tokita, Mariko Tsutsui.
2010-2026
Le crépuscule des idoles et le retour au noir
Cette période marque le retour de Kitano à une forme de classicisme brutal, une décennie où le cinéaste se fait chirurgien du chaos. Après ses errances introspectives, il revient au genre qui l’a consacré, mais pour en filmer l’épuisement définitif à travers la trilogie Outrage. C’est le temps des technocrates du crime et des spectres de l’honneur, où la musique de Joe Hisaishi laisse place aux rythmes industriels de Keiichi Suzuki.
Le bleu mélancolique des débuts se teinte ici d’un gris métallique, avant de s’embraser dans le rouge sang de Kubi. Dans cette dernière ligne droite, Kitano rend un hommage paradoxal aux derniers dinosaures des codes disparus, filmant avec une ironie féroce la fin des grandes structures, qu’elles soient mafieuses ou féodales. En clôturant ce cycle, il prouve que la composition n’est plus pour lui un refuge, mais un scalpel destiné à disséquer les mécanismes du pouvoir et la vanité des hommes.
2010 : Outrage / アウトレイジ / Autoreiji

Au sein de l’immense empire criminel Sannokai, une lutte de pouvoir interne est déclenchée par une série de trahisons orchestrées par le grand chef pour purger ses rangs. Otomo, un yakuza de la vieille école à la tête d’un petit clan, se retrouve chargé des basses besognes les plus violentes. Pris dans un engrenage de représailles sanglantes, il réalise trop tard qu’il n’est qu’un pion sacrifié dans une guerre de succession où l’honneur a disparu au profit du profit.
Avec Outrage, Kitano opère un virage à 180 degrés. Après les errances métaphysiques de sa trilogie introspective, il revient au film de yakuzas, mais avec une noirceur chirurgicale. C’est le début d’une décennie marquée par une vision désenchantée du pouvoir, où la « composition » devient celle d’un jeu de massacre froid et millimétré. Pour cette nouvelle ère, il s’entoure de Keiichi Suzuki, dont les sonorités industrielles viennent lacérer l’image.
🎥 Fiche d’identité : La mécanique du chaos
Référence : Le film s’inscrit dans la lignée du Gokudo (film de gangsters) mais en évacue tout romantisme. Kitano s’inspire de la mutation réelle des syndicats du crime japonais, devenus des entreprises froides où la loyauté a disparu au profit de la rentabilité. Il rend hommage malgré lui aux derniers dinosaures de l’honneur broyés par des technocrates de la violence, des hommes qui ne sont plus que des rouages dans une machine à trahir.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Keiichi Suzuki.
Thématique : La trahison systémique, la déshumanisation du crime et l’absurdité du pouvoir.
Objectif : Analyser comment la musique électronique et le montage nerveux composent une symphonie de la cruauté pure.
1. Composition visuelle : Le cadre comme échiquier
Kitano compose Outrage avec une précision clinique. Les bureaux de yakuzas ressemblent à des salles de conseil d’administration. La composition joue sur la répétition des visages fermés et des rapports de force spatiaux. Le cadre n’est plus un espace de contemplation, mais une cellule où ces bourreaux de bureau attendent leur tour d’être sacrifiés. La violence n’est plus poétique (comme dans Hana-Bi), elle est graphique, sèche et fonctionnelle.
2. Composition sonore : La pulsation froide de Keiichi Suzuki
Pour Cinépédia, cette partition marque une rupture totale avec le lyrisme. Keiichi Suzuki utilise des nappes synthétiques sombres, des rythmes mécaniques et des sons métalliques. La musique n’accompagne pas l’émotion, elle souligne l’inéluctabilité de la violence. Le son devient le bruit d’une horloge infernale qui décompte les minutes de ces ombres en sursis, créant une ambiance de fin du monde urbaine.
3. La séquence clé : L’exécution silencieuse
Dans l’une des scènes de représailles, Kitano utilise un montage alterné d’une précision diabolique. La composition visuelle (les voitures noires qui glissent dans la nuit) est portée par une basse sourde et répétitive de Suzuki. L’image et le son fusionnent pour créer un sentiment d’oppression : on ne regarde pas un film d’action, on observe un processus d’extermination dont personne ne sortira indemne.
Analyse Cinépédia : Outrage est la pierre angulaire de notre section 2010-2019. Il valide une thèse sombre : lorsque l’image se vide de son humanité, la musique doit devenir une machine. La magie n’est plus dans le bleu de la mer, mais dans le gris de l’acier. C’est un hommage paradoxal aux naufragés d’un code disparu, piégés dans une composition où même le silence est une menace.
Saviez-vous que… ?
Pour ce film, Kitano a déclaré avoir d’abord imaginé « toutes les façons possibles de tuer quelqu’un » avant même d’écrire le scénario. Cette approche illustre sa volonté de traiter le cinéma comme une pure structure plastique et rythmique, où l’intrigue n’est qu’un prétexte à une chorégraphie de la violence orchestrée par Suzuki.
En résumé
Outrage est un film-choc qui déconstruit le mythe du yakuza. Il rend hommage à ces soldats de l’ombre dévorés par leur propre système. Une composition brutale et sans concession, où le rythme sonore de Suzuki agit comme le battement de cœur d’un monstre froid.
