WONG KAR-WAI

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1958-xxxx chine

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COEN / CARTER BURWELL

The man who wasn’t there – The Trial of Ed Crane

LARS VON TRIER / RICHARD WAGNER

Mélancholia – Tristan et Iseult

DAVID LYNCH / MOBY

The  big dream

| Les débuts de Wong Kar-Wai

Wong Kar-wai est né à Shanghai le 17 juillet 1958, et il émigre à Hong Kong avec sa mère à l’âge de cinq ans, tandis que son père et ses deux sœurs restent bloqués en Chine à cause de la révolution culturelle, une séparation qui durera une dizaine d’années. Cette expérience d’isolement culturel et linguistique, combinée à l’exil familial, a profondément marqué son œuvre, notamment par l’importance des thèmes de la séparation, de l’errance et de la mémoire. Dès son arrivée à Hong Kong, il passe beaucoup de temps dans les cinémas, découvrant le cinéma hollywoodien classique ainsi que les films européens, notamment les œuvres de la Nouvelle Vague française, dont il reconnaît son propre parcours dans les personnages.

Il suit des études en arts graphiques à l’École polytechnique de Hong Kong, où il se passionne pour la photographie et apprend à manipuler la lumière pour créer une ambiance précise. Après avoir obtenu son diplôme en 1980, il entre dans le monde du cinéma en tant qu’assistant de production à la télévision, où il devient rapidement assistant producteur puis scénariste de téléfilms et de séries télévisées. Il intègre le « team créatif » de Barry Wong, le plus prolifique scénariste de Hong Kong, et collabore notamment à The Final Victory de Patrick Tam, qui produira son premier long métrage. Entre 1982 et 1987, il écrit plus de dix scénarios, principalement pour des comédies romantiques, des drames ou des films de kung-fu, bien qu’il affirme en avoir écrit cinq fois plus sans crédit officiel.

Son entrée en tant que réalisateur se fait en 1988 avec As Tears Go By, un polar de gangsters inspiré de ses propres scénarios, qui est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, bien que jugé trop violent par les critiques occidentaux. Ce film, bien qu’inscrit dans la vague populaire des polars hongkongais de l’époque, révèle déjà une singularité dans sa réalisation, notamment des instants de rêverie empruntés à Martin Scorsese.
Son deuxième film, Nos années sauvages, sort en 1990 et est un drame sur une jeunesse sans but dans les années 1960, qui, bien qu’un échec commercial, est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs films de Hong Kong. C’est à partir de ce film que s’instaure une collaboration durable avec le chef-opérateur Christopher Doyle, qui accompagnera Wong Kar-wai jusqu’en 2006.

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Les anges déchus

In the mood for love

In the mood for love

Happy together

La main

| Réalisateur

1988-1999

🎥 Décennie 1988-1997 : L’éclosion d’une grammaire sensorielle

Cette première période marque le passage d’un cinéma de genre maîtrisé à une abstraction totale de la forme. De la fureur néon de Mongkok (As Tears Go By) aux solitudes électriques de Buenos Aires (Happy Together), Wong Kar-wai déconstruit le temps pour n’en garder que le sentiment pur. L’alchimie visuelle, portée par le « step-printing » et les cadres saturés de Christopher Doyle, trouve son répondant dans une architecture sonore révolutionnaire. L’irruption de la pop urbaine et du trip-hop laisse peu à peu place à la rigueur mélancolique du violon de Michael Galasso et aux rythmes latins, annonçant une ère où la musique ne se contente plus d’illustrer, mais sculpte l’espace et la mémoire. C’est la naissance d’un style où l’image et le son fusionnent pour filmer l’invisible : le sillage laissé par les êtres qui s’aiment et se perdent.

1988 : As Tears Go By / 旺角卡門
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C’est le tout premier long-métrage de Wong Kar-wai. On y voit déjà les prémices de son génie, mais sous une forme beaucoup plus viscérale, influencée par le film de gangsters et le Mean Streets de Scorsese.

Le film suit Wah (Andy Lau), un sous-fifre de la mafia de Hong Kong (un « Big Brother »), dont la vie est une lutte constante pour protéger son « petit frère » de gang, Fly (Jacky Cheung). Fly est imprévisible, fier et accumule les dettes et les ennuis.

Le chaos de cette vie criminelle est interrompu par l’arrivée de Ngor (Maggie Cheung), la cousine de Wah. Une romance fragile naît entre eux, offrant à Wah une porte de sortie… s’il arrive à se libérer de ses obligations envers Fly.

Si le film s’inscrit au premier abord dans le genre du polar hongkongais très en vogue à l’époque, on y décèle déjà les obsessions de Wong Kar-wai pour le temps, l’errance et la mélancolie urbaine.

🎥 Fiche d’identité : Les larmes d’un monde électrique

Référence : As Tears Go By (ou Wong Gok Ka Moon). Le titre original évoque le quartier de Mongkok, jungle urbaine de Hong Kong. Wong Kar-wai signe ici son premier manifeste : le polar n’est qu’un prétexte pour filmer l’attente, l’impossibilité de l’ancrage et la fragilité des êtres dans une métropole qui ne dort jamais.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Danny Chung.

Thématique : La loyauté fraternelle comme fardeau, l’amour comme parenthèse fragile et l’inéluctabilité du destin. Objectif : Analyser comment une structure de film de genre est transcendée par des fulgurances esthétiques et une bande-son qui impose le lyrisme au milieu du chaos.

1. Composition visuelle : La naissance du « WKW Look »

Si le film respecte encore certains codes du polar (nuit, néons, pluie), Wong Kar-wai commence à décomposer le mouvement. C’est l’apparition du step-printing : en étirant le temps lors des scènes de combat ou de fuite, il transforme la violence en une traînée de lumière onirique. Le cadre ne se contente plus de raconter une action, il capture l’état psychologique de Wah : un homme dont la vie défile trop vite, ou trop lentement, incapable de trouver son rythme entre la fureur des rues et le calme de l’île de Lantau.

2. Composition sonore : La pop comme émotion pure

L’alchimie sonore de ce premier film repose sur l’utilisation audacieuse de la musique populaire. En utilisant une reprise cantonaise de Take My Breath Away, Wong Kar-wai opère une fusion immédiate entre l’image et l’inconscient collectif. Le son ne se contente pas d’illustrer, il devient l’espace mental des personnages. La partition de Danny Chung, entre synthétiseurs mélancoliques et percussions urbaines, préfigure cette capacité du réalisateur à faire de la musique le véritable narrateur de ses films.

3. La séquence clé : Le baiser de la cabine téléphonique

C’est le moment où la « magie Cinépédia » opère. La composition visuelle joue sur l’étroitesse de la cabine, isolant les amants du reste du monde. La musique s’élève, et grâce au procédé de ralentissement de l’image, le temps semble se suspendre. Le son et l’image s’unissent pour créer une bulle d’éternité au milieu d’un film de triades. C’est ici que Wong Kar-wai cesse d’être un simple réalisateur de studio pour devenir un architecte du sentiment.

 

Analyse Cinépédia : As Tears Go By est la fondation de notre étude sur Wong Kar-wai. On y voit un créateur qui cherche encore ses marques mais qui possède déjà une intuition géniale : le cinéma est une affaire de rythme. La musique n’est pas là pour boucher les trous, mais pour donner une âme à la texture granuleuse de la pellicule. C’est une composition où le bleu de la nuit se heurte au rouge de la passion, une œuvre qui rend hommage aux égarés du bitume.

 

Saviez-vous que… ?

Le film a été un immense succès commercial à Hong Kong, ce qui a permis à Wong Kar-wai d’obtenir une liberté totale pour son film suivant, Nos années sauvages. Ironiquement, ce premier film est souvent considéré par le réalisateur lui-même comme son œuvre la moins « personnelle », alors qu’elle contient déjà tous les germes de son génie visuel futur.

En résumé

As Tears Go By est une œuvre vibrante, à la fois brute et sophistiquée. Elle marque le point de départ d’une alchimie évolutive où l’image commence à danser au son d’une mélancolie universelle. Une composition qui prouve que dès son premier essai, Wong Kar-wai savait déjà que pour toucher le cœur, il fallait d’abord briser le rythme de la réalité.

Musique : Chung Ting-yat et Teddy Robin Kwan

Distribution : Andy Lau / Maggie Cheung /  Jacky Cheung / Kau Lam / Alex Man / Ronald Wong / Ang Wong

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Le film se déroule à Hong Kong en 1960, mais ce n’est pas une reconstitution historique classique. C’est un Hong Kong onirique, vert bouteille et moite. On a presque l’impression de sentir la chaleur tropicale et la pluie battante à travers l’écran. La caméra de Christopher Doyle ne filme pas des actions, elle filme des états d’âme.

c’est le film où Wong Kar-wai rencontre son chef opérateur fétiche Christopher Doyle et où le temps devient une obsession plastique.

🎥 Fiche d’identité : Le vertige du temps perdu

Référence : Days of Being Wild (ou Ah Fei Jing Chuen). Situé dans les années 60, le film suit Yuddy, un « oiseau sans pattes » qui ne peut s’arrêter de voler que pour mourir. C’est le premier volet de la trilogie informelle (suivi par In the Mood for Love et 2046) qui explore le regret et l’errance sentimentale.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Terry Chan (et une sélection rigoureuse de morceaux préexistants).

