LARS VON TRIER
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1956-xxxx danemark
DOGME95
📜 Le Dogme 95 : Le Vœu de Chasteté du Cinéma
En mars 1995, à Paris, Lars von Trier lance des tracts rouges dans une salle de cinéma : le manifeste du Dogme 95 est né. L'idée est radicale : le réalisateur doit s'effacer derrière l'histoire et les acteurs en respectant 10 règles de fer, conçues pour empêcher tout trucage émotionnel ou visuel.
L'impact sur la psychologie du spectateur
En supprimant la musique dramatique et les lumières léchées, le Dogme 95 force une alchimie sonore et visuelle très particulière : le spectateur ressent un malaise ou une proximité accrue, car rien ne vient "guider" ses sentiments. On est dans le réel brut, parfois sale, souvent bouleversant.
Les 10 Commandements (extraits choisis)
Pour que la composition reste "pure", le cinéaste doit suivre ces contraintes techniques :
Le tournage doit être fait sur place : Les décors et accessoires ne doivent pas être amenés. Si l'histoire nécessite un accessoire particulier, il faut choisir un endroit où cet accessoire se trouve.
Le son ne doit jamais être produit séparément de l'image : La musique ne doit pas être utilisée, à moins qu'elle ne soit jouée en direct pendant que la scène est filmée (musique diégétique).
La caméra doit être tenue à l'épaule : Tout mouvement ou immobilité réalisable à la main est autorisé. Le film ne doit pas se passer là où la caméra est, c'est le tournage qui doit se passer là où le film a lieu.
Le film doit être en couleurs : Les éclairages spéciaux ne sont pas admis (si la lumière est trop faible, la scène doit être coupée ou une seule lampe attachée à la caméra est autorisée).
Les trucages optiques et filtres sont interdits : Pas d'effets de style pour "embellir" la réalité.
Le film ne doit pas contenir d'action superficielle : (Pas de meurtres, d'armes, etc.).
Le réalisateur ne doit pas être crédité : Il doit renoncer à son statut d'artiste-créateur pour redevenir un simple témoin.
Analyse Cinépédia
Le Dogme 95 est une forme de discipline monacale appliquée à l'image. En se coupant les mains (pas de montage complexe, pas de musique de fond), les réalisateurs ont découvert une nouvelle liberté : celle de l'instant présent. Si Breaking the Waves n'est pas un film "Dogme" au sens strict (car il utilise des musiques de chapitres), il en porte déjà toute la sève et l'urgence.
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| Les débuts de Lars von Trier
Lars von Trier, né le 30 avril 1956 à Copenhague, a fait sa première apparition à l’écran comme acteur en 1968 dans la série télévisée L’Été mystérieux.
De son véritable nom Lars Trier, il a ajouté la particule « von » à son patronyme durant ses études de cinéma à l’École nationale de cinéma du Danemark, inspiré par Erich von Stroheim.
Il a été remarqué dès 1982 grâce à ses courts métrages réalisés à l’École danoise de cinéma, notamment Nocturne (1981), Images of a relief (1982) et Liberation pictures (1983).
Son premier long métrage, Element of crime, sorti en 1984, a été primé à plusieurs festivals, dont le Grand Prix Technique de la Commission Supérieure Technique au Festival de Cannes, marquant ainsi son entrée en tant que cinéaste majeur.
Ce film, tourné en anglais, a été salué pour son ambiance monochrome et ses influences du film noir et de l’expressionnisme allemand.
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| Les réalisations de Lars von Trier
1984-1999
De l’obsession formelle au dépouillement du Dogme
Cette première période créative voit Lars von Trier s’affirmer comme un bâtisseur d’univers avant de devenir un briseur de codes. Avec sa « Trilogie Europe » (L’Élément du crime, Epidemic, Europa), il déploie une virtuosité technique étourdissante, où l’image, saturée de références expressionnistes et de surimpressions complexes, semble prisonnière d’un passé hanté. La composition est alors une architecture de l’obsession, où le son et la lumière servent à bâtir des labyrinthes mentaux. Cependant, au milieu des années 90, Von Trier opère un virage radical vers l’émotion pure et le réalisme viscéral. En lançant le manifeste du Dogme 95, il rejette l’artifice pour se concentrer sur l’humain. Avec Breaking the Waves puis Les Idiots, la caméra à l’épaule remplace les rails de travelling et le silence succède aux orchestrations baroques. En quinze ans, le cinéaste est passé d’une esthétique de la maîtrise absolue à une quête de vérité brute, transformant son cinéma en un espace de vulnérabilité où le sacré et le profane se percutent sans filtre.
1984 : L'Élément du crime (Forbrydelsens element)

🎥 Synopsis : Une plongée hypnotique dans l’Europe en décomposition
Fisher, un inspecteur de police exilé au Caire, subit une séance d’hypnose pour se souvenir de sa dernière enquête en Europe. Il traquait le « Tueur au Lotus », un meurtrier d’enfants. Pour le capturer, Fisher a utilisé la méthode de son mentor, Osborne : « L’Élément du crime », qui consiste à s’identifier totalement au criminel pour prévoir ses actes. Mais à force de devenir l’autre, Fisher perd pied dans une Europe apocalyptique, noyée sous une pluie perpétuelle.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Bo Holten.
Thématique : La déchéance morale, l’aliénation de l’enquêteur, l’Europe comme ruine et le danger de l’empathie absolue.
Objectif : Analyser comment l’esthétique sépia et le son oppressant créent une atmosphère de fin du monde unique dans l’histoire du cinéma.
1. Le sépia monochrome : une référence à l’ambre et à la pourriture
L’aspect visuel de ce film est l’un des plus radicaux des années 80. Von Trier utilise un éclairage au sodium qui baigne chaque plan dans une teinte jaune-orangé monochromatique. Cette composition visuelle donne l’impression que le film a été filmé à travers un bocal d’urine ou d’ambre ancien. C’est une référence directe à l’expressionnisme allemand, mais revu par un œil post-industriel. Le cadre est saturé de détails sordides (eau croupie, détritus, murs suintants), créant une sensation de claustrophobie qui colle à la psychologie du personnage central en pleine dérive.
2. Une alchimie sonore de l’eau et du métal
Le design sonore de L’Élément du crime est une agression constante, mais d’une précision chirurgicale. On entend le bruit de la pluie qui ne s’arrête jamais, les gouttes qui tombent dans des seaux métalliques, les sons de machines lointaines. Cette recette sonore renforce l’idée d’une Europe « liquide », qui s’effondre et se dissout. La musique de Bo Holten, discrète mais lancinante, accentue l’état hypnotique du récit. Le son n’est pas là pour souligner l’action, mais pour maintenir le spectateur dans le même état de transe que l’inspecteur Fisher.
3. La déconstruction du film noir : une référence au genre détourné
Von Trier joue avec les codes du film noir classique (l’enquêteur, la femme fatale, la pluie), mais il les vide de leur substance pour en faire une expérience métaphysique. La composition des scènes semble parfois figée, comme des tableaux d’une beauté maladive. Psychologiquement, c’est un film sur la perte de repères : en cherchant « l’élément du crime », le héros finit par devenir le crime lui-même. C’est une référence cynique à notre propre besoin d’ordre dans un monde qui n’est que chaos et décomposition.
Analyse Cinépédia : L’Élément du crime est une œuvre formelle monumentale qui marque la naissance d’un provocateur de génie. Von Trier utilise la technique pour manipuler nos sens : on ressent l’humidité et l’odeur de la moisissure à travers l’écran. C’est une composition visuelle et sonore qui traite le crime non pas comme un acte social, mais comme une maladie contagieuse de l’esprit. Un premier film qui annonçait déjà que le cinéma de Von Trier serait une épreuve de force.
Saviez-vous que… ?
Pour obtenir ce rendu visuel unique, Von Trier a utilisé des filtres de couleur orange sur la caméra et a ensuite fait tirer le film sur une pellicule noir et blanc. C’est ce processus technique complexe qui donne cette texture si particulière, entre le rêve et le documentaire de l’enfer. Le film a remporté le Grand Prix de la technique à Cannes, prouvant que même pour ses détracteurs, la maîtrise formelle du jeune Lars était indiscutable.
En résumé
L’Élément du crime est un chef-d’œuvre de noirceur esthétique. Une composition visuelle et sonore qui repousse les limites du genre pour offrir une vision cauchemardesque de la civilisation. C’est le film qui a révélé un cinéaste capable de transformer la laideur la plus abjecte en une beauté hypnotique et terrifiante.
Musique : Bo Holten
Distribution : Michael Elphick, Esmée Meisner, Gurney Leyton, Jan Baas, Hermann Ruhmann, Donald Sumpter, Ahmed Woolf
1987 : Epidemic

🎥 Synopsis : Le scénario qui devient réalité
Lars et Niels, deux scénaristes (joués par Von Trier et son coscénariste Niels Vørsel), ont cinq jours pour écrire un nouveau script après avoir perdu leur précédent projet. Ils décident d’écrire l’histoire d’une épidémie ravageant l’Europe. Parallèlement à leur processus créatif, le film nous montre des séquences de ce film en devenir, où un médecin idéaliste tente de sauver la population. Mais alors qu’ils finissent leur écriture, une véritable épidémie semble se propager dans leur propre réalité.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Peter Bach.
Thématique : La responsabilité de l’artiste, l’auto-destruction, la confusion entre le créateur et sa création, et l’inéluctabilité du mal.
Objectif : Analyser comment le minimalisme visuel et le mélange des genres (documentaire et fiction) renforcent l’angoisse de la contamination.
1. Le dépouillement visuel : du grain 16mm au marquage rouge
L’aspect visuel d’Epidemic est une cassure nette avec l’esthétique léchée du film précédent. Von Trier utilise un noir et blanc très granuleux, presque amateur pour les scènes des scénaristes, ce qui donne un ton documentaire très sec. La particularité visuelle la plus célèbre reste le titre « EPIDEMIC » incrusté en rouge en haut à gauche de l’écran pendant toute la durée du film. Cette composition visuelle agit comme un avertissement constant, une marque de contamination qui ne quitte jamais l’œil du spectateur, transformant le film lui-même en un objet infecté.