Musique : Keiichi Suzuki
Keiichi Suzuki : Outrage
Distribution : Takeshi Kitano, Kippei Shiina, Ryo Kase, Tomokazu Miura, Jun Kunimura, Tetta Sugimoto, Takashi Tsukamoto.
2012 : Outrage: Beyond / アウトレイジ ビヨンド / Autoreiji: Biyondo

Cinq ans après le premier carnage, la police tente de briser le monopole du clan Sannokai en manipulant le syndicat rival Hanabishi. Pour mettre le feu aux poudres, l’inspecteur Kataoka organise la libération anticipée d’Otomo, que tout le monde croyait mort. Le vieux yakuza, las de la trahison, se retrouve malgré lui au centre d’une machination où flics et voyous utilisent la vengeance comme une arme de destruction massive….
Avec Outrage Beyond, Kitano signe une suite qui dépasse le simple film d’action pour devenir une véritable tragédie shakespearienne sur le pouvoir. Si le premier volet était une autopsie de la violence, celui-ci est une étude sur la manipulation. La composition se complexifie : elle n’est plus seulement physique, elle devient purement politique…
🎥 Fiche d’identité : L’orchestration des trahisons
Référence : Le film explore la collusion entre la police et le crime organisé, s’inspirant des zones grises de la justice japonaise. Kitano met en scène ces pions du désordre et ces stratèges du chaos qui s’entredéchirent. C’est un hommage amer aux revenants du passé, à l’image d’Otomo qui, tel un spectre, revient dans un monde qu’il ne reconnaît plus pour réclamer une dette de sang.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Keiichi Suzuki.
Thématique : La corruption systémique, la vengeance comme fardeau et la fin des illusions.
Objectif : Analyser comment le rythme des dialogues et les nappes sonores de Suzuki créent une atmosphère de paranoïa constante.
1. Composition visuelle : Le ballet des visages
Dans Beyond, l’action passe souvent par la parole. Kitano compose ses plans comme des confrontations de blocs. Les visages sont cadrés de près, capturant chaque micro-expression de duplicité. La composition joue sur la profondeur de champ : on voit souvent un personnage au premier plan tandis qu’un autre, dans l’ombre au fond, tire les ficelles. C’est la mise en scène du complot pour ces ombres manipulatrices qui ne sortent jamais au grand jour.
2. Composition sonore : La tension électronique de Keiichi Suzuki
Pour Cinépédia, cette partition est un prolongement logique du premier opus, mais avec une dimension plus psychologique. Suzuki délaisse les percussions brutales pour des sons plus diffus, des bourdonnements industriels et des basses lancinantes qui rampent sous les scènes de dialogue. Le son agit comme un détecteur de mensonges sonore, signalant la tension avant même que le premier coup de feu ne soit tiré, enveloppant ces condamnés à la parole dans une atmosphère électrique.
3. La séquence clé : Les retrouvailles dans la voiture
Le moment où l’inspecteur Kataoka tente de manipuler Otomo dans le silence d’une voiture est un sommet de composition. L’image est sombre, presque monochrome. Le bruit sourd du moteur et les nappes minimalistes de Suzuki créent un espace clos où la tension est palpable. Ici, la magie opère par la retenue : la musique « compose » le danger là où l’image reste immobile, prouvant que le son est le véritable moteur du suspense kitanien.
Analyse Cinépédia : Outrage Beyond approfondit notre thèse sur la mécanique du système. L’image se fait plus dense, plus étouffante, et la musique de Suzuki devient l’écho de cette corruption généralisée. C’est un hommage aux architectes de la discorde qui finissent toujours par être dévorés par leur propre création. La composition n’est plus là pour embellir, mais pour révéler la pourriture sous le vernis des costumes sombres.
Saviez-vous que… ?
Le film est particulièrement célèbre pour ses joutes verbales violentes (les fameux « Bakayaro ! »). Kitano a orchestré ces dialogues comme des séquences d’action, demandant aux acteurs de respecter un rythme de diction très précis, presque musical, faisant des mots de véritables projectiles sonores avant l’usage des armes à feu.
En résumé
Outrage Beyond est le film de la manipulation totale. Il rend hommage aux spectres de l’honneur perdus dans un labyrinthe de mensonges. Une composition magistrale où le génie de Kitano et le son froid de Suzuki fusionnent pour filmer le crépuscule d’un monde sans issue.
Musique : Keiichi Suzuki
Keiichi Suzuki : Outrage beyond Final
Distribution : Takeshi Kitano, Toshiyuki Nishida, Tomokazu Miura, Ryo Kase, Hideo Nakano, Yutaka Matsushige, Fumiyo Kohinata.
2015 : Ryuzo 7 / 龍三と七人の子分たち / Ryūzō to shichinin no kobun tachi

Ryuzo, un yakuza à la retraite qui s’ennuie dans sa vie de grand-père, est victime d’une arnaque téléphonique. Furieux, il réunit ses sept anciens lieutenants, tous septuagénaires et un peu rouillés, pour donner une leçon aux jeunes délinquants modernes qui n’ont aucun respect pour les traditions. Ce choc des générations tourne à la farce burlesque, célébrant avec humour l’esprit rebelle des vieux hors-la-loi.
Entre le deuxième et le dernier volet de sa trilogie sanglante, Kitano s’offre une parenthèse jubilatoire avec Ryuzo et ses 7 compagnons (Ryuzo to 7 Nin no Kobun-tachi).