Thématique : Le narcissisme destructeur, le rejet maternel et la minute de silence qui devient éternité. Objectif : Analyser comment l’image sature l’espace de mélancolie et comment le son transforme un appartement de Hong Kong en une jungle mentale.

1. Composition visuelle : La palette de l’humidité

Avec ce film, Wong Kar-wai abandonne le réalisme urbain pour une esthétique de studio sublime. La composition est marquée par un vert émeraude omniprésent, presque moite, qui évoque la mousson et la stagnation. Le cadre est souvent encombré d’objets (horloges, rideaux, miroirs), créant une sensation d’oppression. L’image ne cherche plus à montrer l’action, mais à filmer l’attente : les visages sont souvent capturés de profil ou dans des reflets, soulignant l’incapacité des personnages à se faire face.

2. Composition sonore : La moiteur des tropiques

La partition sonore est ici un mélange de percussions latines (Xavier Cugat) et de silences lourds. Le lien avec la psychologie du réalisateur est fascinant : il utilise des rythmes de mambo et de cha-cha-cha pour souligner le décalage de Yuddy, qui danse seul face à son miroir. Le son de la pluie et des ventilateurs devient une nappe sonore constante, une texture qui lie les scènes entre elles et renforce l’idée d’un temps qui s’écoule sans que rien ne change vraiment.

3. La séquence clé : La minute d’amitié

La scène où Yuddy dit à Su Li-zhen de regarder sa montre pendant une minute est le cœur de l’alchimie du film. La composition visuelle se resserre sur le cadran de la montre et les visages dans la pénombre. Le tic-tac du chronomètre devient le seul son, prenant une dimension monumentale. Le son et l’image s’unissent pour « fixer » le temps, transformant une unité de mesure banale en une cicatrice émotionnelle indélébile.

 

Analyse Cinépédia : Nos années sauvages est l’acte de naissance de la métaphysique de Wong Kar-wai. La musique n’est plus un ornement pop comme dans son premier film, elle devient un climat. La composition visuelle de Christopher Doyle apporte cette fluidité organique où la caméra semble flotter, à l’image de cet oiseau sans pattes. C’est une œuvre où le vert des palmiers des Philippines finit par étouffer l’horizon, une composition sur la solitude des êtres magnifiés par le désespoir.

 

Saviez-vous que… ?

Le film fut un échec retentissant au box-office à sa sortie, le public s’attendant à un nouveau polar avec des stars comme Leslie Cheung et Andy Lau. Le choc fut tel que la suite prévue initialement (que l’on devine lors de l’apparition finale de Tony Leung) ne fut jamais tournée sous cette forme, obligeant Wong Kar-wai à réinventer sa manière de produire.

En résumé

Nos années sauvages est le poème fondateur du style WKW. C’est une alchimie évolutive où la mélodie d’une guitare hawaïenne suffit à évoquer l’exil intérieur. Une composition crépusculaire qui prouve que le cinéma, pour Wong Kar-wai, est avant tout l’art de capturer ce qui est déjà en train de disparaître.

Musique : Xavier Cugat

Distribution : Leslie Cheung /  / Maggie Cheung / Andy Lau / Carina Lau / Rebecca Pan / Jacky Cheung / Danilo Antunes / Tita Muñoz / Tony Leung Chiu-wai / Maritoni Fernandez

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Chungking Express est bien plus qu’un simple film : c’est un poème visuel, une explosion de couleurs et le portrait définitif de la mélancolie urbaine des années 90.

Wong Kar-wai y transforme la solitude en quelque chose de vibrant, de néon et de profondément romantique.

Avec Chungking Express (1994), Wong Kar-wai signe son film le plus spontané, tourné en un temps record pendant une pause du montage des Cendres du temps. Faye Wong y apporte une énergie nouvelle, presque électrique

🎥 Fiche d’identité : La mélancolie du fast-food

Référence : Chungking Express (ou Chung Hing Sam Lam). Le film se divise en deux histoires d’amour contrariées dans le quartier de Tsim Sha Tsui. C’est une œuvre sur la collision des solitudes urbaines, où la date de péremption d’une boîte d’ananas devient le symbole de la fin d’un amour.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Frankie Chan et Roel A. García (avec la présence iconique de Faye Wong).

Thématique : La solitude dans la foule, l’obsession fétichiste et le renouveau par le rêve. Objectif : Analyser comment la fragmentation de l’image et la répétition obsessionnelle d’un morceau de musique créent une hypnose urbaine.

1. Composition visuelle : Le flou cinétique

Le film est une explosion de couleurs et de mouvements. Wong Kar-wai et Christopher Doyle poussent ici le step-printing à son paroxysme : les lumières de la ville s’étirent en traînées psychédéliques pendant que les personnages avancent avec une lenteur mélancolique. Le cadre est serré, nerveux, capturant l’urgence de Hong Kong. La composition joue sur le reflet et la transparence (vitrines, plastiques), montrant des êtres qui se frôlent sans jamais vraiment se voir, comme des fantômes dans une métropole électrique.

2. Composition sonore : La boucle comme refuge

La musique est le moteur du film. L’utilisation de California Dreamin’ des Mamas & the Papas, jouée en boucle et à plein volume, agit comme un bouclier sonore pour Faye : cela lui permet de s’isoler du monde tout en rêvant d’ailleurs. Faye Wong elle-même interprète Dream Person (une reprise des Cranberries), dont la voix aérienne fusionne avec l’image pour créer une sensation de flottement. Le son ne se contente pas d’accompagner le récit, il devient l’obsession même des personnages, un mantra qui repousse la tristesse.

3. La séquence clé : Le nettoyage clandestin

La scène où Faye s’introduit secrètement dans l’appartement du matricule 663 pour le transformer est un sommet de « composition psychologique ». La composition visuelle joue sur le détail (le changement d’une boîte de sardines, le remplacement de la nappe). La musique légère et rythmée transforme cet acte de voyeurisme en une chorégraphie amoureuse pleine de grâce. Le son et l’image s’unissent pour montrer que l’amour, chez Wong Kar-wai, passe par le soin apporté aux objets du quotidien.

 

Analyse Cinépédia : Chungking Express est le film de la « vibration ». Si Nos années sauvages était moite et lourd, celui-ci est électrique et pop. La musique de Faye Wong apporte une luminosité nouvelle au cinéma de WKW. C’est une composition où le rythme du montage suit les pulsations de la ville, une œuvre qui rend hommage à la beauté des rencontres éphémères et au courage de rêver dans un monde qui expire.

 

Saviez-vous que… ?

Le film a été tourné sans scénario complet, souvent de nuit, dans des lieux réels comme le stand de nourriture « Midnight Express ». Cette urgence a donné naissance à une esthétique de l’improvisation qui a durablement influencé le cinéma indépendant mondial. C’est aussi ce film qui a fait découvrir Wong Kar-wai à Quentin Tarantino, qui a aidé à sa distribution aux États-Unis.

En résumé

Chungking Express est une explosion sensorielle, une alchimie évolutive où la pop devient une forme de prière. Une composition lumineuse et mélancolique qui prouve que même au milieu de la pollution et du bruit de Hong Kong, il reste toujours une place pour la poésie d’un rêve californien.

Musique : Faye Wong, Frankie Chan, Michael Galasso et Roel A. García

Distribution : Takeshi Kaneshiro /Brigitte Lin / Faye Wong / Tony Leung Chiu-wai / Valerie Chow / Chen Jinquan / Kwan Lee-na

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Si Chungking Express est un café pressé bu sur le pouce à Hong Kong, Les Cendres du temps (Ashes of Time) est un vin rare qu’on laisse décanter pendant des années. C’est l’unique incursion (jusqu’en 2013 bien sûr) de Wong Kar-wai dans le genre Wuxia (le film de sabre chinois), mais attention : c’est un Wuxia qui aurait été réalisé par un poète insomniaque.

🎥 Fiche d’identité : Le désert des souvenirs

Référence : Ashes of Time (ou Dung Che Sai Duk). Inspiré très librement de personnages du roman de Jin Yong, le film se détourne de l’action héroïque pour se concentrer sur Ouyang Feng, un homme qui vit dans le désert et sert d’intermédiaire pour des tueurs à gages. C’est une œuvre sur l’oubli, le regret et le poison de la mémoire.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Frankie Chan et Roel A. García.

Thématique : Le temps qui fige les sentiments, la solitude métaphysique et l’amour comme une blessure incurable. Objectif : Analyser comment le paysage désertique devient une projection mentale et comment la musique transforme le combat en un ballet tragique.

1. Composition visuelle : L’abstraction de la poussière

Ici, Wong Kar-wai et Christopher Doyle réinventent la lumière. Le désert n’est pas filmé comme un lieu géographique, mais comme une toile impressionniste. La composition joue sur des flous de mouvement extrêmes et des couleurs brûlées (jaunes ocres, oranges saturés). L’image est si travaillée qu’elle semble parfois se désintégrer : les combats de sabre deviennent des traînées de couleurs où l’on ne distingue plus les corps, seulement l’émotion et la fulgurance du geste. C’est une mise en scène qui refuse le spectaculaire pour privilégier le ressenti sensoriel.