2. Le contraste sonore : entre banalité et opéra
La bande-son joue sur un contraste saisissant. D’un côté, on a le son très brut, presque vide, des discussions quotidiennes entre Lars et Niels (bruits de machine à écrire, dialogues improvisés). De l’autre, les séquences de fiction et la fin du film sont portées par une musique orchestrale et lyrique (notamment du Wagner). Cette alchimie sonore crée un malaise : elle donne une dimension tragique et monumentale à ce qui semble n’être au départ qu’une blague de scénaristes, jusqu’à l’explosion finale lors de la scène d’hypnose.
3. La méta-référence : le créateur comme vecteur du mal
La référence majeure ici est la mise en abyme. Von Trier se filme lui-même en train de créer. Psychologiquement, c’est une exploration de l’arrogance intellectuelle : les auteurs pensent maîtriser leur sujet, mais le « virus » de l’idée finit par les dévorer. La scène finale, d’une intensité sonore et visuelle insoutenable, est une référence directe à la puissance du cinéma : une fois que l’image et le son sont libérés, on ne peut plus les arrêter. L’épidémie n’est pas seulement biologique, elle est cinématographique.
Analyse Cinépédia : Epidemic est un film-laboratoire. Lars von Trier y teste la résistance de son public en mélangeant dérision et horreur pure. La musique solennelle vient heurter l’image dépouillée pour créer une sensation d’apocalypse imminente. C’est une composition qui nous interroge sur le pouvoir de l’imagination : et si nos cauchemars les plus sombres finissaient par trouver un chemin vers la réalité à force de les mettre en images ?
Saviez-vous que… ?
Le budget du film était minuscule. Pour économiser, Von Trier a filmé une grande partie du métrage dans ses propres bureaux et chez ses amis. Niels Vørsel, qui joue son propre rôle, était réellement le co-auteur des premiers films de Lars. Cette authenticité quasi-documentaire rend la bascule finale dans l’horreur pure encore plus traumatisante pour le spectateur qui s’est habitué au ton léger de la première heure.
En résumé
Epidemic est une œuvre audacieuse qui refuse le confort. Une composition visuelle et sonore qui utilise le minimalisme pour mieux préparer un choc final mémorable. C’est le film qui prouve que Von Trier est un manipulateur de génie, capable de transformer une simple page blanche en un territoire de terreur absolue.
Musique : Peter Bach
Distribution : Allan De Waal, Ole Ernst, Michael Gelting, Colin Gilder, Svend Ali Hamann, Claes Kastholm Hansen, Gert Holten, Udo Kier, Lars von Trier, Niels Vørsel
1991 : Europa

Nous arrivons au sommet de la « Trilogie Europe ». Avec Europa, Lars von Trier bénéficie d’un budget plus conséquent et livre une œuvre d’une virtuosité technique époustouflante. C’est le film qui l’a définitivement imposé sur la scène internationale, notamment après avoir remporté le Prix du Jury à Cannes.
🎥 Synopsis : Le voyage au bout de la nuit allemande
1945, l’Allemagne vient de capituler. Leopold Kessler, un jeune Américain d’origine allemande idéaliste, arrive dans ce pays en ruines pour travailler comme conducteur de wagons-lits pour la compagnie ferroviaire Zentropa. Il veut rester neutre et « aider », mais il se retrouve rapidement pris en étau entre les forces d’occupation américaines et les « Werwölfe », des résistants nazis qui continuent la lutte dans l’ombre. Le train devient le théâtre d’une descente aux enfers où la neutralité n’existe pas.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Joachim Holbek (avec la voix hypnotique de Max von Sydow).
Thématique : La culpabilité collective, l’impossibilité de la neutralité, l’hypnose historique et l’Europe comme un train fantôme.
Objectif : Décrypter l’utilisation des surimpressions et de la narration hypnotique pour illustrer l’aliénation du héros.
1. La superposition des réalités : un tour de force visuel
Von Trier utilise ici une technique de rétroprojection et de surimpression complexe. On voit souvent des personnages en couleur évoluer devant des décors en noir et blanc, ou plusieurs strates d’images se superposer (un visage en gros plan sur un paysage qui défile). Cette composition visuelle crée une sensation d’irréalité totale : Leopold semble être un fantôme dans son propre pays. C’est une référence directe à l’expressionnisme des années 20, mais réinventée avec une technologie moderne pour souligner que le passé et le présent se télescopent.
2. La voix de l’hypnotiseur : une architecture sonore immersive
Le film commence par la voix profonde de Max von Sydow qui nous ordonne : « À mon compte de dix, vous serez en Europa ». Cette narration en voix off n’est pas un simple récit, c’est une séance d’hypnose dont le spectateur est la victime. La musique de Joachim Holbek, lourde et orchestrale, renforce cette sensation de fatalité. Le son des rails, lancinant et répétitif, agit comme un métronome psychologique. Ici, l’alchimie sonore sert à abolir la volonté du spectateur, le forçant à vivre l’impuissance de Leopold.
3. Le train comme métaphore : une référence à la mécanique du destin
La référence au train est centrale. Dans le cinéma, le train symbolise souvent le progrès ou le voyage, mais chez Von Trier, il est une machine infernale dont on ne peut pas descendre. Psychologiquement, cela représente le poids de l’Histoire : une fois que le train est lancé, les individus ne sont plus que des rouages. La composition millimétrée des scènes à l’intérieur des wagons souligne l’étroitesse d’esprit et l’oppression d’une société qui refuse de regarder ses démons en face.
Analyse Cinépédia : Europa est une symphonie visuelle sombre. Von Trier y explore la fin d’un monde avec une arrogance technique fascinante. La musique et l’image collaborent pour créer un état de transe où le spectateur perd pied. C’est une composition qui nous rappelle que l’Histoire n’est pas un livre que l’on referme, mais un train dans lequel nous sommes tous embarqués, souvent sans savoir qui tient les commandes.
Saviez-vous que… ?
Lors de la remise du Prix du Jury à Cannes, Lars von Trier, déçu de ne pas avoir reçu la Palme d’Or (remportée par Barton Fink des frères Coen), a fait un bras d’honneur au jury en les traitant de « nains », avant de quitter la scène. Ce geste est resté dans les annales du festival comme l’une de ses premières grandes provocations publiques.
En résumé
Europa est le point d’orgue d’une quête esthétique absolue. Une composition visuelle et sonore d’une virtuosité rare, où chaque surimpression d’image et chaque murmure hypnotique nous enfoncent davantage dans le cauchemar de l’Histoire. C’est le film qui prouve que le cinéma peut être une machine à remonter le temps, non pas pour nous raconter le passé, mais pour nous le faire subir physiquement. Un chef-d’œuvre de noirceur qui clôt la trilogie Europe en laissant le spectateur à la fois ébloui et profondément hanté.
Musique : Joachim Holbek (avec la voix hypnotique de Max von Sydow).
Distribution : Jean-Marc Barr, Barbara Sukowa, Udo Kier, Ernst-Hugo Järegård, Erik Mørk, Jørgen Reenberg, Henning Jensen, Eddie Constantine, Max von Sydow
1996 : Breaking the Waves

On change radicalement de registre. Avec Breaking the Waves, Lars von Trier brise l’esthétique figée et technique de sa trilogie précédente pour inventer un cinéma du « cœur à vif ». C’est le premier volet de sa trilogie « Cœur d’Or ».
Ici, la caméra ne survole plus l’histoire, elle la subit au plus près des visages, dans une quête de sacré qui a bouleversé le monde entier.
🎥 Synopsis : Le sacrifice de l’innocence
Dans une communauté presbytérienne austère sur la côte écossaise, Bess, une jeune femme simple et profondément croyante, épouse Jan, un travailleur d’une plateforme pétrolière. Lorsque Jan est victime d’un accident qui le laisse paralysé, il demande à Bess, au nom de leur amour, d’avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes et de lui en raconter les détails. Convaincue qu’elle accomplit ainsi la volonté de Dieu pour guérir son mari, Bess s’enfonce dans un chemin de croix charnel et spirituel.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Joachim Holbek (chapitres) et titres rock des années 70 (Deep Purple, David Bowie, Leonard Cohen).
Thématique : La foi absolue, la bonté jusqu’à l’absurde, le martyre féminin et le conflit entre la règle religieuse et l’amour christique.
Objectif : Analyser comment la caméra à l’épaule et les chapitres picturaux créent une tension entre le réalisme cru et le mysticisme.
1. La caméra à l’épaule : une référence au réalisme viscéral
Ce film marque une rupture visuelle totale. La caméra, tenue à l’épaule par Robby Müller, est instable, cherche les visages, zoome brusquement. Cette composition visuelle crée une intimité presque insoutenable avec Bess. On n’est plus au spectacle, on est témoin d’une vie qui se brise. C’est une référence directe à ce qui deviendra le Dogme95 : supprimer les artifices pour ne laisser que l’émotion brute, sans filtre entre l’actrice (Emily Watson, phénoménale) et nous.
2. Le contraste entre le grain documentaire et les chapitres « tableaux »
L’architecture du film est unique. Entre les actes, Von Trier insère des paysages fixes, magnifiquement colorisés numériquement, sur lesquels résonnent des tubes rock des années 70. Cette recette visuelle et sonore offre des respirations poétiques dans un récit par ailleurs étouffant. Ces chapitres sont des références à la peinture de paysage romantique, transformant cette tragédie écossaise en une légende intemporelle, une sorte de conte sacré moderne.