C’est un film qui prend le contrepied total de la noirceur d’ Outrage. Ici, Kitano filme la vieillesse avec une tendresse féroce et un humour de garnement, transformant le « troisième âge » en un terrain de jeu burlesque.
🎥 Fiche d’identité : Le baroud d’honneur des vieux lions
Référence : Le film est un hommage aux films de bandes (comme Les Sept Samouraïs) mais revu par le prisme de la gériatrie. Kitano s’inspire de la nostalgie d’une époque où le crime avait encore une « éthique » face aux nouveaux gangs de jeunes technocrates sans scrupules. Il met en scène ces insurgés de la retraite et ces reliques du passé qui refusent de s’éteindre dans le silence des maisons de repos.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Keiichi Suzuki.
Thématique : Le conflit de générations, le déclin physique et la persistance de l’esprit rebelle.
Objectif : Analyser comment la musique de Suzuki accompagne le passage du sérieux au grotesque.
1. Composition visuelle : La nostalgie en couleurs
Kitano délaisse le gris bleuté d’ Outrage pour une palette plus chaude et vivante. La composition joue sur le décalage physique : des vieillards en kimonos traditionnels ou en vieux costumes face à des jeunes en survêtements technologiques. Le cadre souligne la fragilité de ces vétérans du bitume (mains tremblantes, démarche hésitante) tout en leur redonnant une stature héroïque dès qu’ils retrouvent leurs réflexes de gangsters.
2. Composition sonore : La fanfare décalée de Keiichi Suzuki
Pour Cinépédia, cette partition est un pur délice d’ironie. Suzuki s’éloigne des nappes froides pour proposer des thèmes plus rythmés, presque « fanfaronnes », évoquant les thèmes de séries télévisées d’action des années 70. La musique souligne le côté héroï-comique de ces justiciers à cannes, apportant une légèreté qui transforme la violence en une suite de gags visuels. Le son agit comme un clin d’œil complice au spectateur.
3. La séquence clé : La charge héroïque finale
La scène où la bande de Ryuzo lance l’assaut final est un modèle de « composition burlesque ». L’image montre ces papys en pleine action, avec un montage qui alterne entre leur bravoure retrouvée et leurs limites physiques. La musique de Suzuki s’emballe, créant un sentiment d’aventure épique. C’est ici que la magie opère : par le son, Kitano redonne leur jeunesse à ces pionniers de l’honneur, faisant oublier leurs rides le temps d’une mélodie.
Analyse Cinépédia : Ryuzo 7 prouve que la composition kitanienne sait se faire légère sans perdre sa rigueur. Le film est une respiration nécessaire dans la décennie 2010. La musique de Suzuki n’est plus là pour glacer le sang, mais pour chauffer les cœurs. C’est un hommage vibrant aux oubliés de la modernité qui prouvent que le style est éternel, même quand le corps flanche.
Saviez-vous que… ?
Le film a été un immense succès populaire au Japon. Kitano a confié avoir pris un plaisir immense à diriger des acteurs légendaires du cinéma de genre des années 60 et 70, traitant le plateau de tournage comme une réunion de famille où la réalité rejoignait la fiction.
En résumé
Ryuzo et ses 7 compagnons est une comédie pleine de panache. Il rend hommage à tous les vieux loups de mer qui refusent de baisser les bras face au temps qui passe. Une composition colorée et rythmée qui montre que chez Kitano, l’humour est la forme la plus élégante de la résistance.
Musique : Keiichi Suzuki
Keiichi Suzuki : Ryuzo et ses 7 compagnons – A table for two
Distribution : Tatsuya Fuji, Akira Nakao, Masaomi Kondo, Shigeru Nakajo, Ben Hiura, Kohji Moritsugu, Takeshi Kitano.
2017 : Outrage: Coda / アウトレイジ 最終章 / Autoreiji sai shūshō

Après s’être exilé en Corée du Sud sous la protection d’un puissant parrain, Otomo est contraint de revenir au Japon lorsqu’un incident impliquant le clan Hanabishi dégénère en conflit international. Fatigué par les trahisons incessantes et la fin d’une époque, il entreprend une ultime vendetta méthodique pour solder tous les comptes. Ce chapitre final est une méditation crépusculaire sur la fin des yakuzas et le destin inéluctable d’un homme de main.
Nous arrivons au point final de la trilogie sanglante avec Outrage Coda (2017). C’est un film de clôture au sens propre comme au sens figuré : Kitano y met en scène la fin d’un monde, celle d’Otomo, mais aussi une forme de conclusion à sa propre exploration du genre.
🎥 Fiche d’identité : Le requiem du vieux loup
Référence : Le titre « Coda » emprunte directement au vocabulaire musical, désignant le passage final d’une pièce. Kitano s’inspire du sentiment de lassitude extrême. Il filme ces revenants de l’honneur et ces ombres fatiguées qui ne cherchent plus le pouvoir, mais simplement à régler leurs comptes avant le grand silence. C’est un hommage aux solitaires de la morale égarés dans un monde de trahison généralisée.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Keiichi Suzuki.
Thématique : La lassitude du guerrier, l’inéluctabilité du destin et l’apaisement par le sacrifice.
Objectif : Analyser comment la composition visuelle et sonore s’épure pour atteindre une forme de sérénité tragique.