2. Composition sonore : Le souffle de l’exil

La partition sonore est d’une densité rare, mêlant des cordes lyriques à des percussions sèches qui rappellent l’immensité du désert. La musique de Frankie Chan utilise des thèmes récurrents qui agissent comme des ancres pour le spectateur au milieu de cette narration fragmentée. Le son du vent est omniprésent, traité presque comme un instrument de musique, soulignant l’isolement psychologique de personnages qui semblent attendre une pluie qui ne viendra jamais. La bande-son confère au film une dimension épique et intemporelle, loin des standards du genre.

3. La séquence clé : Le vin de l’oubli

La scène où un personnage apporte le « vin magique » censé faire oublier le passé est un pivot de l’œuvre. La composition visuelle s’attarde sur les reflets de l’eau et des jeux d’ombres sur les visages, créant une atmosphère de rêve éveillé. La musique se fait alors plus lancinante, presque hypnotique. Le son et l’image convergent pour illustrer le paradoxe central du film : plus on veut oublier, plus le souvenir se grave avec précision dans l’esprit.

 

Analyse Cinépédia : Les Cendres du Temps représente le passage de Wong Kar-wai vers une abstraction totale. Le film est une expérience de « cinéma pur » où la trame narrative s’efface devant la puissance des textures et des sons. La musique ne soutient pas l’intrigue, elle porte la douleur des personnages. C’est une composition organique où le sable semble s’infiltrer dans chaque note, une œuvre qui rend hommage à la beauté tragique de ceux qui préfèrent l’exil à la souffrance du souvenir.

 

Saviez-vous que… ?

Le tournage fut si long et épuisant (deux ans dans des conditions difficiles) que Wong Kar-wai a pris une pause pendant le montage pour réaliser Chungking Express en seulement quelques semaines. De plus, déçu par la qualité technique des copies originales, le réalisateur a sorti en 2008 une version « Redux », avec un nouveau montage et une bande-son réorchestrée (incluant le violoncelliste Yo-Yo Ma), prouvant que ce film est une œuvre en constante mutation dans son esprit.

En résumé

Les Cendres du Temps est une fresque intime et sauvage, une fusion où le film de sabre devient un poème visuel. Une composition hantée qui démontre que pour Wong Kar-wai, le plus vaste des déserts reste le cœur humain lorsqu’il est prisonnier du passé.

Musique : Frankie Chan et Roel A. García

Yo-Yo Ma : 東邪西毒 (Instrumental) pour la version « Redux » de 2008.

Distribution : Brigitte Lin / Leslie Cheung / Maggie Cheung / Tony Leung Chiu-wai / Jacky Cheung / Tony Leung Ka-fai / Charlie Yeung / Carina Lau / Li Bai

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À Hongkong un tueur à gages commence à regretter de s’être associé à une femme. Celle-ci reçoit les commandes et se charge des divers repérages nécessaires, ne laissant que l’ultime besogne à son associé. Un jour, le tueur décide de tout quitter et de s’installer chez Punkie, une jeune Chinoise rencontrée dans un bar.

Les Anges Déchus (Fallen Angels, 1995), le versant nocturne et distordu de Chungking Express.

🎥 Fiche d’identité : Les spectres du grand-angle

Référence : Fallen Angels (ou Duo Luo Tian Shi). Conçu à l’origine comme une partie de Chungking Express, ce film s’en est détaché pour devenir une entité autonome, plus sombre et plus radicale. Il suit les trajectoires croisées d’un tueur à gages lassé de son métier et d’un muet excentrique qui s’introduit chez les gens la nuit.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Frankie Chan et Roel A. García.

Thématique : L’aliénation urbaine, le désir par procuration et l’impossibilité de la communication physique. Objectif : Décortiquer une mise en scène qui utilise la déformation optique pour illustrer la solitude mentale de ses personnages.

1. Composition visuelle : La déformation de la solitude

Le film est célèbre pour son usage quasi systématique de l’objectif très grand-angle (le 6.5mm). Cette composition crée un effet paradoxal : les visages sont extrêmement proches de la caméra, mais le reste du décor semble s’éloigner à l’infini. Cette distorsion visuelle traduit parfaitement la psychologie des protagonistes : ils sont physiquement dans la même pièce ou le même cadre, mais émotionnellement séparés par des années-lumière. L’image devient une prison de verre où le monde extérieur est aspiré par les bords du cadre.

2. Composition sonore : Le trip-hop de la nuit profonde

La partition sonore délaisse la pop solaire pour des ambiances plus vaporeuses et mélancoliques, influencées par le trip-hop et le blues urbain. La musique de Frankie Chan agit comme une drogue auditive, accompagnant l’errance de l’agent du tueur dans des appartements vides. Le son est traité avec beaucoup d’écho et de réverbération, renforçant cette sensation de vide spatial. Ici, la piste audio ne souligne pas l’action, elle enveloppe le spectateur dans la moiteur des tunnels de Hong Kong.

3. La séquence clé : Le trajet à moto

La scène finale, où Leon Lai et Michelle Reis traversent le tunnel à moto, est un sommet de fusion esthétique. La composition visuelle joue sur les traînées de lumière du tunnel qui semblent se fondre dans la musique. Le son du moteur et la nappe musicale s’entremêlent pour créer un instant de répit. C’est le seul moment où deux solitudes parviennent à se toucher, non pas par la parole, mais par le mouvement et la vibration partagée.

 

Analyse Cinépédia : Les Anges Déchus est le laboratoire le plus radical de Wong Kar-wai. On y voit un cinéaste qui n’a plus peur de « salir » son image pour toucher une vérité émotionnelle. La musique fonctionne comme un battement de cœur irrégulier, celui d’une ville qui dévore ses propres enfants. C’est un portrait de Hong Kong à travers le prisme d’une lentille déformante, où la beauté naît de la laideur du néon et de la tristesse du bitume.

 

Saviez-vous que… ?

Le personnage du muet, interprété par Takeshi Kaneshiro, est une référence directe à son propre personnage dans Chungking Express. Wong Kar-wai s’amuse à tisser des liens invisibles entre ses films, créant une sorte de méta-univers où les âmes errantes semblent se croiser d’une œuvre à l’autre sans jamais se reconnaître.

En résumé

Les Anges Déchus est une expérience sensorielle brutale et sublime. C’est une œuvre où la distorsion de l’optique rencontre la mélancolie des nuits blanches. Une composition nerveuse qui confirme que Wong Kar-wai est le maître pour filmer l’invisible : cette distance infranchissable qui sépare deux êtres assis côte à côte.

Musique : « Karmacoma » – Massive Attack / « Only You » – The Flying Pickets / « Speak My Language » – Laurie Anderson / « Simu de Ren » – Chyi Chin / « Wang Ji Ta » – Shirley Kwan

Distribution : Leon Lai / Takeshi Kaneshiro / Michelle Reis / Charlie Yeung / Karen Mok…

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Le film raconte l’histoire d’un couple d’hommes, Lai Yiu-fai (interprété par Tony Leung Chiu-wai) et Ho Po-wing (interprété par Leslie Cheung), qui quittent Hong Kong pour s’installer à Buenos Aires, en Argentine, dans l’espoir de renouer avec leur amour.
Leur relation, marquée par des crises répétées et une intense possessivité, s’effrite progressivement dans un environnement étranger, entraînant une rupture définitive.
Le film explore les thèmes de l’aliénation, de la déchéance émotionnelle et de la quête d’une réconciliation impossible, symbolisée par la phrase récurrente « Reprenons à zéro », que Ho Po-wing répète à chaque crise.

Pour clore cette décennie prodigieuse avant le tournant du millénaire, Happy Together marque une étape fondamentale : l’exil. En déplaçant son regard de Hong Kong vers Buenos Aires, Wong Kar-wai filme la distance — celle qui sépare deux amants, mais aussi celle qui sépare un créateur de ses racines au moment de la rétrocession de l’île à la Chine.

🎥 Fiche d’identité : Le tango des amants électriques

Référence : Happy Together (ou Chun Gwong Cha Sit). Le film suit l’errance de Lai et Ho, un couple dont l’amour toxique s’effiloche en Argentine. C’est une œuvre sur la répétition, le besoin de « tout recommencer » et la recherche d’une lumière (symbolisée par les chutes d’Iguazú) qui semble toujours hors de portée.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Danny Chung (avec des morceaux de Caetano Veloso, Astor Piazzolla et Frank Zappa).

Thématique : La dépendance affective, le déracinement et la quête d’un point de repère dans un monde à l’envers.

Objectif : Analyser comment le changement de continent influe sur la vibration de l’image et comment le tango remplace la pop comme moteur émotionnel.