3. La voix de Dieu : une référence au dialogue intérieur
Le son joue un rôle crucial dans la psychologie de Bess. Elle se parle à elle-même, faisant les deux voix : la sienne, enfantine, et celle de « Dieu », grave et sévère. Cette composition sonore montre l’aliénation de Bess mais aussi sa pureté : pour elle, le spirituel est sonore et quotidien. La fin du film, avec son effet sonore surnaturel, vient valider ou contester toute la logique du film, laissant le spectateur seul face à sa propre croyance.
Analyse Cinépédia : Breaking the Waves est une expérience dévastatrice. Von Trier y explore la frontière entre la folie et la sainteté. La musique rock des interpellations vient ironiquement souligner la dureté de l’époque, tandis que l’image tremblante capte chaque micro-expression de douleur. C’est une composition où le divin ne se trouve pas dans l’église froide des hommes, mais dans le sacrifice ultime d’une femme « simple » qui a pris l’amour au mot.
Saviez-vous que… ?
Emily Watson n’était absolument pas connue avant ce film. Elle a obtenu le rôle après que Helena Bonham Carter se soit désistée au dernier moment, effrayée par les scènes de nudité et la violence psychologique du scénario. La performance de Watson a été si puissante qu’elle a été nommée aux Oscars, marquant l’une des ascensions les plus rapides de l’histoire du cinéma.
En résumé
Breaking the Waves est un film qui ne s’oublie pas. Une composition visuelle et sonore qui nous malmène pour mieux nous élever. En filmant le corps de Bess comme un champ de bataille spirituel, Lars von Trier signe une œuvre d’une puissance émotionnelle rare, prouvant que le cinéma peut encore atteindre une forme de grâce, même dans la boue et la souffrance.
Musique : Joachim Holbek, David Bowie et T-Rex
Distribution : Emily Watson / Stellan Skarsgård / Katrin Cartlidge / Jean-Marc Barr / Adrian Rawlins / Udo Kier…
1998 : Les Idiots (Idioterne)

Avec Les Idiots (Idioterne), nous entrons dans le cœur du réacteur. C’est le film Dogme #2. Si Breaking the Waves flirtait avec ces idées, Les Idiots les applique avec une rigueur qui frise l’insoutenable. C’est aussi le deuxième volet de la trilogie « Cœur d’Or ».
Lars von Trier signe ici son œuvre la plus provocatrice, celle qui a déclenché l’un des plus grands scandales de l’histoire du Festival de Cannes.
🎥 Synopsis : La quête de « l’idiot intérieur »
Un groupe de jeunes intellectuels vit en communauté dans une villa de la banlieue de Copenhague. Leur activité principale est de sortir dans le monde réel en feignant un handicap mental. Leur but ? Briser les conventions sociales, confronter la bourgeoisie à ses propres malaises et, surtout, libérer « l’idiot » qui sommeille en chaque être humain. Karen, une femme solitaire et endeuillée, croise leur route et finit par rejoindre l’expérience, cherchant dans cette régression radicale une échappatoire à sa propre souffrance.
Réalisation : Lars von Trier (non crédité, conformément au Dogme).
Musique : Aucune (sauf si elle est jouée par les personnages dans la scène).
Thématique : La rébellion contre la norme, la frontière entre provocation et cruauté, et la recherche d’une authenticité primitive.
Objectif : Analyser comment l’absence totale d’artifice technique crée un sentiment de réalité brute et dérangeante.
1. L’image sans fard : le triomphe de la vidéo
Pour respecter le Dogme, Von Trier délaisse la pellicule pour la vidéo (DV), ce qui donne au film un aspect de « vidéo de famille » ou de reportage pris sur le vif. La composition visuelle est chaotique, souvent sale, avec des micros qui entrent parfois dans le cadre. Cette esthétique renforce la psychologie du film : si les personnages cherchent la vérité sous le masque social, le film cherche la vérité sous le masque du cinéma. L’image n’est plus là pour être belle, elle est là pour être vraie.
2. Le silence assourdissant : une alchimie sonore du vide
En interdisant la musique extra-diégétique (la musique d’ambiance), Von Trier nous prive de notre boussole émotionnelle. Sans violons pour nous dire quand être triste ou percussions pour souligner la tension, le spectateur se retrouve face au son pur : les cris des personnages, les bruits de vaisselle, le vent. Ce vide sonore rend les scènes de « crises » (lorsque les personnages jouent aux idiots) particulièrement oppressantes et gênantes. Le silence devient une arme de provocation.
3. La provocation comme miroir : une référence au malaise social
La référence majeure du film est la confrontation. Psychologiquement, le film agit comme un test de Rorschach : certains y voient une insulte aux personnes handicapées, d’autres une critique féroce de l’hypocrisie des bien-pensants. La composition des scènes de groupe, improvisées et organiques, montre comment la dynamique collective peut dériver vers une forme de tyrannie. La « bonté » de Karen, le « Cœur d’Or » du film, est mise à l’épreuve par ce groupe qui joue avec le feu des émotions.
Analyse Cinépédia : Les Idiots est un film-frontière. En appliquant les règles du Dogme 95 à un sujet aussi sensible, Von Trier crée un objet filmique qui refuse d’être « consommé ». L’absence de musique et la caméra tremblante nous forcent à une empathie directe, presque physique. C’est une composition de l’inconfort qui nous demande : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être vraiment nous-mêmes ?
Saviez-vous que… ?
Le film comporte une scène de sexe non simulée (pendant une orgie entre les membres du groupe). Pour Von Trier, cela faisait partie de la recherche d’une vérité totale, débarrassée des tabous du cinéma classique. Cette scène a failli faire interdire le film dans plusieurs pays et a alimenté la légende noire du réalisateur à Cannes.
En résumé
Les Idiots est une expérience limite. Une composition visuelle et sonore réduite à son expression la plus primitive pour mieux sonder les recoins de l’âme humaine. C’est le film où Lars von Trier prouve que pour trouver la lumière (ou la grâce), il faut parfois accepter de descendre très bas dans l’absurde et la laideur.
Distribution : Bodil Jørgensen, Jens Albinus, Anne Louise Hassing, Troels Lyby, Nikolaj Lie Kaas, Louise Mieritz, Henrik Prip, Luis Mesonero
2000-2009
De l’idéalisme à l’exorcisme
La décennie 2000 marque pour Lars von Trier une mutation profonde, où le cinéaste délaisse progressivement l’observation sociale pour s’enfoncer dans les méandres de l’inconscient. Tout commence par l’apothéose de la figure du « Cœur d’Or » avec Dancer in the Dark, où le sacrifice de l’innocente est sublimé par une alchimie sonore industrielle et poétique. Très vite, Von Trier pousse l’épure à son paroxysme en supprimant les murs du décor dans Dogville et Manderlay, forçant le spectateur à devenir le témoin nu de la cruauté humaine et de l’échec des idéaux. Après une parenthèse cynique et expérimentale avec Le Direktør, l’ère s’achève dans une noirceur radicale avec Antichrist. Ce film bascule d’une esthétique naturaliste vers un baroquisme funèbre, marquant l’entrée du réalisateur dans sa « Trilogie de la Dépression ». En dix ans, Von Trier est passé de la mise en scène du monde à la mise à nu de ses propres démons, transformant le cinéma en un laboratoire où la beauté plastique sert désormais de linceul à une vision nihiliste et viscérale de l’existence.
2000 : Dancer in the Dark

🎥 Synopsis : Chanter pour ne pas sombrer
Selma, une émigrée tchèque et mère célibataire, travaille dans une usine dans l’Amérique rurale des années 60. Elle souffre d’une maladie héréditaire qui lui fait perdre la vue, et elle économise sou à sou pour payer une opération à son fils afin qu’il n’ait pas le même sort. Pour supporter la dureté de son quotidien, Selma s’évade dans un monde imaginaire : elle transforme les bruits des machines et de son environnement en grandes scènes de comédies musicales hollywoodiennes. Mais la trahison d’un voisin va transformer son rêve en une tragédie implacable.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Björk (Album Selmasongs).
Thématique : Le sacrifice maternel, la cécité (physique et morale), l’injustice sociale et l’évasion par l’art.
Objectif : Analyser la dualité entre le réalisme « sale » du quotidien et l’explosion de couleurs et de rythme des séquences musicales.
1. La dualité visuelle : 100 caméras pour un seul rêve
Lars von Trier utilise un procédé révolutionnaire pour les scènes de danse : il a disposé 100 caméras numériques fixes tout autour du décor. Cela permet de filmer l’action sous tous les angles simultanément.
Le quotidien : Filmé à l’épaule, avec des couleurs délavées, presque ternes, soulignant la perte de vision de Selma.
Les séquences musicales : L’image devient soudainement plus stable, les couleurs plus saturées. C’est une composition visuelle qui traduit psychologiquement le fait que Selma « voit » mieux avec son cœur et son imagination qu’avec ses yeux.
2. L’alchimie sonore : la musique industrielle de Björk
La musique de ce film ne vient pas de nulle part : elle naît du bruit. Le rythme d’une presse hydraulique, le frottement des roues d’un train ou le silence d’un couloir de prison deviennent les percussions des morceaux. Björk a composé une partition où l’organique rencontre le mécanique. Cette recette sonore est le moteur du film : elle montre comment l’héroïne transmute la douleur du monde réel en une harmonie mélodique.
3. La référence au mélodrame : entre hommage et torture
Von Trier s’approprie les codes du mélodrame classique pour mieux les briser. La référence aux comédies musicales de l’âge d’or d’Hollywood est omniprésente, mais elle est ici confrontée à une fin d’une noirceur absolue. Psychologiquement, c’est un film sur la résistance : Selma refuse de voir la laideur du monde. La composition de la scène finale est l’une des plus dépouillées et des plus éprouvantes du cinéma moderne, jouant sur un silence de plomb après le dernier chant.
Analyse Cinépédia : Dancer in the Dark est une œuvre totale qui redéfinit la comédie musicale. En utilisant le son du monde ouvrier pour créer de la poésie, Von Trier et Björk signent une symphonie de la souffrance et de l’espoir. C’est une composition où le spectateur est pris au piège entre l’envie de chanter et l’envie de pleurer. Un film qui marque la fin du « Cœur d’Or » par un sacrifice qui interroge la cruauté humaine.