1. Composition visuelle : L’épure crépusculaire
Dans ce dernier volet, Kitano revient à une mise en scène plus dépouillée, rappelant parfois le « Bleu Kitano » des années 90, mais avec une teinte plus froide, plus minérale. La composition joue sur l’isolement d’Otomo : souvent seul face à l’immensité de la mer ou perdu dans des décors urbains trop grands pour lui. Le cadre capture la dignité de ces figures en fin de course qui ne reculent plus devant rien, car elles n’ont plus rien à perdre.
2. Composition sonore : Le souffle suspendu de Keiichi Suzuki
Pour Cinépédia, cette partition est celle du détachement. Suzuki délaisse les agressions électroniques des deux premiers films pour des textures plus atmosphériques, presque spectrales. Le son souligne le vide et l’absence. La musique agit comme une respiration lente, accompagnant ces condamnés volontaires vers leur ultime sortie. Le silence redevient une composante majeure de la composition sonore, redonnant du poids à chaque détonation.
3. La séquence clé : Le final au bord de l’eau
C’est un écho direct à Sonatine. La composition visuelle nous ramène face à l’océan, lieu de vérité absolue chez Kitano. Le montage est d’une sobriété exemplaire. La musique de Suzuki s’efface presque totalement pour laisser place au bruit des vagues et au vent. C’est ici que la boucle se boucle : par le son et l’image, Kitano réconcilie le yakuza violent et l’homme mélancolique. La « Coda » n’est pas une explosion, mais un effacement nécessaire pour ces architectes de leur propre fin.
Analyse Cinépédia : Outrage Coda est la conclusion logique de notre recherche sur la structure cinématographique. Le réalisateur et le compositeur ne cherchent plus à impressionner, mais à clore. La magie réside dans cette capacité à transformer une série de meurtres en une méditation sur la finitude. C’est un hommage aux derniers témoins d’une époque, ceux qui savent que la plus belle note d’une partition est souvent la dernière, celle qui laisse place au silence.
Saviez-vous que… ?
Kitano a présenté ce film comme son adieu définitif au genre yakuza. Il a conçu le montage pour qu’il soit plus lent que les précédents, voulant que le public ressente la fatigue physique et mentale d’Otomo. La « Coda » est autant celle du personnage que celle du cinéaste vis-à-vis de son propre passé de « Beat » Takeshi le dur à cuire.
En résumé
Outrage Coda est un adieu majestueux et désabusé. Il rend hommage aux pèlerins du néant qui choisissent leur sortie avec panache. Une composition épurée où le génie de Kitano et la sensibilité de Suzuki offrent une fin digne à l’une des sagas les plus marquantes du cinéma contemporain.
Musique : Keiichi Suzuki
Keiichi Suzuki : Outrage Coda Final
Distribution : Takeshi Kitano, Toshiyuki Nishida, Tatsuo Nadaka, Ken Mitsuishi, Hakuryu, Nao Omori, Pierre Taki.
2023 : Kubi / 首

En 1582, le puissant seigneur Oda Nobunaga cherche à unifier le Japon sous sa bannière tout en traitant ses subordonnés avec une cruauté extrême. Après la rébellion et la disparition d’un de ses généraux, une chasse à l’homme brutale s’engage, révélant un réseau complexe d’ambitions, de trahisons et de relations passionnelles. Le film revisite l’incident du Honno-ji avec un regard cynique et sanglant, où l’honneur samouraï n’est qu’un prétexte au chaos.
Avec Kubi, Kitano réalise un projet qu’il portait en lui depuis trente ans. Pour ce qui est présenté comme son ultime fresque historique, il s’attaque à l’épisode le plus célèbre de l’histoire du Japon : l’incident du Honnō-ji. Mais loin de l’hagiographie héroïque, il livre une œuvre d’une violence grotesque et d’une beauté barbare, où la noblesse des samouraïs est passée au hachoir de la dérision.
🎥 Fiche d’identité : La danse des têtes coupées
Référence : Le titre « Kubi » signifie littéralement « le cou » ou « la tête ». Kitano s’inspire de la trahison d’Akechi Mitsuhide contre Oda Nobunaga. Il rend hommage malgré lui aux ambitieux du carnage et aux fous du pouvoir, dépeignant un XVIe siècle où l’honneur n’est qu’un paravent pour des pulsions de mort et des désirs interdits. C’est une vision de l’histoire filmée par un architecte du chaos.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Takeshi Kitano.
Thématique : La trahison comme art de vivre, l’homosexualité guerrière et la futilité de la gloire.
Objectif : Analyser comment une composition visuelle épique est sabotée par un humour macabre et une partition sonore obsédante.
1. Composition visuelle : Le théâtre du Grand-Guignol
Kitano compose ses cadres comme des tableaux de l’époque Sengoku, mais il les sature de sang et de boue. La composition joue sur le contraste entre la splendeur des armures (le travail sur les couleurs est colossal) et la trivialité des comportements. Le cadre capture des corps en sursis : les têtes tombent avec une régularité presque comique, rappelant que pour Kitano, l’histoire n’est qu’une immense farce orchestrée par des marionnettes sanglantes.
2. Composition sonore : La modernité lyrique d’Amaury Chabauty
Pour Cinépédia, cette bande-son est une surprise majeure. En confiant la musique au Français Amaury Chabauty, Kitano cherche un souffle nouveau. La partition mélange des percussions traditionnelles japonaises avec une orchestration occidentale moderne, parfois dissonante. Le son ne cherche pas à faire « ancien » ; il souligne la folie intemporelle de ces assoiffés de conquête, créant une tension qui lie le passé féodal à une noirceur très contemporaine.