1. Composition visuelle : Le monde à l’envers

Le film commence par un noir et blanc granuleux, presque sale, avant de basculer dans des couleurs saturées et fiévreuses. La composition joue sur l’inversion : puisque les personnages sont aux antipodes de Hong Kong, Wong Kar-wai filme Buenos Aires avec une verticalité et une promiscuité qui rappellent les appartements exigus de Mongkok, mais dans une lumière jaune et bleue radicale. Le cadre s’attarde sur les détails charnels (la peau, les mains bandées) et sur le mouvement saccadé des chutes d’eau, capturé avec une densité qui rend l’élément liquide presque solide.

2. Composition sonore : La mélancolie du bandonéon

La musique est ici le pont entre deux cultures. L’utilisation des tangos d’Astor Piazzolla apporte une rigueur dramatique et une tristesse tranchante qui tranchent avec la pop vaporeuse des films précédents. Le son du bandonéon devient le cri de douleur des personnages. L’alchimie est complétée par la voix de Caetano Veloso interprétant Cucurrucucú Paloma, qui apporte une douceur tragique aux paysages argentins. Le son ne se contente pas d’illustrer l’exil, il l’incarne par le mélange des langues et des rythmes.

3. La séquence clé : La danse dans la cuisine

C’est le sommet de la mise en scène du film. Dans l’étroitesse d’une cuisine minuscule, Lai et Ho dansent un tango improvisé. La composition visuelle est étouffante, collée aux corps, tandis que la musique s’élève pour transformer ce moment de répit en une étreinte désespérée. Le son et l’image s’unissent pour montrer que même dans la pire des solitudes, la mémoire du corps est plus forte que la rancœur. C’est l’instant où le titre du film devient ironique : ils sont ensemble, mais leur bonheur est une cage.

 

Analyse Cinépédia : Happy Together est le film de la maturité physique. Wong Kar-wai délaisse l’expérimentation pure pour une approche plus organique et charnelle. La musique de Piazzolla agit comme un scalpel qui vient disséquer les sentiments des protagonistes. C’est une composition où le bleu froid des chutes d’Iguazú finit par éteindre le feu des nuits de Buenos Aires, une œuvre qui rend hommage à ceux qui, pour se retrouver, doivent d’abord se perdre au bout du monde.

 

Saviez-vous que… ?

Le tournage a été chaotique : initialement, Wong Kar-wai n’avait pas de scénario et a gardé ses acteurs en Argentine bien plus longtemps que prévu. Tony Leung a d’abord hésité à jouer les scènes d’intimité avec Leslie Cheung, mais la confiance mutuelle a fini par accoucher d’une des représentations les plus justes et les plus poignantes du couple au cinéma, récompensée par le Prix de la mise en scène à Cannes.

En résumé

Happy Together est une déchirure magnifique, une fresque où l’intimité est filmée comme un champ de bataille. Une composition vibrante qui prouve que pour Wong Kar-wai, l’espace géographique n’est qu’une extension de l’espace mental.

Musique : Danny Chung, avec des chansons de Frank Zappa

Distribution : Leslie Cheung / Tony Leung Chiu-wai / Chang Chen / Gregory Dayton / Ng Man-tat

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DAYS BEING WILD

POSTER SUR TOILE

 

32,03

__________LIGNE ROUGE__________

No Free Stream After 2007

2000-2026

Cette période marque l’entrée de Wong Kar-wai dans une ère de pétrification esthétique et de maturité absolue. Le cinéaste ne cherche plus seulement à capturer l’instant, mais à sculpter la mémoire elle-même à travers des œuvres-palimpsestes où le passé, le présent et le futur s’emboîtent. De la valse étouffante d’In the Mood for Love à la fresque monumentale Blossoms Shanghai, l’alchimie sonore devient le pilier central du récit : les violons de Michael Galasso et les thèmes obsédants de Shigeru Umebayashi créent une circularité temporelle dont les personnages ne peuvent s’échapper. L’image, portée par une saturation chromatique radicale et un souci du détail fétichiste, transforme chaque plan en un tableau organique. Cette ère consacre un réalisateur devenu conservateur de ses propres mythes, capable de fusionner le lyrisme du mélodrame européen de Peer Raben avec la rigueur des arts martiaux, prouvant que le cinéma est, avant tout, une affaire de rythme et de vibrations intérieures.

2000 : In the Mood for Love / 花樣年華
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Hong Kong, colonie britannique, 1962. M. Chow, journaliste, et Mme Chan, secrétaire dans une société de livraisons, louent des appartements voisins. Leurs conjoints respectifs travaillent beaucoup et les laissent souvent seuls. De plus, la présence chaleureuse mais étouffante de la propriétaire de Mme Chan, Mme Suen, et de leurs voisins bruyants et amateurs de mah-jong, les force à souvent rester seuls chez eux. M. Chow et Mme Chan, au début simplement courtois l’un envers l’autre, commencent à tisser des liens plus forts quand ils se rendent compte à travers deux indices discrets mais sans appel que leurs deux conjoints ont entre eux une liaison amoureuse.

Avec In the Mood for Love (Fa Yeung Nin Wa, 2000), l’alchimie entre la composition visuelle et sonore atteint un point de perfection quasi mystique. La rencontre entre le violon élégiaque de Michael Galasso et la valse obsédante de Shigeru Umebayashi redéfinit ce que Chion appelle la « valeur ajoutée » : ici, la musique ne souligne pas l’image, elle l’engendre.

🎥 Fiche d’identité : La valse des désirs secrets

Référence : Le titre anglais évoque un état de grâce mélancolique, tandis que le titre cantonais fait référence à la « fleur de l’âge ». Dans le Hong Kong des années 60, deux voisins découvrent l’infidélité de leurs conjoints respectifs. Leur rapprochement devient un ballet de retenue, une chorégraphie du non-dit où chaque frôlement est une déflagration.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Shigeru Umebayashi et Michael Galasso.

Thématique : La solitude partagée, le poids des conventions sociales et la mémoire comme refuge du regret.

Objectif : Analyser comment la répétition d’un motif musical transforme le temps linéaire en une boucle émotionnelle prisonnière du cadre.

1. Composition visuelle : Le cadre comme confessionnal

Christopher Doyle et Mark Lee Ping-bin composent des plans d’une densité étouffante. Les personnages sont constamment cadrés à travers des encadrements de portes, des rideaux ou des miroirs, créant un sentiment de voyeurisme et d’enfermement. La couleur rouge, chaude et menaçante, sature l’écran, symbolisant une passion qui ne peut s’exprimer que par la texture des robes cheongsam de Maggie Cheung ou le grain de la pierre sous la pluie. Le cadre ne filme pas une histoire, il filme le secret.

2. Composition sonore : Le dialogue Umebayashi / Galasso

L’alchimie sonore est ici un chef-d’œuvre de dualité. Le Yumeji’s Theme d’Umebayashi, avec ses cordes lancinantes, agit comme un métronome du destin : il revient à chaque rencontre dans l’escalier, figeant le temps dans une valse éternelle. En contrepoint, Michael Galasso apporte une profondeur plus intérieure, plus abstraite. Son violon semble pleurer dans les silences, comblant le vide entre les rares paroles échangées par Su Li-zhen et Chow Mo-wan. La musique devient leur véritable langage, celui qu’ils n’osent pas parler.

3. La séquence clé : Les rencontres sous la pluie

Les allers-retours vers le stand de nouilles sous une pluie battante sont des sommets de composition. L’image ralentit (le step-printing se fait plus fluide, plus soyeux), et la musique d’Umebayashi s’élève. Le son des gouttes d’eau se fond dans les cordes du violon. C’est ici que la magie opère : la répétition de la scène, avec de légères variations de costumes, montre que pour ces amants, le temps n’avance plus. Ils sont suspendus dans une boucle sonore et visuelle dont ils ne veulent pas sortir.

 

Analyse Cinépédia : In the Mood for Love est l’œuvre où Wong Kar-wai devient un sculpteur de temps. La musique de Galasso et Umebayashi fonctionne comme une drogue de la mémoire, transformant chaque plan en un souvenir déjà nostalgique au moment où il se déroule. C’est une composition où la symétrie des décors répond à la rigueur des motifs musicaux, une œuvre qui rend hommage à la beauté tragique des amours qui ne voient jamais le jour pour rester éternelles.

 

Saviez-vous que… ?

Le tournage a duré plus de 15 mois, sans scénario précis, Wong Kar-wai cherchant l’essence du film dans le montage. À l’origine, le film devait comporter des scènes de sexe explicites, mais le réalisateur a décidé de tout couper pour ne garder que la tension et le désir refoulé, comprenant que la musique de Galasso et Umebayashi racontait bien mieux l’érotisme que l’image elle-même.

En résumé

In the Mood for Love est un poème visuel et sonore d’une élégance absolue. Une composition d’une précision chirurgicale qui prouve que le cinéma de Wong Kar-wai a trouvé son équilibre final : là où le mot s’arrête, la musique d’Umebayashi commence, et là où l’image se fige, le violon de Galasso continue de vibrer.