Saviez-vous que… ?
Le tournage a été un véritable champ de bataille entre Lars von Trier et Björk. L’artiste, épuisée par la méthode du réalisateur et l’intensité du rôle, a fini par quitter le plateau à plusieurs reprises, jurant qu’elle ne ferait plus jamais de cinéma (promesse qu’elle a tenue pendant très longtemps). Lars von Trier a même déclaré qu’elle était l’actrice la plus difficile avec laquelle il ait travaillé, tout en reconnaissant que son génie était indispensable au film.
En résumé
Dancer in the Dark est un choc frontal. Une composition visuelle et sonore qui utilise la technologie (les 100 caméras) pour servir l’émotion la plus archaïque. C’est le film qui a prouvé que Lars von Trier pouvait être un maître du spectacle tout en restant le cinéaste de l’intime et du malaise. Une œuvre qui ne laisse personne indemne.
Musique : Björk, Selmasongs
Bjork : I’ve seen it all
Distribution : Björk /Catherine Deneuve / David Morse / Peter Stormare / Joel Grey / Cara Seymour / Vladica Kostic / Jean-Marc Barr / Vincent Paterson / Siobhan Fallon Hogan / Željko Ivanek…
2003 : Dogville

Avec Dogville, Lars von Trier signe ce que beaucoup considèrent comme son chef-d’œuvre absolu de mise en scène. C’est le premier volet de sa trilogie inachevée « USA – Le pays des opportunités ».
Après avoir exploré le réalisme brut, il prend le contre-pied total : il supprime les décors pour ne laisser que l’espace, les acteurs et le texte. C’est du théâtre filmé, mais d’une puissance cinématographique dévastatrice.
🎥 Synopsis : La ville sans murs
Dans les années 30, Grace, une belle femme en fuite, arrive dans la petite ville isolée de Dogville, dans les Rocheuses. Sous l’impulsion de Tom, un écrivain raté et moralisateur autoproclamé, la communauté accepte de cacher Grace en échange de petits services. Mais à mesure que la menace des gangsters qui la poursuivent se précise, les habitants de Dogville commencent à exiger de Grace une « compensation » de plus en plus lourde. La bonté de Grace devient alors le catalyseur d’une cruauté humaine sans limites.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Antonio Vivaldi (extraits de concertos baroques).
Thématique : La morale, le pouvoir, l’hypocrisie sociale et la limite entre le pardon et l’arrogance.
Objectif : Analyser comment l’absence de murs physiques renforce l’aspect claustrophobique et le jugement moral.
1. La composition spatiale : Le plateau noir
Le film est tourné intégralement en studio, sur un sol noir où les maisons, les rues et même le chien sont dessinés à la craie ou suggérés par quelques meubles. Cette référence au théâtre brechtien (la distanciation) a un effet psychologique inverse : en l’absence de murs, le spectateur voit tout, tout le temps. On assiste à un viol ou à une humiliation dans une pièce alors que les voisins « vaquent » à leurs occupations à deux mètres de là, derrière des murs invisibles. Cette transparence rend la lâcheté des habitants encore plus insupportable.
2. Le contraste sonore : Vivaldi et la voix off
La bande-son est d’une élégance glaciale. L’utilisation de la musique baroque de Vivaldi apporte une structure rigide et une noblesse qui contraste violemment avec la bassesse des actions humaines. À cela s’ajoute la narration (en version originale par John Hurt), qui commente les événements avec une distance ironique et littéraire. Cette alchimie sonore transforme le film en une fable cruelle, un conte philosophique où chaque son (le bruit d’une porte imaginaire qui grince, le vent) est accentué pour exister dans le vide du décor.
3. La psychologie de la lumière : Un ciel artificiel
Puisqu’il n’y a pas de toit, la lumière vient d’un « ciel » totalement artificiel qui change selon les heures de la journée. La composition visuelle joue sur des éclairages très ciblés qui isolent les personnages dans l’obscurité du plateau. Cela renforce l’idée que Dogville est un laboratoire, une boîte de Pétri où Von Trier observe comment des gens « biens » peuvent devenir des monstres sous l’effet du pouvoir.
Analyse Cinépédia : Dogville est une expérience de pensée radicale. En déshabillant le cinéma de ses artifices (les décors), Von Trier met à nu l’âme humaine. L’image est réduite à l’essentiel : le visage et le geste. La musique de Vivaldi, d’ordinaire joyeuse, devient ici le métronome d’une descente aux enfers. C’est une composition qui nous oblige à regarder ce que nous préférerions cacher derrière des murs.
Saviez-vous que… ?
Nicole Kidman a déclaré que le tournage avait été l’un des plus éprouvants de sa carrière, non pas à cause du décor minimaliste, mais à cause de la manipulation psychologique constante de Von Trier. Bien que le film ait été un immense succès critique, elle a refusé de reprendre le rôle de Grace dans la suite, Manderlay, cédant sa place à Bryce Dallas Howard.
En résumé
Dogville est un monument de provocation intellectuelle. Une composition visuelle unique qui prouve que l’imagination du spectateur est le décor le plus puissant qui soit. En filmant l’invisible, Lars von Trier livre une critique féroce de la société et de la nature humaine, se concluant par l’un des dénouements les plus cathartiques de l’histoire du cinéma.
Musique : Antonio Vivaldi (extraits de concertos baroques).
Distribution : Nicole Kidman, Harriet Andersson, Lauren Bacall, Jean-Marc Barr, Paul Bettany, Blair Brown, James Caan, Patricia Clarkson, Jeremy Davies, Ben Gazzara, Philip Baker Hall, Stellan Skarsgård
Vivaldi : Nisi Dominus RV 608 – The Fog, Grace Gets Angry
2003 : The five obstructions (De Fem benspænd), film à sketches coréalisé avec Jørgen Leth

The Five Obstructions est une œuvre pivot pour comprendre la psychologie de Lars von Trier. C’est un documentaire expérimental qui ressemble à un duel intellectuel, un jeu sadique et une leçon de cinéma, le tout enveloppé dans un immense respect mutuel.
🎥 Synopsis : Le maître et l’élève
Lars von Trier met au défi son mentor et idole, le cinéaste Jørgen Leth, de retourner cinq fois son propre court-métrage de 1967, The Perfect Human (Det perfekte menneske). Mais il y a un piège : pour chaque version, Von Trier impose des « obstructions » (des contraintes techniques ou géographiques) de plus en plus difficiles, destinées à briser le perfectionnisme de Leth et à le forcer à se réinventer.
Réalisation : Lars von Trier et Jørgen Leth.
Thématique : La création sous contrainte, le rapport maître/élève, l’éthique de l’image et le masochisme artistique.
Objectif : Décrypter comment la contrainte devient un moteur de créativité et comment Von Trier utilise Leth comme un miroir de ses propres obsessions.
1. La structure du film : Une composition en cinq actes
Le film alterne entre des séquences de discussion (souvent autour d’un verre et de cigares) où Von Trier énonce les règles, et les films résultants. Chaque obstruction est une attaque contre l’esthétique de Leth :
Obstruction 1 (Cuba) : Pas de plan de plus de 12 images (environ une demi-seconde). Une composition visuelle frénétique qui brise la contemplation habituelle de Leth.
Obstruction 2 (Bombay) : Filmer dans le pire endroit du monde sans montrer la misère, tout en jouant le rôle de l’homme parfait. Leth filme dans un quartier rouge derrière un écran translucide.
Obstruction 4 (Animation) : Von Trier déteste l’animation. Il force Leth à transformer son film en dessin animé.
La 5ème Obstruction : Le dénouement psychologique où Von Trier prend la plume pour Leth.
2. L’alchimie sonore : Le dialogue comme duel
Le son est ici celui de la joute verbale. La voix de Von Trier est provocatrice, presque cruelle, cherchant la faille chez son mentor. En face, la voix calme et posée de Jørgen Leth agit comme un contrepoint. La musique originale vient ponctuer les réussites ou les échecs de Leth, transformant ce documentaire en un thriller créatif.
3. La psychologie de l’obstruction : Une référence au Dogme 95
C’est la mise en pratique ultime des théories de Von Trier. Pour lui, l’art ne naît pas de la liberté totale, mais de la résistance. Psychologiquement, le film montre un Von Trier « thérapeute » qui essaie de soigner son mentor de son détachement excessif. La référence majeure ici est l’idée que le cadre (l’obstruction) libère l’essence de l’œuvre.
Analyse Cinépédia : The Five Obstructions est un documentaire unique sur le processus créatif. C’est une composition à quatre mains où la cruauté apparente de Von Trier cache une déclaration d’amour au cinéma de Leth. Le film prouve que même sous les contraintes les plus absurdes, le talent trouve toujours un chemin pour s’exprimer.
Saviez-vous que… ?
Jørgen Leth traversait une période difficile de sa vie durant le tournage. Von Trier a admis plus tard que son but secret n’était pas de le torturer, mais de lui redonner le goût de la création en le forçant à sortir de sa zone de confort. C’est l’un des rares films où l’on aperçoit une forme d’empathie (certes tordue) chez Von Trier.
En résumé
Un film indispensable pour comprendre que chez Von Trier, la règle est aussi importante que l’image. Une leçon magistrale de mise en scène qui transforme le documentaire en un terrain de jeu psychologique fascinant.
Distribution : Jørgen Leth, Lars von Trier, Jacqueline Arenal, Daniel Hernandez Rodriguez, Patrick Bauchau
2005 : Manderlay

Avec Manderlay, Lars von Trier reprend exactement là où il s’était arrêté à la fin de Dogville.
Le dispositif scénique reste le même, mais le sujet se déplace vers l’un des tabous les plus profonds de l’histoire américaine : l’esclavage et ses séquelles psychologiques. C’est une œuvre encore plus politique et polémique que la précédente.