3. La séquence clé : Le final du Honnō-ji
L’incendie du temple est un sommet de mise en scène. La composition visuelle (les flammes dévorant les structures en bois) fusionne avec une musique lancinante qui semble pleurer sur les décombres. Ici, la magie opère par l’ironie : alors que tout s’effondre, Kitano filme la quête d’une tête (celle de Nobunaga) comme un trophée ridicule. Le son et l’image s’unissent pour montrer que la mort, même dans sa dimension la plus épique, reste une affaire de mendiants de la gloire.
Analyse Cinépédia : Kubi est le point final de notre étude sur la déconstruction. Kitano traite ici le film historique comme il a traité le film de yakuzas : avec un scalpel. La musique de Chabauty agit comme le moteur d’une machine de guerre qui s’emballe. C’est un hommage aux spectres de l’ambition qui hantent encore l’imaginaire japonais, une composition où le rouge des bannières se confond avec celui des nuques tranchées.
Saviez-vous que… ?
Kitano a écrit le roman original dont est tiré le film plusieurs années auparavant. Il a souvent déclaré que la vision traditionnelle des samouraïs était trop « propre » et romancée. Avec Kubi, il a voulu montrer que ces guerriers étaient avant tout des êtres de chair et de pulsions, obsédés par leur propre survie et leur place dans l’histoire, souvent au mépris de toute logique.
En résumé
Kubi est une œuvre-somme, sauvage et désenchantée. Il rend hommage aux pauvres fous de l’histoire qui ont bâti le Japon sur des montagnes de cadavres. Une composition monumentale et cynique qui prouve que Takeshi Kitano, même au crépuscule de sa carrière, reste le plus grand dynamiteur des formes du cinéma mondial.
Musique : Takeshi Kitano
Distribution : Takeshi Kitano, Hidetoshi Nishijima, Ryo Kase, Shidō Nakamura, Yuichi Nakamaru, Minosuke, Kenichi Endo.
2024 : Broken Rage

Le film se compose de deux parties miroirs. La première est un polar yakuza sec et brutal : un tueur à gages solitaire remplit ses contrats jusqu’à une confrontation finale sanglante. La seconde partie reprend exactement les mêmes scènes, les mêmes dialogues et les mêmes décors, mais les détourne en une parodie burlesque et absurde. Kitano y livre une leçon de mise en scène en montrant comment le montage et l’intention transforment la tragédie en farce.
Broken Rage, présenté à la Mostra de Venise en 2024, est un objet filmique unique qui semble condenser toute la dualité de Kitano en seulement 62 minutes.
Il ne se contente pas de raconter une histoire : il théorise la manière dont une même composition peut basculer d’un genre à l’autre.
🎥 Fiche d’identité : L’autopsie du genre
Référence : Le film est divisé en deux parties strictement identiques dans leur structure, mais opposées dans leur ton. La première est un polar yakuza classique et sombre ; la seconde est une parodie burlesque de la première. Kitano rend hommage aux équilibristes du ton et aux illusionnistes du cadre, prouvant qu’un même mouvement peut susciter la terreur ou le rire.
Réalisation : Takeshi Kitano.
Musique : Shinya Kiyozuka.
Thématique : La dualité de la perception, la déconstruction du récit et l’autodérision.
Objectif : Analyser comment la musique et le montage transforment une « composition de mort » en une « composition pour rire ».
1. Composition visuelle : Le miroir déformant
Kitano réutilise les mêmes cadres, les mêmes décors et les mêmes acteurs pour les deux segments. Dans la première partie, la composition est rigide, installant une tension pour ces ombres fatales. Dans la seconde, les mêmes positions deviennent des ressorts comiques, soulignant l’absurdité des postures de dur à cuire. Le cadre devient un laboratoire où l’on teste la résistance du spectateur face à la répétition.
2. Composition sonore : Le glissement de registre d’Amaury Chabauty
Pour Cinépédia, Broken Rage est une démonstration magistrale du pouvoir du son. Chabauty doit composer une partition qui fonctionne sur deux niveaux. Dans le premier acte, la musique est tendue, discrète, presque invisible. Dans le second, elle souligne le gag, devient élastique et joyeusement dissonante. Le son agit ici comme le curseur émotionnel qui indique à ces auditeurs de l’image comment interpréter ce qu’ils voient.
3. La séquence clé : L’assaut final réinventé
La scène d’action qui clôt le premier acte est brutale et chorégraphiée. Lorsqu’elle revient dans le second acte, les mêmes gestes sont poussés jusqu’à l’absurde (ratages, maladresses). La « magie » réside dans le timing : ce qui était une composition de force devient une chorégraphie de l’échec. C’est ici que Kitano célèbre les artisans du décalage, ceux qui savent que la frontière entre le drame et la comédie n’est qu’une question de rythme.
Analyse Cinépédia : Ce film est l’épilogue parfait de notre thèse. Il démontre que la composition (visuelle et sonore) est une matière malléable. Kitano, en vieux maître, s’amuse à démonter son propre jouet devant nous. C’est un hommage aux funambules de la forme qui ne se prennent jamais au sérieux, même quand ils manipulent les codes les plus sombres.