Musique : Shigeru Umebayashi et Michael Galasso

Distribution : Maggie Cheung / Tony Leung Chiu-wai / Siu Ping-lam / Rebecca Pan / Kelly Lai Chen / Roy Cheung / Paulyn Sun / Wong Man-lei / Chin Tsi-ang …

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Suite spirituelle à In the Mood for Love, racontant l’histoire de Chow Mo Wan (Tony Leung Chiu-wai), un écrivain en quête d’inspiration qui tente de finir un roman de science-fiction intitulé 2046, dont l’action se déroule dans une ville future. Le numéro 2046 fait référence à la chambre de l’hôtel Oriental à Hong Kong où il a vécu un amour clandestin avec Su Li Zhen (Maggie Cheung), une figure centrale des souvenirs qui hantent son écriture.

2046 est sans doute le film le plus complexe et le plus baroque de Wong Kar-wai. C’est une œuvre-palimpseste qui superpose les époques, les souvenirs de Nos années sauvages et d’In the Mood for Love, tout en projetant une vision futuriste unique.

🎥 Fiche d’identité : L’odyssée des souvenirs pétrifiés

Référence : Le titre désigne à la fois le numéro d’une chambre d’hôtel, une année charnière pour le statut de Hong Kong et un lieu imaginaire où l’on se rend pour retrouver ses souvenirs perdus. Le film suit Chow Mo-wan, devenu un écrivain cynique et séducteur, qui tente d’écrire son futur pour oublier un passé qui le hante.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Shigeru Umebayashi et Peer Raben (avec des fragments de Georges Delerue et Zbigniew Preisner).

Thématique : L’impossibilité de l’oubli, la substitution amoureuse et la science-fiction comme métaphore du regret.

Objectif : Analyser comment la saturation visuelle et l’éclectisme symphonique traduisent le chaos intérieur d’un homme prisonnier de sa propre mémoire.

1. Composition visuelle : Le futur au passé composé

La mise en scène de 2046 est un sommet de maniérisme. Wong Kar-wai utilise un format large (CinémaScope) pour accentuer l’isolement des personnages dans des décors surchargés. Le visuel alterne entre le Hong Kong des années 60, aux couleurs chaudes et enfumées, et un futur synthétique, froid et saturé de lumières artificielles. La composition joue sur des flous constants et des cadres qui morcellent les corps, illustrant une réalité fragmentée où le présent n’est qu’un écho déformé de ce qui a été.

2. Composition sonore : Une symphonie de fantômes

L’alchimie sonore de 2046 est d’une ambition démesurée. Shigeru Umebayashi livre un thème principal majestueux, presque tragique, qui enveloppe le film d’une aura de fatalité. L’utilisation de musiques préexistantes (notamment le lyrisme de Peer Raben) crée un pont entre le classicisme européen et la modernité asiatique. Le son n’est plus un simple accompagnement, c’est une nappe phréatique d’émotions qui remonte à la surface pour submerger le récit. La musique agit ici comme le moteur de ce train futuriste qui emmène les passagers vers leur passé.

3. La séquence clé : Le voyage dans le train 2046

Les séquences de science-fiction, où des androïdes aux larmes lentes voyagent dans un train suspendu, sont des chefs-d’œuvre de fusion plastique. La composition visuelle (les reflets sur le métal, la peau synthétique) s’unit à une musique répétitive et lancinante. Ici, la magie opère par le contraste : l’aspect high-tech du décor est contredit par une mélancolie organique et déchirante. Le son et l’image nous disent que même dans le futur le plus lointain, la douleur d’aimer reste la seule constante humaine.

 

Analyse Cinépédia : 2046 est le labyrinthe ultime de Wong Kar-wai. Si In the Mood for Love était le film de la retenue, celui-ci est celui de l’excès et de la cicatrisation impossible. La musique d’Umebayashi et les emprunts symphoniques confèrent à l’œuvre une dimension d’opéra tragique. C’est une composition où chaque plan est une strate de mémoire, une œuvre qui rend hommage à la persistance du désir à travers les âges et les mondes.

 

Saviez-vous que… ?

Le développement de 2046 a duré plus de cinq ans. Wong Kar-wai a continué de modifier le film jusqu’à la dernière minute, livrant une copie à peine terminée au Festival de Cannes 2004 avec plusieurs heures de retard. Certains acteurs, comme Gong Li ou Faye Wong, ont tourné des scènes pendant des années sans savoir précisément quel rôle elles jouaient dans cette structure narrative en constante mutation.

En résumé

2046 est une fresque totale, vertigineuse et hantée. C’est une composition où la splendeur visuelle flirte avec l’abstraction, portée par une bande-son qui semble venir d’un autre temps. Une œuvre monumentale qui clôture la période la plus iconique du réalisateur en transformant le cinéma en une machine à explorer les regrets.

Musique : Rolf Løvland, Shigeru Umebayashi, Peer Raben et Vincenzo Bellini.

Distribution : Tony Leung Chiu-wai / Zhang Ziyi / Gong Li / Takuya Kimura / Faye Wong / Carina Lau / Chang Chen / Siu Ping-lam / Wang Sum / Maggie Cheung / Bird McIntyre / Jie Dong

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Eros peut se présenter comme un recueil de nouvelles – écrites par trois artistes différents : Antonioni, Soderbergh et Wong Kar-Wai.

L’histoire se déroule dans le Hong Kong des années 1960 et raconte l’histoire d’amour tumultueuse et impossible entre une prostituée, Mlle Hua interprétée par Gong Li, et un timide tailleur, Zhang, interprété par Chang Chen.
Le film explore le désir et la sublimation de l’amour, thèmes chers au réalisateur, tout en mettant en avant des motifs récurrents comme la pluie, les robes, les entrées d’immeuble et, bien sûr, la main, symbole du souvenir tactile de la femme aimée.

Wong Kar-wai participe au film à sketches Eros aux côtés d’Antonioni et Soderbergh. Son segment, La Main (The Hand), est souvent considéré par les critiques comme l’un de ses plus beaux joyaux, une épure de son style.

🎥 Fiche d’identité : Le toucher du souvenir

Référence : Un jeune tailleur tombe amoureux d’une courtisane de haut rang lors de leur première rencontre, où elle l’initie au désir par un contact manuel. Au fil des années, alors qu’elle décline et qu’il gagne en renommée, il continue de confectionner ses robes, transformant chaque vêtement en une caresse différée.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Peer Raben (avec l’utilisation du thème « Perfidia »).

Thématique : Le fétichisme tactile, la déchéance physique et l’érotisme de la distance.

Objectif : Analyser comment la musique de Peer Raben et la précision des textures visuelles subliment un érotisme fondé sur le toucher et l’absence.

1. Composition visuelle : La peau et la soie

Dans ce segment, la caméra se focalise sur les détails microscopiques : le grain de la peau, le mouvement d’une aiguille, la chute d’un tissu. La composition est d’une sensualité extrême mais jamais vulgaire. Le cadre s’attarde sur les mains — celles qui cousent, celles qui caressent, celles qui vieillissent. Les couleurs sont plus sombres, plus feutrées que dans 2046, privilégiant une pénombre où seule la brillance de la soie semble éclairer le destin tragique des personnages.

2. Composition sonore : Le lyrisme de Peer Raben

La partition de Peer Raben apporte une gravité solennelle, presque funèbre. Son style, hérité du mélodrame européen, utilise des cordes qui s’étirent et se brisent, soulignant la cruauté du temps qui passe. L’utilisation récurrente du morceau « Perfidia » (déjà entendu dans Nos années sauvages) agit comme un écho du passé. Le son ne remplit pas l’espace ; il souligne le vide et la solitude du tailleur, faisant de chaque note un point de couture sur le cœur du spectateur.

3. La séquence clé : La dernière prise de mesure

La scène où le tailleur prend les mesures de la courtisane, désormais malade et appauvrie, est le point culminant de leur relation. La composition visuelle joue sur l’inversion des rôles : il est désormais celui qui a le pouvoir, mais il reste l’esclave de son premier désir. La musique de Raben se fait alors plus lente, plus grave, accompagnant le mouvement des mains sur un corps qui se dérobe. C’est une séquence où le son et l’image s’unissent pour montrer que l’érotisme le plus pur réside dans le souvenir d’un contact passé.

 

Analyse Cinépédia : La Main est un exercice de style absolu. En réduisant son cinéma à l’essentiel — une main, un tissu, un thème musical — Wong Kar-wai atteint une puissance émotionnelle rare. La musique de Peer Raben insuffle une tragédie « fassbinderienne » à ce récit, transformant un fétichisme de tailleur en une quête métaphysique. C’est une composition où la caresse du son répond à la douceur de la soie, une œuvre qui rend hommage à la persistance du premier émoi.

 

Saviez-vous que… ?

Le segment a été tourné pendant l’épidémie de SRAS à Hong Kong en 2003. Cette atmosphère de confinement et de peur du contact physique a involontairement renforcé le thème du film : l’idée que le toucher est à la fois l’acte le plus dangereux et le plus précieux qui soit. Peer Raben a travaillé sur ce projet peu de temps avant sa disparition, laissant ici l’un de ses derniers souffles musicaux d’une beauté déchirante.

En résumé

La Main est une miniature parfaite, une alchimie entre la rigueur du mélodrame allemand et la fluidité hongkongaise. Une composition minimaliste qui prouve que pour Wong Kar-wai, une simple courbe d’épaule ou le son d’un violon lointain suffisent à raconter toute l’histoire d’une vie.