🎥 Synopsis : La liberté imposée
Grace (désormais interprétée par Bryce Dallas Howard) quitte les cendres de Dogville avec son père et ses gangsters. En traversant l’Alabama, elle tombe sur le domaine de Manderlay, où l’esclavage semble avoir survécu soixante-dix ans après son abolition officielle. Révoltée, Grace décide de rester sur place pour libérer les esclaves et leur apprendre la démocratie, en utilisant la force des fusils de son père pour instaurer ce nouvel ordre. Elle va vite découvrir que la liberté est une notion bien plus complexe que le simple droit de ne pas porter de chaînes.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Joachim Holbek (et morceaux baroques).
Thématique : Le colonialisme idéologique, l’échec de la démocratie forcée, le racisme systémique et l’arrogance de la « bonne conscience » blanche.
Objectif : Analyser comment la répétition du décor minimaliste sert une critique féroce de l’ingérence politique.
1. La permanence du plateau noir : Une référence à l’enfermement mental
Le retour au studio avec les tracés au sol n’est pas qu’une paresse esthétique ; c’est une composition visuelle qui souligne que, peu importe le lieu, le problème reste humain. À Manderlay, les limites sont les mêmes qu’à Dogville. Psychologiquement, cela montre que les protagonistes sont prisonniers d’une structure sociale invisible mais indestructible. Le « décor » est une cage mentale.
2. L’alchimie sonore : La voix du pouvoir
Comme dans le volet précédent, la narration (John Hurt) apporte une distance quasi sociologique. Le son des fouets, le bruit sec des outils de plantation et les dialogues très écrits créent une atmosphère de laboratoire. La musique, moins présente que dans Dogville, laisse place à un silence pesant qui accentue le malaise des confrontations raciales.
3. La provocation finale : Le générique comme référence historique
La composition la plus marquante de Manderlay ne se trouve pas dans le film lui-même, mais dans son générique de fin. Sur le titre Young Americans de David Bowie, Von Trier fait défiler des photographies réelles de la pauvreté, des lynchages et des luttes pour les droits civiques aux États-Unis. Cette référence brutale à la réalité transforme la fable théâtrale en une attaque frontale contre l’histoire américaine, suggérant que l’esclavage a simplement changé de forme.
Analyse Cinépédia : Manderlay est une œuvre inconfortable qui s’attaque à l’idéalisme. Grace, le « Cœur d’Or » de cette trilogie, devient ici une figure presque dictatoriale à force de vouloir faire le bien. La composition minimaliste met en lumière les dynamiques de pouvoir : qui possède la parole ? qui possède la force ? C’est une leçon de politique filmée qui refuse toute réponse simpliste.
Saviez-vous que… ?
Le film a suscité une vive controverse pendant son tournage à cause d’une scène impliquant l’abattage réel d’un âne. Face à la pression des associations de défense des animaux et de certains acteurs (dont John C. Reilly qui a quitté le projet en signe de protestation), Lars von Trier a finalement coupé la scène au montage, bien qu’il ait soutenu que l’animal était vieux et destiné à l’euthanasie.
En résumé
Manderlay est une suite audacieuse qui approfondit la réflexion entamée avec Dogville. En utilisant le même dispositif visuel dépouillé, Von Trier dissèque les mécanismes de l’oppression et l’hypocrisie de ceux qui pensent pouvoir « offrir » la liberté. Une composition intellectuelle rigoureuse qui clôt (pour l’instant) la vision de Trier sur l’Amérique.
Musique : Joachim Holbek (et morceaux baroques).
Joachim Holbek : Vivaldi Concerto for Basson in A minor
Distribution : Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé, Danny Glover, Willem Dafoe, Michaël Abiteboul, Jean-Marc Barr, Lauren Bacall, Chloë Sevigny, Udo Kier
2006 : Le Direktør (Direktøren for det hele)

Lars von Trier s’essaye à la comédie de bureau, mais à sa manière : grinçante, malaisante et techniquement expérimentale.
Après la lourdeur politique de Manderlay, il revient au Danemark pour une farce qui interroge la responsabilité et le pouvoir, tout en inventant une nouvelle contrainte technique : l’Automavision.
🎥 Synopsis : Le patron qui n’existait pas
Ravn est le propriétaire d’une entreprise d’informatique. Pour faire passer les décisions impopulaires, il a inventé de toutes pièces un « Directeur général » fictif qui vivrait aux États-Unis et à qui il ferait porter la responsabilité de tout ce qui va mal. Mais au moment de vendre la boîte à un acheteur islandais pointilleux, celui-ci exige de rencontrer le fameux Directeur. Ravn engage alors Kristoffer, un acteur de théâtre raté et obsédé par la méthode de l’acteur « Gambini », pour jouer le rôle. Le problème, c’est que Kristoffer prend son rôle beaucoup trop au sérieux.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Lou Reed (générique) et thèmes de comédie légers.
Thématique : La lâcheté managériale, l’absurdité du monde du travail et l’art de l’imposture.
Objectif : Analyser comment l’Automavision déconstruit les codes classiques de la comédie pour créer un sentiment d’étrangeté.
1. L’Automavision : La caméra sans maître
La grande innovation visuelle ici est l’Automavision. Von Trier a programmé un ordinateur pour choisir aléatoirement les paramètres de la caméra (cadrage, zoom, inclinaison). Résultat : la composition visuelle est constamment « fausse ». Les têtes sont coupées, les personnages sont trop à gauche ou à droite, les raccords sont brutaux. Psychologiquement, cela traduit l’instabilité de l’entreprise et le chaos provoqué par le mensonge de Ravn. Le spectateur perd ses repères habituels de confort visuel.
2. L’alchimie sonore : Le vide et le malaise
Contrairement aux comédies classiques où la musique souligne les gags, le son est ici très sec. On entend les bruits de bureau, les silences gênés après une réplique absurde de Kristoffer. Cette recette sonore renforce le sentiment de solitude des personnages. La voix de Lars von Trier intervient d’ailleurs au début et à la fin du film, en voix off, pour prévenir le spectateur : « C’est une comédie, et rien d’autre. Si vous y voyez un sens caché, c’est votre problème. »
3. La référence à « l’Acteur » : Gambini
Le film se moque ouvertement du monde du théâtre. Kristoffer ne cesse de citer un certain « Gambini » et ses théories sur l’interprétation. C’est une référence ironique de Von Trier envers les acteurs qui cherchent une profondeur là où il n’y a que de la surface. En composant son personnage comme un artiste incompris au milieu de bureaucrates, Kristoffer devient le moteur d’une bouffonnerie qui finit par révéler la cruauté du système capitaliste.
Analyse Cinépédia : Le Direktør est une comédie sous acide. En déléguant le cadrage à une machine (l’Automavision), Von Trier évacue toute intention esthétique humaine, ce qui colle parfaitement au sujet du film : un patron qui évacue sa responsabilité. C’est une composition visuelle de l’aléa qui rend les situations sociales encore plus absurdes et humiliantes.
Saviez-vous que… ?
Lars von Trier a lui-même fait une apparition vocale dans le film (en narration) et on peut voir son reflet dans les vitres des bureaux à plusieurs reprises. C’était sa façon de montrer qu’il est, lui aussi, le « Directeur de tout ça », manipulant ses acteurs et son public.
En résumé
Une parenthèse rafraîchissante mais acide dans la filmographie du Danois. Le Direktør utilise l’expérimentation technique pour transformer une banale histoire de bureau en un jeu de miroirs fascinant sur le mensonge et la mise en scène de soi.
Musique : Lou Reed (générique) et thèmes de comédie légers.
Distribution : Jens Albinus, Peter Gantzler, Friðrik Þór Friðriksson, Benedikt Erlingsson, Iben Hjejle, Casper Christensen, Mia Lyhne
2009 : Antichrist

On entre dans la période la plus sombre et la plus viscérale de Lars von Trier : la Trilogie de la Dépression. Avec Antichrist (2009), le cinéaste exorcise ses propres démons (il sortait d’une grave dépression clinique) en livrant un film d’horreur psychologique et métaphysique qui a traumatisé Cannes.
C’est une œuvre d’une beauté plastique terrifiante, dédiée à Andreï Tarkovski.
🎥 Synopsis : Le deuil au cœur de la forêt
Un couple (Elle et Lui) perd son jeune enfant, tombé d’une fenêtre alors qu’ils faisaient l’amour. Rongée par une culpabilité dévorante et une angoisse paralysante, la femme sombre dans la folie. Lui, psychothérapeute, décide de la soigner lui-même en l’emmenant dans leur chalet isolé dans les bois, nommé « Eden ». Mais la nature, loin d’être apaisante, semble devenir le reflet de leur propre noirceur, et la forêt devient le théâtre d’un affrontement sadique et mystique.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Lascia ch’io pianga de Haendel (Aria de l’opéra Rinaldo).
Thématique : Le deuil impossible, la misogynie historique, la nature comme « l’église de Satan » et l’effondrement de la raison face aux pulsions.
Objectif : Analyser le passage d’une esthétique ultra-stylisée (ralentis extrêmes) à un réalisme brutal et organique.
1. La dualité visuelle : Du rêve baroque au cauchemar organique
Le film s’ouvre sur un prologue en noir et blanc, d’une beauté sublime, filmé avec une caméra haute vitesse (Phantom) à 1000 images par seconde. Cette composition visuelle transforme une scène tragique en une danse macabre et poétique. Cependant, une fois dans la forêt, l’image redevient instable, caméra à l’épaule, avec des couleurs saturées et sombres. Von Trier utilise cette rupture pour montrer le passage de l’anesthésie émotionnelle (le choc) à la douleur brute et désordonnée.