Saviez-vous que… ?
Le film a été produit pour Prime Video Japon, marquant l’entrée de Kitano dans l’ère du streaming tout en conservant une liberté totale. Le titre lui-même, « Broken Rage » (Rage Brisée), semble indiquer que la colère des débuts est désormais fragmentée, prête à être observée sous toutes ses coutures, même les plus ridicules.
En résumé
Broken Rage est un exercice de style brillant et généreux. Il rend hommage aux chercheurs de vérité qui savent que tout est une question de point de vue. Une composition en deux temps qui prouve que chez Kitano, le dernier mot appartient toujours à celui qui sait rire de ses propres tragédies.
Musique : Shinya Kiyozuka
Distribution : Takeshi Kitano, Tadanobu Asano, Nao Omori, Nakamura Shido, Gaku Hamada, Yoshiyuki Zennyo.
L’état actuel de ses projets (2026)
À ce jour, aucun nouveau tournage de long-métrage n’a été officiellement annoncé par Office Kitano pour succéder à Broken Rage. Cependant, plusieurs pistes et contextes permettent de dessiner l’avenir de ce sculpteur de temps :
Le désir de « l’œuvre ultime » : Kitano a souvent répété que Kubi était son projet de vie, celui qu’il a porté pendant 30 ans. Broken Rage, lui, agissait plutôt comme une récréation théorique, une manière de s’amuser avec ses propres codes. Il est possible qu’il cherche désormais un sujet d’une envergure similaire à Kubi avant de poser définitivement la caméra.
L’exploration des plateformes : Le succès de Broken Rage sur le streaming semble avoir ouvert une nouvelle voie pour lui. Libéré des contraintes de distribution classique (très rigides au Japon), il pourrait privilégier des formats hybrides ou des moyens-métrages expérimentaux à l’avenir.
La littérature et la peinture : Pour Kitano, la composition ne s’arrête jamais. S’il ne filme pas, il peint ou écrit. En 2025-2026, il continue d’être très actif dans l’écriture de romans et d’essais au Japon, qui servent souvent de bases pour ses futurs scénarios.
En résumé
Si aucun titre de film n’est sur les rails pour 2026, il est rare qu’un insomniaque de la création comme lui s’arrête sans un dernier coup d’éclat. Il est fort probable qu’il nous surprenne avec un projet inattendu, peut-être une œuvre qui fusionnerait encore plus radicalement ses pinceaux et son objectif.
Analyse Cinépédia : Nous restons en veille. La magie de Kitano réside dans son imprévisibilité. Qu’il choisisse de se retirer sur ce « miroir brisé » (Broken Rage) ou de lancer une nouvelle fresque, son héritage de pèlerin de l’image est déjà immortel.
ANEMONE
De Ronan Day-Lewis
Jem, frère de Ray, part à la recherche de son frère ermite pour le convaincre de rentrer chez lui et de rencontrer son neveu Brian, qui a été renvoyé de l’armée après un acte violent. Le passé trouble des deux frères, marqué par une tragédie militaire, resurgit, révélant des secrets enfouis depuis des décennies.
Une estéthique magnifique qui n'est pas sans rappeler le mystère des images de Tarkovski. Quand notre attention se porte à côté ou au-delà de l'objet principal. Une bande son de Bobby Krlic qui traduit clairement la maladie de l'âme, la folie douce et l'expiation en les liant à des visions oniriques.
SHE RIDES SHOTGUN
De Nick Rowland
L'incroyable révélation qu'est Ana Sophia Heger, éclaboussant l'écran de son talent et portant l'oeuvre sur ses épaules de la première à la dernière image. Elle livre une prestation démente au milieu d'un chaos où sa vulnérabilité n'a d'autre choix que de composer avec une palette de sentiments exprimés à merveille.
Une véritable pépite !
FRANKENSTEIN
Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.
Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.
GUILLERMO DEL TORO.