Musique : Peer Raben

Distribution : Gong Li, Chang Chen, Feng Tien, Luk Auntie, Jianjun Zhou, Wing Tong Sheung, Kim Tak Wong, Siu Man Ting, Lai Fu Yim, Cheng You Shin, Wing Kong Siu, Kar Fai Lee, Chi Keong Un

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Elizabeth (Norah Jones), une jeune femme brisée par une rupture amoureuse, décide de partir en voyage à travers l’Amérique. Pendant ses pauses entre deux emplois de serveuse, elle croise des personnages aux destins marqués par la solitude, la perte et les rêves inachevés — notamment un policier alcoolique (David Strathairn), une joueuse de poker (Natalie Portman) et une femme abandonnée (Rachel Weisz). À travers ces rencontres, elle explore sa propre vulnérabilité et cherche à se reconstruire.

C’est un tournant fascinant. Avec My Blueberry Nights, Wong Kar-wai s’essaie à l’exercice du road movie américain. Si le décor change, l’alchimie reste la même : il filme l’Amérique comme un territoire de l’âme, transformant les diners et les routes désertes en espaces de mélancolie pure. L’arrivée de Norah Jones apporte une douceur jazzy inédite, tandis que la présence de Cat Power (Chan Marshall) à l’écran et sur la bande-son ancre le film dans une errance rock et nocturne.

🎥 Fiche d’identité : La distance entre deux tartes aux myrtilles

Référence : Après une rupture douloureuse, Elizabeth (Norah Jones) traverse les États-Unis pour se perdre et mieux se retrouver. De New York à Memphis jusqu’à Las Vegas, elle observe d’autres solitudes avant de comprendre que la plus longue distance est parfois simplement de traverser la rue pour rejoindre celui qui l’attend.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Ry Cooder (et une sélection habitée : Norah Jones, Cat Power, Otis Redding).

Thématique : La guérison par le voyage, le deuil amoureux et la saveur des restes (les « leftovers »).

Objectif : Analyser comment l’esthétique de Wong Kar-wai s’adapte aux grands espaces américains et comment la musique folk/blues remplace le lyrisme des cordes asiatiques.

1. Composition visuelle : Le reflet de l’Amérique

Christopher Doyle n’est plus à la caméra (remplacé par Darius Khondji), mais l’obsession des reflets demeure. Wong Kar-wai filme l’Amérique à travers les vitres des diners, saturées de néons rouges et bleus. La composition joue sur la transparence : Elizabeth est souvent filmée derrière des lettrages peints sur le verre, créant une barrière entre elle et le monde. Le cadre capture la texture de la nourriture — la glace qui fond sur une tarte aux myrtilles — avec la même sensualité qu’il filmait autrefois les robes de soie à Hong Kong.

2. Composition sonore : Le blues de l’errance

L’alchimie sonore bascule vers le Sud des États-Unis. La guitare slide de Ry Cooder apporte une résonance terreuse et mélancolique, tandis que le titre The Greatest de Cat Power devient l’hymne de cette dérive. La voix de Norah Jones, tant dans les dialogues que dans son morceau The Story, insuffle un rythme plus lent, presque hypnotique. Le son n’est plus une valse, mais une ballade folk qui accompagne le mouvement des roues sur l’asphalte et le murmure des secrets partagés au comptoir.

3. La séquence clé : Le baiser à la crème

La scène où Jeremy (Jude Law) embrasse Elizabeth alors qu’elle dort sur le comptoir, une trace de crème au coin des lèvres, est un sommet de composition plastique. L’image est ralentie, presque suspendue dans le temps. La musique se fait discrète pour laisser place à la respiration de la scène. Ici, la fusion opère par le goût et le toucher : le son et l’image s’unissent pour transformer un geste simple en un moment de grâce absolue, prouvant que la distance la plus courte entre deux êtres est parfois un silence partagé.

 

Analyse Cinépédia : My Blueberry Nights est la traduction américaine du langage de Wong Kar-wai. La musique de Cat Power et de Ry Cooder remplace le violon de Galasso pour dire la même solitude universelle. C’est une composition où le bitume remplace les ruelles étroites, une œuvre qui rend hommage à la patience et à la douceur nécessaire pour réparer un cœur brisé.

 

Saviez-vous que… ?

Norah Jones n’avait jamais joué la comédie avant ce film. Wong Kar-wai l’a choisie uniquement pour sa voix, affirmant qu’elle possédait déjà toute la dimension cinématographique nécessaire. Cat Power, quant à elle, ne se contente pas de prêter sa musique ; elle joue le rôle de l’ex-petite amie de Jeremy, apportant sa propre aura de mélancolie brisée à l’univers du film.

En résumé

My Blueberry Nights est une parenthèse lumineuse dans la filmographie du cinéaste. Une composition gourmande et nocturne qui prouve que, peu importe la langue ou le continent, Wong Kar-wai reste le maître incontesté pour filmer l’attente et le désir naissant au milieu des lumières de la ville.

 

Musique : Cat Power, Norah Jones, Ry Cooder, Otis Redding, Gustavo Santaolalla…

Distribution : Norah Jones / Jude Law / David Strathairn / Rachel Weisz / Natalie Portman / Frankie Faison / Cat Power…

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C’est un récit de la vie de Yip Man, maître légendaire de wing chun et futur mentor de Bruce Lee, dans la Chine des années 1930-1940, et jusqu’au début des années 1950, lorsqu’il commence à enseigner son art à Hong Kong. Bouleversé par l’invasion japonaise, le pays traverse alors une période de chaos, qui correspond pourtant à l’âge d’or des arts martiaux chinois….

The Grandmaster est sans doute le point culminant de l’esthétisme de Wong Kar-wai. Ici, le film d’arts martiaux (le Wu Xia Pian) est traité comme une expérience sensorielle pure. Le combat n’est plus une affaire de violence, mais une chorégraphie de l’âme, une calligraphie du mouvement où chaque coup porté est une phrase d’amour ou de regret.

C’est une œuvre monumentale qui a nécessité des années de préparation et qui marque le retour triomphal de Shigeru Umebayashi.

🎥 Fiche d’identité : La calligraphie du combat

Référence : Le film retrace la vie d’Ip Man, maître légendaire de Wing Chun et futur mentor de Bruce Lee, à travers les décennies tumultueuses de l’histoire chinoise. Mais au-delà de la biographie, c’est l’histoire d’une rencontre manquée entre Ip Man et Gong Er, héritière d’un style rival, dans un monde où les traditions s’effacent devant le temps.

Réalisation : Wong Kar-wai.

Musique : Shigeru Umebayashi et Nathaniel Méchaly (avec des clins d’œil à Ennio Morricone).

Thématique : La transmission du savoir, l’honneur comme fardeau et la persistance des sentiments malgré l’exil.

Objectif : Analyser comment la précision du geste martial fusionne avec une partition lyrique pour transformer le duel en un dialogue amoureux.

1. Composition visuelle : L’esthétique de l’invisible

Wong Kar-wai et son directeur de la photographie Philippe Le Sourd poussent la recherche plastique à un niveau d’orfèvrerie. La composition joue sur des ralentis extrêmes qui décomposent la matière : l’eau de la pluie qui explose sous un pied, la neige qui tourbillonne, la fumée des cigarettes. Le cadre se resserre sur des détails — un bouton de manchette, le bord d’un chapeau, un regard — pour montrer que dans le Kung Fu, comme dans l’amour, tout est une question de « justesse » et de timing. L’image ne cherche pas à montrer la force, mais l’élégance du renoncement.

2. Composition sonore : Le souffle et les cordes

L’alchimie sonore est d’une richesse inouïe. Umebayashi livre des thèmes de cordes amples et tragiques qui confèrent au film une stature de fresque historique. On note également l’utilisation audacieuse de thèmes de Morricone (issus de Il était une fois en Amérique), qui renforce l’idée que le film est un adieu à un monde disparu. Le son des combats est stylisé : le choc des corps est assourdi par la musique, laissant place au souffle des combattants et au craquement de la glace. Le son devient le moteur d’une émotion qui dépasse la simple technique martiale.

3. La séquence clé : Le duel sur le quai de gare

La scène de combat entre Gong Er et Ma San sur un quai de gare enneigé est l’un des sommets du cinéma mondial. La composition visuelle oppose la noirceur du train qui passe à toute vapeur à la blancheur immaculée de la neige et des visages. La musique s’élève, épique et lancinante, tandis que les corps s’affrontent dans une précision millimétrée. Ici, le son du train en mouvement crée un rythme industriel qui se heurte à la fluidité organique du Kung Fu. C’est une séquence où le temps semble s’arrêter alors que tout, autour d’eux, est en train de basculer.

 

Analyse Cinépédia : The Grandmaster est le testament esthétique de Wong Kar-wai. Le réalisateur traite le Kung Fu comme il traitait le baiser dans la cabine téléphonique de son premier film : avec une dévotion absolue pour l’instant suspendu. La musique d’Umebayashi agit comme le ciment de cette mémoire collective. C’est une composition où la rigueur du trait rencontre la fluidité de l’encre, une œuvre qui rend hommage à la dignité de ceux qui savent perdre sans jamais trahir leur art.