2. L’alchimie sonore : Le murmure de la forêt
Le son d’Antichrist est une architecture de l’angoisse. En dehors de l’aria de Haendel qui revient comme un leitmotiv de tristesse absolue, le film est habillé par un design sonore oppressant : craquements de bois, bourdonnements sourds, et surtout les sons de la nature qui semblent amplifiés pour devenir hostiles. La scène où « le renard parle » (prononçant la célèbre phrase : « Le chaos règne ») marque la bascule psychologique où le son bascule dans le surnaturel.
3. La référence symbolique : Les Trois Mendiants
Lars von Trier parsème le film de symboles ésotériques, notamment à travers les « Trois Mendiants » (le Cerf, le Renard et le Corbeau), représentant la Douleur, le Chaos et le Désespoir. La référence majeure reste le traité sur la sorcellerie que « Elle » étudiait. Psychologiquement, le film explore l’idée que la nature féminine a été diabolisée par l’homme, mais finit par embrasser cette noirceur par vengeance. La composition des scènes de mutilation, bien que graphiquement insoutenables, est pensée comme un rituel sacrificiel.
Analyse Cinépédia : Antichrist est une plongée sans filet dans l’inconscient. Von Trier y confronte la rationalité masculine (Lui) à la douleur irrationnelle féminine (Elle). La musique de Haendel apporte une grâce qui rend l’horreur visuelle encore plus saisissante. C’est une composition de la dévastation qui nous rappelle que l’Eden peut, en un instant, devenir un enfer si l’on ne regarde pas nos propres ténèbres en face.
Saviez-vous que… ?
Pendant le tournage, Lars von Trier était si affaibli par sa dépression qu’il tremblait physiquement et ne pouvait parfois pas regarder le moniteur. Anthony Dod Mantle (le chef opérateur) a dû prendre beaucoup d’initiatives visuelles. De plus, Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg ont dû utiliser des doublures pour les scènes de sexe et de mutilations réelles, ce qui a ajouté à la réputation de « film limite » de l’œuvre.
En résumé
Antichrist clôt la décennie 2000 sur une note d’une violence inouïe. C’est une composition visuelle et sonore magistrale qui utilise le genre de l’horreur pour explorer les profondeurs du deuil et de la haine de soi. Un film qui, malgré sa dureté, reste une expérience cinématographique pure, où chaque plan est une peinture de la douleur.
Musique : Lascia ch’io pianga de Haendel (Aria de l’opéra Rinaldo).
Lascia ch’io pianga de Haendel (Aria de l’opéra Rinaldo).
Distribution : Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg
2010-2026
L’apocalypse intérieure et le testament de l’architecte
Cette ultime décennie marque l’aboutissement d’une quête métaphysique où Lars von Trier ne filme plus seulement la souffrance, mais l’extinction. Avec Melancholia, il transforme la dépression en une épopée cosmique, où la fin du monde devient une délivrance esthétique rythmée par la grandeur funèbre de Wagner. Cette recherche d’une harmonie entre le chaos psychique et la rigueur formelle se poursuit dans le monumental Nymphomaniac. À travers une structure polyphonique empruntée à Bach, il y dissèque le désir et la solitude comme des équations mathématiques, mêlant l’érotisme brut à une érudition encyclopédique. Enfin, avec The House That Jack Built, Von Trier livre son œuvre la plus méta-textuelle : un autoportrait provocateur où le crime devient un acte architectural et le créateur un monstre condamné. En passant de la mélancolie sidérale à l’enfer de Dante, le cinéaste boucle son œuvre par un dialogue testamentaire entre l’art et la destruction. La composition n’est plus ici un simple outil de mise en scène, mais un linceul magnifique jeté sur une filmographie qui aura exploré, sans aucune retenue, les limites de l’âme humaine.
2011 : Melancholia

C’est une étape de pure grâce visuelle. Avec Melancholia (2011), Lars von Trier signe le deuxième volet de sa « Trilogie de la Dépression ». Si Antichrist était un cri viscéral et sanglant, Melancholia est un soupir d’une beauté sidérale. C’est peut-être le film le plus personnel du cinéaste, où il parvient à filmer l’état dépressif non pas comme une maladie, mais comme une lucidité supérieure face à la fin du monde.
🎥 Synopsis : L’apocalypse de l’âme
Le film est divisé en deux parties distinctes. Partie 1 : Justine. Lors d’une réception de mariage fastueuse dans un château isolé, Justine sombre inexplicablement dans une mélancolie profonde, sabotant son propre bonheur sous les yeux impuissants de sa sœur Claire. Partie 2 : Claire. Alors qu’une planète géante nommée « Melancholia » se dirige vers la Terre, les rôles s’inversent. Claire, d’ordinaire si forte, s’effondre face à l’imminence de l’apocalypse, tandis que Justine, apaisée par la perspective de la fin, devient le pilier serein de leur petite communauté.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Prélude de Tristan et Isolde de Richard Wagner.
Thématique : La dépression comme clairvoyance, le rituel social face au vide, et la beauté de l’anéantissement.
Objectif : Analyser l’utilisation de la musique de Wagner comme une force gravitationnelle qui lie l’image à la fatalité.
1. Le Prologue : Une référence à la peinture romantique
Comme pour Antichrist, le film s’ouvre sur un prologue en ultra-ralenti. C’est une suite de tableaux vivants d’une splendeur inouïe : Justine flottant dans un ruisseau (référence directe à l’Ophélie de John Everett Millais), des chevaux s’effondrant, et l’impact final des planètes. Cette composition visuelle annonce que tout est déjà écrit. Le spectateur sait que la fin est inéluctable ; le film ne porte pas sur le « si », mais sur le « comment » on affronte le néant.
2. L’alchimie sonore : La dictature de Wagner
Le prélude de Tristan et Isolde sature l’espace sonore du film. Lars von Trier utilise cette musique romantique allemande pour sa charge de « désir inassouvi ». La musique ne suit pas l’action, elle l’écrase. Elle crée une texture sonore qui donne au film une ampleur cosmique. Le choix de Wagner est une référence à l’idée du Gesamtkunstwerk (l’œuvre d’art totale), où le son et l’image fusionnent pour provoquer une extase tragique.
3. La psychologie de l’espace : Le château-prison
Le lieu unique — un domaine luxueux avec son terrain de golf — sert de microcosme. Dans la première partie, la composition visuelle est nerveuse (caméra à l’épaule), captant le malaise des conventions sociales. Dans la seconde, les plans s’élargissent, intégrant le ciel et la planète menaçante. La « grotte magique » que Justine construit à la fin pour son neveu est une composition spatiale bouleversante : une protection dérisoire faite de quelques branches, montrant que seule l’imagination et l’acceptation peuvent offrir un refuge face à l’inéluctable.
Analyse Cinépédia : Melancholia est un poème visuel sur la fin de tout. Von Trier transforme sa propre dépression en un événement astronomique. En utilisant Wagner, il confère à la tristesse une dimension héroïque. C’est une composition où la laideur du comportement humain (le mariage raté) est finalement balayée par la majesté terrifiante de la planète bleue. Un film où le son du vent et le silence de l’espace finissent par absorber toutes les voix humaines.
Saviez-vous que… ?
C’est lors de la conférence de presse de ce film à Cannes que Lars von Trier a tenu des propos provocateurs (« OK, I’m a Nazi »), ce qui lui a valu d’être déclaré persona non grata par le festival pendant plusieurs années. Cet incident a presque éclipsé la performance magistrale de Kirsten Dunst, qui a tout de même remporté le Prix d’interprétation féminine.
En résumé
Un chef-d’œuvre de composition. Melancholia est un film qui se regarde comme on contemple un tableau de maître ou comme on écoute un opéra funèbre. En liant la psyché d’une femme à la trajectoire d’une planète, Von Trier prouve que le cinéma peut atteindre des sommets de métaphysique pure.
Musique : Prélude de Tristan et Isolde de Richard Wagner.
M83 : Outro
Distribution : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Alexander Skarsgård, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling, John Hurt, Stellan Skarsgård, Udo Kier
2013 : Nymphomaniac

Avec Nymphomaniac, Lars von Trier clôt sa « Trilogie de la Dépression » par une œuvre fleuve, monumentale et encyclopédique. C’est un film qui ne se contente pas de montrer ; il dissèque. Ici, la quête de plaisir n’est qu’une façade pour explorer la solitude, la culpabilité et, surtout, le lien entre la création (musicale, mathématique, naturelle) et l’existence humaine.
C’est le projet le plus dense de sa carrière, souvent diffusé en deux volumes (Volume I et Volume II).
🎥 Synopsis : La confession dans l’ombre
Par une soirée d’hiver, Seligman, un vieil homme lettré et solitaire, trouve Joe, une femme blessée et évanouie dans une ruelle. Il la ramène chez lui pour la soigner. Pour expliquer son état, Joe lui raconte son histoire : son auto-diagnostic de nymphomanie et son parcours érotique depuis l’enfance jusqu’à ses cinquante ans. S’engage alors un dialogue fascinant où Seligman analyse le récit de Joe à travers des références culturelles, scientifiques et artistiques (la pêche à la mouche, les nombres de Fibonacci, la musique de Bach).
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Jean-Sébastien Bach (Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ), Charlotte Gainsbourg (reprise de Hey Joe).
Thématique : La honte, la dualité entre le corps et l’esprit, la polyphonie et la solitude absolue.
Objectif : Analyser comment Von Trier utilise le montage pour lier le récit pornographique à des concepts intellectuels abstraits.
1. La composition polyphonique : Bach comme structure
La référence majeure du Volume I est la polyphonie de Bach. Von Trier utilise l’image pour illustrer la structure d’une fugue : les différentes amants de Joe deviennent des mélodies qui s’entrecroisent, se répondent ou s’opposent. C’est une alchimie visuelle et sonore unique où le montage devient une partition musicale. L’écran est parfois divisé ou rythmé par des schémas graphiques pour illustrer cette rigueur mathématique.