Trois heures particulièrement bien exploitées pour restituer le temps long de la vengeance, sans aucune perte de rythme par une habile gestion des ellipses et des montages alternés, soucieux d’équilibrer le temps de présence des nombreux personnages secondaires. La mise en scène assume quant à elle un académisme fédérateur du plus grand nombre, non sans quelques lourdeurs, notamment sur les plans de drone ou un recours abusif à une musique pompière. (Sergent_Pepper SensCritique)
LE COMTE DE
MONTE CRISTO
Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte
| Acteur
1969 : Va, va, vierge pour la deuxième fois (ゆけゆけ二度目の処女, Yuke yuke nidome no shojo?) de Kōji Wakamatsu (apparition)
1981 : Danpu wataridori (ダンプ渡り鳥?) de Ikuo Sekimoto (ja) : Police 1
1981 : Manon (マノン, Manon?) de Yōichi Higashi : Shinobu
1981 : Sukkari… sonokide ! (すっかり・・・その気で!?) de Tsugunobu Kotani (ja)
1982 : Natsu no himitsu (夏の秘密?) de Hiromichi Kawakami
1983 : Furyo (戦場のメリークリスマス, Senjō no merī Kurisumasu?) de Nagisa Ōshima : le sergent Gengo Hara
1983 : Jukkai no mosukito (十階のモスキート?) de Yōichi Sai : un homme à une piste de course de chevaux
1985 : Des plaisanteries voilées de larmes (哀しい気分でジョーク, Kanashii kibun de joku?) de Masaharu Segawa : Hiroshi Igarashi
1985 : Le Démon (夜叉, Yasha?) de Yasuo Furuhata : Yajima
1986 : Komikku zasshi nanka iranai! (コミック雑誌なんかいらない!?) de Yōjirō Takita : policier
1988 : Anego (姐御?) de Ryūichi Takamori (ja) : Shoji Sugimoto, tueur
1989 : Violent Cop (その男、凶暴につき, Sono otoko kyobo ni tsuki?) de Takeshi Kitano : Azuma
1990 : Jugatsu (3-4X10月, 3-4×10 Gatsu / San tai yon ekkusu jugatsu?) de Takeshi Kitano : Uehara
1990 : Hoshi tsugu mono (ほしをつぐもの?) de Kazuo Komizu
1990 : Zansatsu seyo : Setsunakimono, sohei ai (斬殺せよ 切なきもの、それは愛?) de Hisashi Sudō (ja)
1992 : Shura na densetsu (修羅の伝説?) de Seiji Izumi (ja)
1992 : Sakana kara daiokishin !! (魚からダイオキシン!!?) de Ryūdō Uzaki : Azuma
1992 : Les Liaisons érotiques (エロティックな関係, Erotikkuna kankei?) de Kōji Wakamatsu : Okuyama
1993 : Kyōso tanjō (教祖誕生?) de Toshihiro Tenma : Daisuke Shiba
1993 : Sonatine, mélodie mortelle (ソナチネ, Sonachine?) de Takeshi Kitano : Aniki Murakawa
1995 : Getting Any? (みんな~ やってるか!, Minnā-yatteruka!?) de Takeshi Kitano : le scientifique
1995 : Johnny Mnemonic de Robert Longo : Takahashi
1995 : Gonin (ゴニン?) de Takashi Ishii : Ichiro Kyoya
1997 : Hana-bi (花火?) de Takeshi Kitano : Yoshitaka Nishi
1998 : Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin (film franco-japonais) : yakusa
1999 : L’Été de Kikujiro (菊次郎の夏, Kikujiro no natsu?) de Takeshi Kitano : Kikujiro
2000 : Tabou (御法度, Gohatto?) de Nagisa Ōshima : le capitaine Toshizo Hijikata
2000 : Aniki, mon frère (ブラザー, Burozā?, Brother) de Takeshi Kitano : Aniki Yamamoto
2000 : Battle Royale ((バトル・ロワイヤル, Batoru rowaiaru?) de Kinji Fukasaku : Kitano-sensei
2003 : Battle Royale 2 (バトル・ロワイヤル II, Batoru rowaiaru II?) de Kinji et Kenta Fukasaku : Kitano
2003 : Zatoichi (座頭市?) de Takeshi Kitano : Zatoichi
2004 : Blood and Bones (血と骨, Chi to hone?) de Yōichi Sai : Kim Jyombion
2004 : Izo (イゾウ?) de Takashi Miike
2005 : Takeshis’ (タケシズ, Takeshizu?) de Takeshi Kitano : Beat Takeshi/Mr. Kitano
2007 : Glory to the Filmmaker! (監督・ばんざい!, Kantoku Banzai!?) de Takeshi Kitano
2008 : Achille et la Tortue (アキレスと亀, Akiresu to kame?) de Takeshi Kitano : Machisu Kuramochi
2008 : Guilala’s Counterattack : Lake Toya Summit Crisis (ギララの逆襲/洞爺湖サミット危機一発, Girara no gyakushū : Tōya-ko Samitto kikiippatsu?) de Minoru Kawasaki
2010 : Outrage (アウトレイジ, Autoreiji?) de Takeshi Kitano : Otomo
2012 : Outrage: Beyond (アウトレイジ ビヨンド, Autoreiji: Biyondo?) de Takeshi Kitano : Otomo
2015 : Mozu de Eiichirō Hasumi
2015 : Ryuzo 7 (龍三と七人の子分たち, Ryūzō to shichinin no kobun tachi?)[10] de Takeshi Kitano
2017 : Ghost in the Shell de Rupert Sanders : Daisuke Aramaki[11],[12]
2017 : Outrage: Coda (アウトレイジ 最終章, Autoreiji sai shūshō?) de Takeshi Kitano : Otomo
2023 : Kubi (首?) de Takeshi Kitano : Hideyoshi Hashiba
LE MIROIR
Alexei, un homme mourant âgé de 40 ans, frappé par la maladie, se penche sur son passé et des images de sa famille apparaissent. Ses interactions quotidiennes avec sa femme et ses enfants font ressurgir toute sorte de souvenirs, tels que le divorce de ses parents jusqu’à son temps sur les champs de bataille de la Seconde guerre mondiale.
Musique : Edouard Artemiev (avec des extraits de Bach, Pergolèse et Purcell)
Distribution : Margarita Terekhova / Maria Tarkovski / Oleg Yankovski…
de andreï tarkovski
METRO MANILA
de SEAN ELLIS
Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila. Proie idéale dans cette ville impitoyable, Oscar va devoir tout risquer pour les siens.
Musique : Robin Foster
Distribution : Jake Macapagal / Althea Vega / John Arcilla…
FARGO
Quelque part dans le Minnesota, en plein hiver, Jerry Lundegaard, un minable vendeur de voitures, contacte un petit escroc, Carl Showalter, et son inquiétant compère, Grimsrud. Il leur demande d’enlever sa femme, Jean, dont le père, Wade, un richissime homme d’affaires, ne manquera pas de régler la rançon exigée. Les choses se gâtent quand ses complices abattent 3 témoins, dont un flic. La machine sanglante commence à s’emballer.