 

Saviez-vous que… ?

Le tournage a duré plus de trois ans et les acteurs principaux, Tony Leung et Zhang Ziyi, ont dû subir un entraînement intensif auprès de véritables maîtres de Kung Fu pendant des mois. Tony Leung s’est même cassé le bras deux fois durant les répétitions. Cette exigence de vérité dans le geste est ce qui donne au film sa texture si particulière : chaque mouvement à l’écran est le fruit d’une réelle discipline physique habitée par la grâce du cinéma.

En résumé

The Grandmaster est une symphonie de glace et de feu, une œuvre d’une beauté plastique étourdissante. Une composition magistrale qui prouve que pour Wong Kar-wai, le mouvement du corps est la musique la plus pure qui soit, capable de raconter l’histoire d’un peuple et les regrets d’une vie.

Musique : Shigeru Umebayashi

Distribution : Tony Leung Chiu-wai / Qingxiang Wang / Zhang Ziyi / Zhang Jin / Tielong Shang / Yuen Woo-ping / Cung Le / Song Hye-kyo / Chang Chen / Bruce Leung / Julian Cheung / Zhao Benshan

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Blossoms Shanghai (titré Fán Huā en chinois) est une série dramatique de 30 épisodes de 45 minutes, réalisée et produite par le légendaire Wong Kar-wai, marquant sa première incursion dans la télévision. Adaptée du roman de Jin Yucheng, l’histoire se déroule à Shanghai dans les années 1990 et suit l’ascension d’Ah Bao (Hu Ge), un jeune homme ordinaire qui devient un puissant trader sous l’ère de la réforme économique, entouré de figures clés comme Ye Shu, Ling Zi et Miss Wang.

🎥 Blossoms Shanghai (2023 – 2026)

C’est sa première incursion dans le format série, mais traitée avec la rigueur d’un film de 25 heures.

  • L’ampleur : 30 épisodes qu’il a réalisés lui-même. C’est une lettre d’amour à sa ville natale, Shanghai, durant le boom économique des années 90.

  • L’alchimie : On y retrouve tout ce qui fait battre le cœur de Cinépédia. L’image est d’une beauté renversante (certains disent qu’il a « peint » chaque plan), et la bande-son est un mélange de nostalgie pop et de compositions originales.

  • La diffusion : Après un succès phénoménal en Chine, la série arrive enfin chez nous. Elle est disponible sur MUBI depuis février 2026 et sur le Criterion Channel (en version originale sous-titrée).

Musique : 57 songs are used in this series, many of which were Mandopop and Cantopop songs popular in the 1990s

Distribution : Hu Ge, Ma Yili, Tiffany Tang, Xin Zhilei, You Benchang / Zheng Kai / Chen Long / Wu Yue / Papi Jiang / Dong Yong / Huang Jue / Chen Guoqing / Chloe Maayan / Du Juan / Yumiko Cheng / Deric Wan / Evergreen Mak Cheung-ching / Kenny Bee

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le projet de remake de « The Lady from Shanghai » (le film culte d’Orson Welles) semble aujourd’hui être devenu ce qu’on appelle un « projet fantôme ». Voici où nous en sommes en 2026 :

1. Un projet en sommeil (ou transformé)

Annoncé initialement autour de 2005 avec Nicole Kidman, le projet a connu d’innombrables reports. À l’heure actuelle, il n’y a aucune date de production officielle. Cependant, dans l’univers de Wong Kar-wai, rien ne se perd vraiment :

  • Les thématiques de la femme fatale, de la trahison et de la sophistication visuelle (propres au film de Welles) ont infusé ses œuvres suivantes, notamment The Grandmaster et son projet fleuve récent, Blossoms Shanghai.

  • Certains pensent que son envie de filmer une intrigue de « film noir » classique a été absorbée par ses recherches pour Blossoms, qui explore justement les bas-fonds et l’ascension sociale à Shanghai.

2. L’actualité brûlante : « Blossoms Shanghai »

Si The Lady from Shanghai reste une Arlésienne, Wong Kar-wai a consacré ces dernières années à son œuvre monumentale « Blossoms Shanghai ».

  • Le format : Une série de 30 épisodes (équivalente à 15 films selon lui !) qui a fait un triomphe en Chine.

  • La diffusion : Elle arrive enfin sur les plateformes internationales (Mubi, Criterion Channel) en cette année 2025-2026. C’est ici que l’on retrouve « l’alchimie » actuelle du maître : une reconstitution maniaque du Shanghai des années 90, avec une bande-son toujours aussi habitée.

3. Les rumeurs de « In the Mood for Love : Extended Cut »

En parallèle, des informations circulent sur une version longue de In the Mood for Love qui intégrerait des scènes inédites (près de 10 minutes supplémentaires) pour célébrer les 25 ans du film.

 

Analyse Cinépédia : The Lady from Shanghai est peut-être devenu le « palimpseste » ultime de Wong Kar-wai. À force de vouloir le réaliser, il en a parsemé des fragments dans tous ses autres films. Si le projet renaît un jour, ce sera sans doute avec une nouvelle muse et une partition sonore qui fera le pont entre le jazz des années 40 et la modernité électronique.

 

Distribution : Nicole Kidman / Takeshi Kitano ? / Tony Leung…

🎞️ Le temps de la restauration

Durant cette décennie, il a aussi agi comme un conservateur de sa propre légende. Il a supervisé la restauration 4K de l’intégralité de sa filmographie.

  • En ce moment même (février-mars 2026), une grande rétrospective intitulée « L’intégrale des années Hong Kong » circule dans les salles de cinéma, permettant de redécouvrir The Grandmaster dans son montage chinois original, ainsi que 2046 et les autres, avec une colorimétrie retravaillée par le maître lui-même.

🍷 Projets annexes

Il a également produit quelques films pour d’autres réalisateurs (comme One for the Road en 2021) et réalisé des courts-métrages publicitaires de luxe (pour Saint Laurent ou Mercedes) qui sont de véritables bijoux esthétiques, lui permettant de continuer à expérimenter avec la lumière et le mouvement sans les contraintes d’un long-métrage.

En résumé, il n’est pas resté inactif, mais il a choisi de s’éloigner du format « 2 heures » pour explorer la durée et la fresque historique. Blossoms Shanghai est considéré par beaucoup comme la pièce finale de sa trilogie entamée avec In the Mood for Love et 2046.

| Films Notables du Moment

Anémone-Ronan Day-Lewis - Cinépédia

ANEMONE

De Ronan Day-Lewis

Jem, frère de Ray, part à la recherche de son frère ermite pour le convaincre de rentrer chez lui et de rencontrer son neveu Brian, qui a été renvoyé de l’armée après un acte violent. Le passé trouble des deux frères, marqué par une tragédie militaire, resurgit, révélant des secrets enfouis depuis des décennies.

Une estéthique magnifique qui n'est pas sans rappeler le mystère des images de Tarkovski. Quand notre attention se porte à côté ou au-delà de l'objet principal. Une bande son de Bobby Krlic qui traduit clairement la maladie de l'âme, la folie douce et l'expiation en les liant à des visions oniriques.

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SHE RIDES SHOTGUN

De Nick Rowland

L'incroyable révélation qu'est Ana Sophia Heger, éclaboussant l'écran de son talent et portant l'oeuvre sur ses épaules de la première à la dernière image. Elle livre une prestation démente au milieu d'un chaos où sa vulnérabilité n'a d'autre choix que de composer avec une palette de sentiments exprimés à merveille.
Une véritable pépite !

FRANKENSTEIN

Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.

Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.

GUILLERMO DEL TORO.

Trois heures particulièrement bien exploitées pour restituer le temps long de la vengeance, sans aucune perte de rythme par une habile gestion des ellipses et des montages alternés, soucieux d’équilibrer le temps de présence des nombreux personnages secondaires. La mise en scène assume quant à elle un académisme fédérateur du plus grand nombre, non sans quelques lourdeurs, notamment sur les plans de drone ou un recours abusif à une musique pompière. (Sergent_Pepper SensCritique)

LE COMTE DE
MONTE CRISTO

Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte

. Ecoutez ANEMONE par Bobby Krlic
. Ecoutez SHE RIDES SHOTGUN par Underworld
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| Autres