2. L’esthétique du collage : Le dialogue entre Joe et Seligman
Le film alterne entre le présent (statique, sombre, presque monacal) et le passé de Joe (vibrant, parfois brutal). La force du film réside dans ses digressions : dès que Joe raconte un événement, Seligman y voit une analogie. La composition visuelle intègre alors des images d’archives, des schémas de pêche ou des illustrations botaniques. C’est un film-cerveau où la narration se construit comme un puzzle intellectuel.
3. La psychologie de l’addiction : Du Volume I au Volume II
On observe une évolution tragique dans la composition :
Volume I : Plus léger, presque ludique, centré sur la découverte et l’expérimentation. L’image est plus claire, le montage plus vif.
Volume II : On bascule dans la noirceur, la douleur et l’insensibilité. L’image s’assombrit, la musique devient plus rare ou plus stridente. C’est l’étape de la dépression où plus rien ne fait vibrer Joe, la menant vers des pratiques de plus en plus extrêmes pour simplement « ressentir » quelque chose.
Analyse Cinépédia : Nymphomaniac est un traité de philosophie déguisé en film provocateur. En utilisant Jean-Sébastien Bach comme boussole, Von Trier transforme le récit d’une vie sexuelle en une quête de sens. La musique n’est pas là pour exciter, mais pour ordonner le chaos du désir. C’est une composition magistrale sur le vide et la tentative désespérée de le combler par la chair ou par le savoir.
Saviez-vous que… ?
Comme pour Antichrist, Lars von Trier a utilisé des doublures pour les scènes de sexe explicites, fusionnant numériquement les corps des acteurs de porno avec les visages des stars (Gainsbourg, LaBeouf, etc.). Cette prouesse technique visait à maintenir une barrière entre l’acteur « émotionnel » et la réalité physique du corps, renforçant la dualité corps/esprit au cœur du film.
En résumé
Une œuvre-somme, épuisante et brillante. Nymphomaniac est le film où Von Trier réunit toutes ses obsessions : la musique classique, les contraintes formelles, la souffrance féminine et l’ironie masculine. C’est la fin d’un cycle où la dépression est enfin mise en mots, en images et en notes.
Musique : Jean-Sébastien Bach (Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ), Charlotte Gainsbourg (reprise de Hey Joe).
Jean-Sébastien Bach : Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ
Distribution : Charlotte Gainsbourg, Stacy Martin, Stellan Skarsgård, Shia LaBeouf, Jamie Bell, Christian Slater, Connie Nielsen, Willem Dafoe, Uma Thurman.
2018 : The House That Jack Built

Si la trilogie précédente traitait de la tristesse, ce film traite de la création comme un acte de destruction. Lars von Trier y livre une œuvre testamentaire, une sorte d’autoportrait déguisé en film de tueur en série, où il dialogue directement avec sa propre légende et ses critiques.
🎥 Synopsis : L’architecte du crime
États-Unis, années 70. Jack est un ingénieur brillant mais psychopathe, qui rêve d’être architecte. Le film suit son évolution à travers cinq incidents (ses « incidents » de chasse) qui jalonnent douze années de sa vie. Pour Jack, chaque meurtre est une œuvre d’art en soi. Alors qu’il tente de construire sa maison idéale avec les matériaux les plus improbables, il entretient une conversation philosophique avec un mystérieux interlocuteur nommé Verge, qui le guide peu à peu vers les profondeurs de l’enfer.
Réalisation : Lars von Trier.
Musique : Fame de David Bowie, et le Partita No. 2 en ut mineur de Bach (interprété par Glenn Gould).
Thématique : L’art comme justification de l’atrocité, le narcissisme, la décomposition et la descente aux enfers.
Objectif : Analyser comment Von Trier utilise l’iconographie de l’histoire de l’art pour théoriser sa propre filmographie.
1. La composition iconographique : L’art du cadavre
Le film est une galerie de références artistiques. Jack ne se contente pas de tuer ; il compose des natures mortes avec ses victimes (souvent filmées avec une précision chirurgicale). La référence la plus frappante est la reconstitution vivante de La Barque de Dante d’Eugène Delacroix à la fin du film. Von Trier utilise cette composition visuelle pour placer Jack (et lui-même) dans la lignée des grands créateurs tourmentés, explorant la beauté jusque dans l’horreur la plus absolue.
2. L’alchimie sonore : Le rythme de Glenn Gould
Le piano de Glenn Gould joue un rôle crucial. Jack admire la précision mathématique et l’exigence du pianiste. Pour Von Trier, c’est une métaphore du réalisateur : un perfectionniste qui manipule la matière pour atteindre une forme de pureté. À l’opposé, le morceau Fame de Bowie apporte une ironie pop et macabre, soulignant le besoin de reconnaissance de Jack. Le contraste entre le classique rigoureux et le rock désinvolte crée une tension psychologique permanente.
3. La psychologie de la matière : Construire ou détruire ?
Jack échoue constamment à construire sa maison avec des matériaux traditionnels (briques, bois). Ce n’est que lorsqu’il utilise des corps (la matière organique en décomposition) qu’il parvient à achever son œuvre. Visuellement, le film passe de l’architecture clinique à une esthétique de la putréfaction. C’est une référence directe au processus créatif de Von Trier : pour lui, l’art naît souvent de la souffrance et de la destruction du sujet.
Analyse Cinépédia : The House That Jack Built est un film méta-textuel. Von Trier y insère même des extraits de ses propres films précédents, reconnaissant que Jack est son double cinématographique. La composition de l’enfer, inspirée par Dante, est une prouesse visuelle qui clôt sa carrière (pour l’instant) sur une question vertigineuse : l’artiste est-il nécessairement un monstre ? Le son de la glace qui craque et le silence des profondeurs infernales scellent le destin de Jack et, peut-être, celui du cinéma de Trier.
Saviez-vous que… ?
Le film a provoqué des départs massifs lors de sa projection à Cannes en 2018 (environ 100 personnes sont sorties de la salle). Pourtant, à la fin de la séance, il a reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Lars von Trier a déclaré qu’il était ravi de cette réaction divisée, y voyant la preuve qu’il n’avait rien perdu de sa capacité à bousculer le confort du spectateur.
En résumé
C’est un film-somme, brutal, sarcastique et visuellement époustouflant. En mélangeant l’esthétique du « slasher » avec la haute culture européenne, Von Trier signe une œuvre complexe sur la finitude et la postérité. Une composition finale où l’image se dissout dans les flammes de l’enfer de Dante.
Musique : Fame de David Bowie, et le Partita No. 2 en ut mineur de Bach (interprété par Glenn Gould).
David Bowie : Fame
Distribution : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Siobhan Fallon Hogan, Sofie Gråbøl, Riley Keough, Jeremy Davies.
| L'actualité de Lars von Trier 2026
Concernant l’actualité de Lars von Trier en ce début d’année 2026, la situation est à la fois fragile et pleine d’une certaine résilience artistique. Après avoir révélé en 2022 être atteint de la maladie de Parkinson, il a dû ralentir son rythme, mais il n’a pas posé la caméra pour autant.
Voici l’état de ses projets connus :
1. The Kingdom Exodus (L’après-coup)
Son dernier grand geste a été de clore sa série culte avec une troisième saison, The Kingdom Exodus (2022). Depuis, il s’est fait plus discret, apparaissant occasionnellement sur les réseaux sociaux avec un humour noir toujours intact (on se souvient de sa vidéo « Lars cherche une petite amie/muse » qui avait fait le tour du web en 2023).
2. Le projet « After »
Des rumeurs persistantes dans le milieu du cinéma danois font état d’un projet intitulé de manière très sobre « After ». Peu de détails ont filtré, mais il s’agirait d’un film de format plus court ou d’une œuvre expérimentale adaptée à son état de santé actuel. Von Trier a évoqué le fait qu’il devait désormais apprendre à filmer « avec les tremblements », ce qui pourrait donner naissance à une nouvelle contrainte technique, une sorte de « Dogme de la maladie » où l’instabilité de l’image ne serait plus un choix de style, mais une réalité physique.
3. Les projets « de tiroir » (Washington)
Beaucoup de fans espèrent encore voir une trace de Washington, le troisième volet de sa trilogie USA qui devait suivre Manderlay. Cependant, il semble que ce projet soit définitivement enterré sous sa forme initiale. Il est plus probable qu’il publie ses recherches ou ses scripts sous forme de livres ou d’installations artistiques, une pratique qu’il affectionne de plus en plus.
4. Son état d’esprit en 2026
Lors de ses rares interventions récentes, il est apparu combatif malgré la maladie. Il continue de superviser des restaurations de ses anciens films et participe à la formation de jeunes cinéastes au Danemark. Son influence sur la nouvelle génération, notamment sur la gestion du son et des textures numériques, reste immense.
En résumé : On n’attend pas forcément un « blockbuster » de sa part, mais plutôt une œuvre radicale, courte et probablement très intime, qui traiterait de la fin, du corps qui lâche et, comme toujours, de la lumière qui persiste dans le chaos.
| Découvrir ou redécouvrir sur Wikiciné
LE MIROIR
Alexei, un homme mourant âgé de 40 ans, frappé par la maladie, se penche sur son passé et des images de sa famille apparaissent. Ses interactions quotidiennes avec sa femme et ses enfants font ressurgir toute sorte de souvenirs, tels que le divorce de ses parents jusqu’à son temps sur les champs de bataille de la Seconde guerre mondiale.
Musique : Edouard Artemiev (avec des extraits de Bach, Pergolèse et Purcell)
Distribution : Margarita Terekhova / Maria Tarkovski / Oleg Yankovski…
de andreï tarkovski
METRO MANILA
de SEAN ELLIS
Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila. Proie idéale dans cette ville impitoyable, Oscar va devoir tout risquer pour les siens.