Musique : Carter Burwell
Distribution : Frances McDormand / William H. Macy / Steve Buscemi…
deS FRERES COEN
PARIS, TEXAS
Comme poussé par une idée fixe, Travis Henderson marche seul dans le désert du Texas. Il cherche sans succès de l’eau, arrive finalement dans un bar isolé et y perd connaissance. Il est recueilli par un médecin qui trouve sur lui une carte avec le numéro de téléphone de son frère, Walt Henderson. Celui-ci fait le trajet depuis Los Angeles pour le retrouver. Travis n’avait plus donné signe de vie depuis quatre ans...
Musique : Ry Cooder
Distribution : Harry Dean Stanton / Nastassja Kinski / Dean Stockwell…
de WIM WENDERS
VOL AU-DESSUS D'UN NID
DE COUCOU
L’histoire est centrée sur R. P. McMurphy qui, en simulant, se fait interner dans un hôpital psychiatrique pour échapper à la prison après avoir été accusé de viol sur une mineure. Il va progressivement être touché par la détresse et la solitude des patients. Par sa forte personnalité, il s’oppose rapidement aux méthodes répressives de l’infirmière Ratched.
Musique : Jack Nitzsche et Ed Bogas
Distribution : Jack Nicholson / Louise Fletcher / William Redfield…
dE MILOS FORMAN
13 ASSASSINS
Le film se déroule durant la période Edo, en 1844, à l’ère du shogunat Tokugawa en déclin. Lord Matsudaira Naritsugu, un seigneur sadique protégé par son demi-frère, le Shōgun, terrorise les nobles et les roturiers.
Le ministre de la Justice, Sir Doi Toshitsura, craignant qu’une ascension de Naritsugu provoque une guerre civile, engage secrètement Shimada Shinzaemon, un samouraï expérimenté, pour l’assassiner.
Shinzaemon réunit une équipe de douze samouraïs et un chasseur, Kiga Koyata, pour tendre une embuscade à Naritsugu lors de son voyage d’Edo à ses terres.
Musique : Kōji Endō 遠藤浩二
Distribution : Kōji Yakusho / Hiroki Matsukata / Sōsuke Takaoka…
dE TAKASHI MIIKE
| Jeux vidéo
1986 : Takeshi no chōsenjō (NES)
2016 : Yakuza 6 (Sega)[13] : Toru Hirose
| Doublage
Films d’animation
1980 : Makoto-chan (まことちゃん?) de Tsutomu Shibayama
Jeux vidéo
2016 : Yakuza 6 (Sega) : Toru Hirose
| Œuvres littéraires
Roman et nouvelles
Naissance d’un gourou (2005), roman – À la suite d’une rupture, Kazuo Takayama, un jeune garçon crédule, rallie une communauté religieuse dirigée par un maître spirituel habile et dépourvu de sens moral.
Boy (2012), trois nouvelles sur le monde de l’enfance et de l’adolescence, publiées au Japon en 1987 et en France aux Éditions Wombat 2012 et Points Poche 2014
Ouvrages autobiographiques
La Vie en gris et rose (1984), livre autobiographique racontant l’enfance de Takeshi Kitano dans le Japon d’après guerre.
Asakusa Kid (1998), livre autobiographique, retraçant le début de sa carrière, en tant que comique de manzai au Français, un cabaret d’Asakusa.

| Distinctions
Décorations
2006 : Prix Galileo pour la Culture
2008 : Lifetime Achievement Award, 30e Festival du film international de Moscou
2008 : Golden Alexander, Festival international du film de Thessalonique
2010 : Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres (nommé par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand)[14]
2016 : Officier de la Légion d’honneur Officier de la Légion d’honneur
Récompenses
Prix du film Mainichi 1984 : prix du meilleur acteur dans un second rôle pour Furyo[15]
Festival du film policier de Cognac 1995 : prix de la critique pour Sonatine, mélodie mortelle
Mostra de Venise 1997 : Lion d’or pour Hana-bi
Mostra de Venise 2003 : Lion d’argent du meilleur réalisateur pour Zatoichi
Kinema Junpō Awards 2005 : prix du meilleur acteur pour Blood and Bones
Prix du film Mainichi 2005 : prix du meilleur acteur pour Blood and Bones
Asian Film Awards 2013 : prix du meilleur réalisateur pour Outrage: Beyond
Nominations et sélections
Japan Academy Prize 1984 : prix du meilleur acteur dans un second rôle pour Furyo[16]
César 1998 : César du meilleur film étranger pour Hana-bi
Festival de Cannes 1999 : sélection officielle, en compétition pour la Palme d’or pour L’Été de Kikujiro
Mostra de Venise 2003 : sélection officielle, en compétition pour le Lion d’or pour Zatoichi
Festival de Cannes 2010 : sélection officielle, en compétition pour la Palme d’or pour Outrage
| Découvrir
Nick Cave : This Much I Know To be True
De Andrew Dominik
Bamboo Dream
Cloud Gate Dance Théâtre
Musique de Arvo Part
Joe Hisaishi in Budokan
Studio Ghibli 25 Years Concert