1995 : wkw/tk/1996@7’55″hk.net
2000 : Hua Yang De Nian Hua (en) (花樣的年華) (court métrage)
2001 : The Hire: The Follow
2002 : Six Days – clip pour DJ Shadow (album The Private Press)
2004 : Eros – segment La Main (The Hand)
2007 : Chacun son cinéma – segment I Travelled 9 000 km To Give It To You
2007 : There’s Only One Sun
2023 : Blossoms Shanghai (en) (繁花) (série en 30 épisodes)

| Wong Kar-Wai en tant que scénariste

1982 : Once Upon a Rainbow d’Agnes Ng
1983 : Just for Fun de Frankie Chan
1984 : Silent Romance de Frankie Chan
1985 : Chase a Fortune de Liu Wai-hung
1985 : Intellectual Trio de Guy Lai
1985 : Unforgettable Fantasy de Frankie Chan et Norman Law Man
1986 : Sweet Surrender de Frankie Chan
1986 : Rosa de Joe Cheung
1986 : Goodbye My Her de Frankie Chan
1987 : The Final Test de Lo Kin
1987 : Final Victory de Patrick Tam
1987 : Goodbye My Hero de Frankie Chan
1987 : Flaming Brothers aka Dragon and Tiger Fight de Joe Cheung
1987 : The Haunted Cop Shop of Horrors de Jeffrey Lau
1988 : The Haunted Cop Shop of Horrors 2 de Jeffrey Lau
1988 : Walk on Fire de Norman Law
1990 : Return Engagement de Joe Cheung
1991 : Saviour of the Soul de Corey Yuen, David Lai et Jeffrey Lau
1992 : 92 Legendary La Rose Noire de Jeffrey Lau (coscénariste non crédité)

livre-Wong-Kar-wai-edition-francaise

WONG KAR-WAI (edition-francaise)

Livre Broché

Quatrième de couverture
Par sa façon de s’emparer des images et de les traiter comme une matière autonome, aussi malléable que de la glaise, Wong Kar©wai s’impose aujourd’hui comme le plus contemporain des cinéastes. Cette notion de contemporanéité marque peut©être un seuil nouveau. Dans les années 60, le cinéma fut moderne, puis postmoderne ou encore maniériste. Aujourd’hui, il existe peut©être une façon d’ouvrir une brèche en des grands récits diachroniques et le cinéma de Wong Kar©wai s’engouffre dans cette brèche. Pourtant, ses premiers films relèvent pleinement d’une esthétique de la modernité, rongés qu’ils sont par cette conscience toute moderne de venir après. Après le classicisme, après la totale maturité des formes, donc au moment où elles commencent à se déliter. Il s’agit désormais de les déconstruire et d’accompagner leur inexorable décomposition. […] Il filme de l’intérieur les grands flux d’images contemporaines, en pointe jusqu’au vertige l’extrême séduction, mais parle aussi des ravages qu’elles suscitent. Les individus sont seuls, orphelins, impropres à aimer, incapables d’exercer une quelconque pression sur la réalité (toujours ailleurs et hors d’atteinte). Dans ces films©prismes qui captent les reflets lumineux des paysages urbains et les états d’âmes sombres de ses personnages pour les diffracter en autant de facettes bariolées comme des vidéo©clips, demeure ce qui fait le prix de tout grand cinéaste : une vision parfaitement articulée de l’état du monde, ici et aujourd’hui.

35,00€

| Wong Kar-Wai en tant que producteur

Wong Kar-wai a également produit tous ses films à travers la société Jet Tone depuis 1993 à l’exception des Cendres du temps, un projet commencé des années auparavant. Il a aussi produit par Jet Tone d’autres films dont certains réalisés par Jeffrey Lau.

1987 : Flaming Brothers aka Dragon and Tiger Fight de Jeffrey Lau
1993 : The Eagle Shooting Heroes de Jeffrey Lau
1997 : First Love: the Litter on the Breeze d’Eric Kot
2002 : Chinese Odyssey 2002 de Jeffrey Lau
2003 : Sound of Colors de Joe Ma
2016 : See You Tomorrow de Zhang Jia-jia

| Autres Films Disponibles en Streaming

LE MIROIR

Alexei, un homme mourant âgé de 40 ans, frappé par la maladie, se penche sur son passé et des images de sa famille apparaissent. Ses interactions quotidiennes avec sa femme et ses enfants font ressurgir toute sorte de souvenirs, tels que le divorce de ses parents jusqu’à son temps sur les champs de bataille de la Seconde guerre mondiale.

Musique : Edouard Artemiev (avec des extraits de Bach, Pergolèse et Purcell)

Distribution : Margarita Terekhova / Maria Tarkovski / Oleg Yankovski…

de andreï tarkovski

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METRO MANILA

de SEAN ELLIS

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Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila. Proie idéale dans cette ville impitoyable, Oscar va devoir tout risquer pour les siens.

Musique : Robin Foster

Distribution : Jake Macapagal / Althea Vega / John Arcilla…

FARGO

Quelque part dans le Minnesota, en plein hiver, Jerry Lundegaard, un minable vendeur de voitures, contacte un petit escroc, Carl Showalter, et son inquiétant compère, Grimsrud. Il leur demande d’enlever sa femme, Jean, dont le père, Wade, un richissime homme d’affaires, ne manquera pas de régler la rançon exigée. Les choses se gâtent quand ses complices abattent 3 témoins, dont un flic. La machine sanglante commence à s’emballer.
Musique : Carter Burwell

Distribution : Frances McDormand / William H. Macy / Steve Buscemi…

deS FRERES COEN

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PARIS, TEXAS

Comme poussé par une idée fixe, Travis Henderson marche seul dans le désert du Texas. Il cherche sans succès de l’eau, arrive finalement dans un bar isolé et y perd connaissance. Il est recueilli par un médecin qui trouve sur lui une carte avec le numéro de téléphone de son frère, Walt Henderson. Celui-ci fait le trajet depuis Los Angeles pour le retrouver. Travis n’avait plus donné signe de vie depuis quatre ans...
Musique : Ry Cooder

Distribution : Harry Dean Stanton / Nastassja Kinski / Dean Stockwell…

de WIM WENDERS

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VOL AU-DESSUS D'UN NID
DE COUCOU

L’histoire est centrée sur R. P. McMurphy qui, en simulant, se fait interner dans un hôpital psychiatrique pour échapper à la prison après avoir été accusé de viol sur une mineure. Il va progressivement être touché par la détresse et la solitude des patients. Par sa forte personnalité, il s’oppose rapidement aux méthodes répressives de l’infirmière Ratched.
Musique : Jack Nitzsche et Ed Bogas

Distribution : Jack Nicholson / Louise Fletcher / William Redfield…

dE MILOS FORMAN

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13 ASSASSINS

Le film se déroule durant la période Edo, en 1844, à l’ère du shogunat Tokugawa en déclin. Lord Matsudaira Naritsugu, un seigneur sadique protégé par son demi-frère, le Shōgun, terrorise les nobles et les roturiers.
Le ministre de la Justice, Sir Doi Toshitsura, craignant qu’une ascension de Naritsugu provoque une guerre civile, engage secrètement Shimada Shinzaemon, un samouraï expérimenté, pour l’assassiner.
Shinzaemon réunit une équipe de douze samouraïs et un chasseur, Kiga Koyata, pour tendre une embuscade à Naritsugu lors de son voyage d’Edo à ses terres.
Musique : Kōji Endō 遠藤浩二

Distribution : Kōji Yakusho / Hiroki Matsukata / Sōsuke Takaoka…

dE TAKASHI MIIKE

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| Distinctions

Distinctions honorifiques
2006 : Chevalier de la Légion d’honneur Chevalier de la Légion d’honneur
2013 : Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres
2017 : Prix Lumière pour l’ensemble de sa carrière
2018 : Doctorat honoris causa de l’université Harvard

Récompenses
Sélectionné près d’une trentaine de fois dans différents festivals internationaux, il y a remporté de nombreux prix.

Hong Kong Film Awards 1991 : Prix du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure direction artistique pour Nos années sauvages
Hong Kong Film Awards 1995 : Prix du meilleur film et meilleur réalisateur pour Chungking Express
Hong Kong Film Critics Society Awards 1995 : Prix du meilleur réalisateur et meilleur scénario pour Les Cendres du temps
Festival de Cannes 1997 : Prix de la mise en scène pour Happy Together
Arizona International Film Festival 1998 : Prix du meilleur film étranger pour Happy Together
Prix du cinéma européen 2000 : Prix du cinéma européen du meilleur film non-européen pour In the Mood for Love
Festival de Cannes 2000 : Prix de la Commission Supérieure Technique pour In the Mood for Love
César 2001 : César du meilleur film étranger pour In the Mood for Love
German Film Awards 2001 : Prix du meilleur film étranger pour In the Mood for Love
Hong Kong Film Critics Society Awards 2001 : Prix du meilleur réalisateur pour In the Mood for Love
Valdivia International Film Festival 2001 : Prix du meilleur film pour In the Mood for Love
Argentinean Film Critics Association Awards 2002 : Prix du meilleur film étranger pour In the Mood for Love
Fotogramas de Plata 2002 : Prix du meilleur film étranger pour In the Mood for Love
Prix du cinéma européen 2004 : Prix du meilleur film étranger pour 2046
Mainichi Film Concours 2005 : Prix du meilleur film étranger, pour 2046
Sant Jordi Awards 2005 : Prix du meilleur film étranger pour 2046
Hong Kong Film Awards 2013 : Prix du meilleur film, meilleur réalisateur pour The Grandmaster
Asian Film Awards 2014 : Prix du meilleur réalisateur pour The Grandmaster

| Découvrir

Nick Cave : This Much I Know To be True

De Andrew Dominik

Bamboo Dream

Cloud Gate Dance Théâtre

Musique de Arvo Part

Joe Hisaishi in Budokan

Studio Ghibli 25 Years Concert

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