Musique : Robin Foster
Distribution : Jake Macapagal / Althea Vega / John Arcilla…
FARGO
Quelque part dans le Minnesota, en plein hiver, Jerry Lundegaard, un minable vendeur de voitures, contacte un petit escroc, Carl Showalter, et son inquiétant compère, Grimsrud. Il leur demande d’enlever sa femme, Jean, dont le père, Wade, un richissime homme d’affaires, ne manquera pas de régler la rançon exigée. Les choses se gâtent quand ses complices abattent 3 témoins, dont un flic. La machine sanglante commence à s’emballer.
Musique : Carter Burwell
Distribution : Frances McDormand / William H. Macy / Steve Buscemi…
deS FRERES COEN
PARIS, TEXAS
Comme poussé par une idée fixe, Travis Henderson marche seul dans le désert du Texas. Il cherche sans succès de l’eau, arrive finalement dans un bar isolé et y perd connaissance. Il est recueilli par un médecin qui trouve sur lui une carte avec le numéro de téléphone de son frère, Walt Henderson. Celui-ci fait le trajet depuis Los Angeles pour le retrouver. Travis n’avait plus donné signe de vie depuis quatre ans...
Musique : Ry Cooder
Distribution : Harry Dean Stanton / Nastassja Kinski / Dean Stockwell…
de WIM WENDERS
VOL AU-DESSUS D'UN NID
DE COUCOU
L’histoire est centrée sur R. P. McMurphy qui, en simulant, se fait interner dans un hôpital psychiatrique pour échapper à la prison après avoir été accusé de viol sur une mineure. Il va progressivement être touché par la détresse et la solitude des patients. Par sa forte personnalité, il s’oppose rapidement aux méthodes répressives de l’infirmière Ratched.
Musique : Jack Nitzsche et Ed Bogas
Distribution : Jack Nicholson / Louise Fletcher / William Redfield…
dE MILOS FORMAN
13 ASSASSINS
Le film se déroule durant la période Edo, en 1844, à l’ère du shogunat Tokugawa en déclin. Lord Matsudaira Naritsugu, un seigneur sadique protégé par son demi-frère, le Shōgun, terrorise les nobles et les roturiers.
Le ministre de la Justice, Sir Doi Toshitsura, craignant qu’une ascension de Naritsugu provoque une guerre civile, engage secrètement Shimada Shinzaemon, un samouraï expérimenté, pour l’assassiner.
Shinzaemon réunit une équipe de douze samouraïs et un chasseur, Kiga Koyata, pour tendre une embuscade à Naritsugu lors de son voyage d’Edo à ses terres.
Musique : Kōji Endō 遠藤浩二
Distribution : Kōji Yakusho / Hiroki Matsukata / Sōsuke Takaoka…
dE TAKASHI MIIKE
| Courts-métrages de Lars von Trier
1967 : Turen til Squashland
1968 : Nat, skat
1969 : En røvsyg oplevelse
1969 : Et skakspil
1970 : Hvorfor flygte fra det du ved du ikke kan flygte fra? Fordi du er en kujon
1971 : En blomst
1977 : Le Jardinier d’orchidées (Orchidégartneren)
1979 : Menthe – la bienheureuse
1980 : Nocturne
1981 : Le Dernier Détail
1982 : Images d’une libération (Befrielsesbilleder)
2007 : Chacun son cinéma – segment Occupations
2010 : Dimension 1991-2024 (long métrage inachevé)
- Téléfilms
1988 : Medea
2000 : D-Dag (segment Lise)
- Séries Télévisées
1994 : L’Hôpital et ses fantômes I (Riget I)
1997 : L’Hôpital et ses fantômes II (Riget II)
2022 : L’Hôpital et ses fantômes III (Riget III)
- Clips
1988 : Kim Larsen – Leningrad
1989 : Laid Back – Bakerman
1990 : Laid Back – Highway to Love
1990 : Laid Back – Bet in on You
1992 : Manu Katché – Change
- Publicités
1988 : Grandes personnes, 26 spots publicitaires pour les supermarchés Irma
1988 : 2 publicités pour Ekstra Bladet
1988 : 2 publicités pour Politiken
1988 : publicité pour la Croix-Rouge
1988 : publicité pour Calberson
1993 : La Rue de la Vie, publicité pour CNP Assurances
| Films notables du moment
ANEMONE
De Ronan Day-Lewis
Jem, frère de Ray, part à la recherche de son frère ermite pour le convaincre de rentrer chez lui et de rencontrer son neveu Brian, qui a été renvoyé de l’armée après un acte violent. Le passé trouble des deux frères, marqué par une tragédie militaire, resurgit, révélant des secrets enfouis depuis des décennies.
Une estéthique magnifique qui n'est pas sans rappeler le mystère des images de Tarkovski. Quand notre attention se porte à côté ou au-delà de l'objet principal. Une bande son de Bobby Krlic qui traduit clairement la maladie de l'âme, la folie douce et l'expiation en les liant à des visions oniriques.
SHE RIDES SHOTGUN
De Nick Rowland
L'incroyable révélation qu'est Ana Sophia Heger, éclaboussant l'écran de son talent et portant l'oeuvre sur ses épaules de la première à la dernière image. Elle livre une prestation démente au milieu d'un chaos où sa vulnérabilité n'a d'autre choix que de composer avec une palette de sentiments exprimés à merveille.
Une véritable pépite !
FRANKENSTEIN
Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.
Une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici une œuvre profondément poétique, tragique, où l’ombre et la lumière s’entremêlent dans un ballet visuel d’une beauté crépusculaire.
GUILLERMO DEL TORO.
Trois heures particulièrement bien exploitées pour restituer le temps long de la vengeance, sans aucune perte de rythme par une habile gestion des ellipses et des montages alternés, soucieux d’équilibrer le temps de présence des nombreux personnages secondaires. La mise en scène assume quant à elle un académisme fédérateur du plus grand nombre, non sans quelques lourdeurs, notamment sur les plans de drone ou un recours abusif à une musique pompière. (Sergent_Pepper SensCritique)
LE COMTE DE
MONTE CRISTO
Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte
| Lars von Trier en tant que Scénariste
- Longs métrages
1984 : L’Élément du crime (Forbrydelsens element)
1987 : Epidemic
1991 : Europa
1996 : Breaking the Waves
1998 : Les Idiots (Idioterne)
2000 : Dancer in the Dark
2003 : Dogville
2003 : Five Obstructions (De Fem benspænd)
2005 : Dear Wendy de Thomas Vinterberg
2005 : Manderlay
2006 : Le Direktør (Direktøren for det hele)
2007 : Erik Nietzsche, mes années de jeunesse, de Jacob Thuesen (De unge år: Erik Nietzsche sagaen del 1) – Scénario et voix off.
2007 : Chacun son cinéma (segment Occupations)
2009 : Antichrist
2011 : Melancholia
2013 : Nymphomaniac
2018 : The House that Jack Built
- Courts métrages
1977 : Le Jardinier d’orchidées (Orchidégartneren)
1979 : Menthe – La bienheureuse
1980 : Nocturne
1981 : Le Dernier Détail
1982 : Images d’une libération (Befrielsesbilleder)
2010 : Dimension 1991-2024 (long métrage inachevé)
- Séries télévisées
1994 : L’Hôpital et ses fantômes I (Riget I)
1997 : L’Hôpital et ses fantômes II (Riget II)
2022 : L’Hôpital et ses fantômes : Exodus (Riget: Exodus)
| Distinctions obtenues par Lars von Trier
Trois actrices de ses films ont remporté le Prix d’interprétation féminine au festival de Cannes : Björk pour Dancer in the Dark, Charlotte Gainsbourg pour Antichrist et Kirsten Dunst pour Melancholia.
- Récompenses
Festival de Cannes 1984 : Grand prix de la Commission supérieure technique pour L’Élément du crime
Festival de Cannes 1991 : Prix du jury et grand prix de la Commission supérieure technique pour Europa
Festival de Cannes 1996 : Grand prix du jury pour Breaking the Waves
Prix du cinéma européen 1996 : Meilleur film européen pour Breaking the Waves
Césars 1997 : Meilleur film étranger pour Breaking the Waves
Festival de Cannes 2000 : Palme d’or pour Dancer in the Dark
Prix du cinéma européen 2000 : Meilleur film européen pour Dancer in the Dark
Independent Spirit Awards 2001 : Meilleur film étranger pour Dancer in the Dark
Prix du cinéma européen 2003 : Meilleur réalisateur européen pour Dogville
Prix du cinéma européen 2008 : Prix d’honneur Achievement in World Cinema Award pour accomplissement dans le cinéma mondial (« Outstanding European Achievement in World Cinema ») aux côtés des autres pionniers du Dogme95 (Thomas Vinterberg, Søren Kragh-Jacobsen et Kristian Levring)
Prix du cinéma européen 2011 : Meilleur film européen pour Melancholia
2018 : Il reçoit le prix Sonning de l’université de Copenhague au Danemark.
- Nominations
Independent Spirit Awards 1997 : Meilleur film étranger pour Breaking the Waves
Oscars 2001 : Meilleure chanson (en tant que parolier) pour I’ve Seen It All dans Dancer in the Dark
César 2001 : Meilleur film étranger pour Dancer in the Dark
César 2012 : Meilleur film étranger pour Melancholia
- Sélections
Festival de Cannes 1984 : Sélection officielle, en compétition, pour L’Élément du crime
Festival de Cannes 1991 : Sélection officielle, en compétition, pour Europa
Festival de Cannes 1996 : Sélection officielle, en compétition, pour Breaking the Waves
Festival de Cannes 1998 : Sélection officielle, en compétition, pour Les Idiots
Festival de Cannes 2000 : Sélection officielle, en compétition, pour Dancer in the Dark
Festival de Cannes 2003 : Sélection officielle, en compétition, pour Dogville
Festival de Cannes 2005 : Sélection officielle, en compétition, pour Manderlay
Festival de Cannes 2009 : Sélection officielle, en compétition, pour Antichrist
Festival de Cannes 2011 : Sélection officielle, en compétition, pour Melancholia
Festival de Cannes 2018 : Sélection officielle, hors compétition, pour The House That Jack Built